Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

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lundi 30 mai 2011

Comme un accord ! !

Comme un accord ! !

ou

Sur Internet chacun doit pouvoir s’y retrouver

Chers amis,

Les 24 et 25 mai 2011 s’est tenu à Paris, aux Tuileries, le premier sommet baptisé « e G-8 », consacré au monde de l’internet. Une table ronde avait pour thème la « Propriété intellectuelle », avec comme intervenants entre autre, Pascal Nègre, P-d-G d’Universal France, mais également Frédéric Mitterrand le Ministre de la culture ou Antoine Gallimard, de la maison d’édition du même nom.

e G-8 quel constat ?

Que peut-on retenir, pour ce qui nous concerne, du milieu musical ?

- Contrairement à ce qu’espèrent de vieux esprits retors, on ne reviendra plus jamais à l’ancien monde (les disques d’OR en pagaille, les avances colossales, les dépenses pharaoniques et les profits qui vont avec…)

- On ne sait toujours pas comment endiguer les pertes économiques qui fragilisent une industrie entière (- 50% de chiffre d’affaires en moins de dix ans).

En effet, nous pouvions légitimement penser que la réunion de tous ces décideurs mondiaux, allait servir à quelque chose et permettre à nos artistes d’entrevoir un avenir un peu plus radieux que celui qu’ils connaissent depuis de nombreux mois.

D’un côté, les tenants de la propriété intellectuelle, façon Beaumarchais du XXIème siècle (on ne lâche rien) et de l’autre des fanatiques d’une liberté totale sur le réseau, avec abolition du droit d’auteur.

Entre l’Hadopi qui n’effraie pas (ou plus) grand monde et ceux que l’on appelle encore « les pirates » du Net, il serait temps de trouver le juste milieu et de poser enfin le curseur sur la bonne fréquence.

Mettre les régies publicitaires à contribution

Outre les téléchargements légaux et les « ventes forcées » d’abonnements à des sites officiels, qui permettent de gonfler artificiellement les chiffres, il y a tous ceux qui gagnent de l’argent sur le dos des créateurs et ne reversent jamais un centime !

Ne serait-il pas temps que les fournisseurs d’accès, les moteurs de recherche, les régies publicitaires mettent un peu la main à la poche ?

J’ai plaisir à vous conter cette petite anecdote au sujet d’un site web fermé par décision de justice.

Un amateur de chansons française avait eu l’idée, pas mauvaise au départ, de créer un site sur lequel, on pouvait trouver en quelques clics, toutes les paroles des titres du répertoire francophone. Une base données fut ainsi crée et mise à disposition des internautes. Je rappelle que la diffusion d’une œuvre est toujours soumise à autorisation de l’ayant-droit avec en retour des droits d’auteur. Là, aucune demande n’avait été faite auprès de qui que ce soit.

Puis, face aux nombreuses visites, s’est invitée la publicité. Le propriétaire dudit site empochait les recettes publicitaires, sans en faire part aux sociétés de collectes. Une action en justice fut menée. A la fermeture des pages, le montant des annonces commerciales représentait environ 40 000 € annuel ! Sachant qu’il existe sur la toile des dizaines de sites comparables, vous imaginez les sommes perdues pour ceux qui ont travaillé et qui ne verront jamais le moindre petit sou généré par leur créativité.

Je ne pense pas que ce soit le droit d’auteur qui doive être remis en cause, mais plutôt la répartition des recettes générées par la publicité. J’ai sur mon blog deux bannières de pub. Si vous cliquez dessus et déclenchez un achat, je vais toucher un tout petit pourcentage. Si vous consulter une tablature ou un texte et que vous agissez de même, c’est le propriétaire des pages qui touchera, pas l’auteur de l’œuvre consultée !

Chacun a sa place, mais à quel prix ?

Il ne s’agît ni de verrouiller l’internet, avec des gardes chiourmes à tous les coins d’écran et revenir aux temps anciens, ni d’ouvrir les vannes du contenu à gros bouillon, sans aucune surveillance. Il faut mettre en place une juste régulation qui permette autant aux créateurs du web de vivre, sans pour autant spolier les auteurs de revenus qui se réduisent de jour en jour.

Actuellement chaque acteur tire la couverture à soi et renvoie la balle dans le camp adverse. Entre les deux, il y a des artistes qui aimeraient juste que l’on reconnaisse leur travail à sa juste valeur.

Bonne semaine.

Olivier

lundi 17 mai 2010

Frankenstein ! !

Ou

Comment les chercheurs se sont piégés eux-mêmes

Chers amis,

Le temps est tellement triste et désespérant que pour me dégourdir les neurones, je me suis amusé ce week-end à ouvrir un livre d’initiation à la langue latine. Ayant quelques restes de mes années de lycées je redécouvrais avec plaisir ces locutions aujourd’hui disparues. Une d’elles attira tout particulièrement mon attention « Disco ». La traduction me fit pâlir : « Apprendre ». J’étais bien loin d’imaginer que cette racine avait pu donner des dérivées qui finiraient par arriver dans nos oreilles sous forme de disque.

« Apprendre » donc. C’est ce que je fis au cours de ce long week-end qui n’en finissait pas de s’étirer. J’ai acheté un livre intitulé « La crise du disque » (ed Les carnets de l’info). Cet ouvrage fourmille d’explications sur ce que nous vivons actuellement. Cette crise qui dure et dont personne n’est capable, à ce jour, d’en entrevoir la fin.

Mais avant de voir le bout du tunnel, il est intéressant de faire un tout petit peu d’histoire, en remontant, pas si loin que ça, dans le temps.

Le développement du format CD date de la fin des années 70 et fait son apparition au début des années 80. Tout le monde était heureux. Voilà enfin le produit dont on avait besoin : Petit, léger, et surtout inusable. Finis les rayures et craquements. Un son parfait allait couler dans nos oreilles et pour longtemps.

Oui, mais voilà, à la même époque l’informatique se développe. Les disques durs avaient des capacités de stockage proche de la taille du cerveau de poule. Il fallait donc augmenter la taille des mémoires, mais également trouver une formule pour comprimer au maximum les informations, afin qu’elles transitent en masse dans les tuyaux et nous arrivent sans perte dans nos nouveaux computers.

Pour cela un consortium a été créé dans les années 90 : MPEG (Moving Picture Expert Group). Des industriels de l’électronique tels que Philips, Thomson, France Télecom ou TDF se mirent à chercher ensemble. Et c’est ainsi que naquit le format MP3. Un fichier audio pouvait être divisé par 10, sans aucune perte de qualité ou presque et voyager sur le réseau avec fluidité. Aucun de ses fameux chercheurs ne se doutaient qu’ils venaient de mettre au monde la créature qui allait en quelques années mettre à mal le cinéma et à genoux l’industrie du disque.

Nous sommes avec cette découverte en présence du docteur Frankenstein. Le pauvre scientifique ne pensait pas que ses manipulations allaient donner un tel désastre.

Les informaticiens grands et petits se sont emparés de cette nouvelle technologie et l’ont mise sur le réseau. En moins de temps qu’il n’en fallu pour les dénoncer, les sites et plateformes de peer to peer se sont développées, on se souvient tous de Napster et adieu les ventes de CD en masse, les chiffres d’affaires records et disques d’or à la pelle. Le gratuit devenait la norme et le pillage un jeu de société.

Tout le monde était perdant, je parle de l’industrie de la musique, pas des fournisseurs d’accès à Internet ou des publicitaires. Les artistes voyaient les ventes de disques fondre comme neige au soleil et les maisons de disques leurs investissements sans retour. Je rappelle que le chiffre d’affaire global du monde musical a été divisé par 2 en moins de dix ans. Je vous invite à imaginer ce qu’il se passerait en France, si les industriels de l’automobile fermaient la moitié des usines. On serait proche d’une révolution.

Que se passe-t-il aujourd’hui ? Comment faire pour rectifier le tir ? A vrai dire personne ne le sait vraiment. Les majors, afin de préserver des chiffres corrects à présenter à leurs actionnaires, permettent aux opérateurs web ou de téléphonie d’avoir accès à l’intégralité de leur catalogue. Pour cela les fournisseurs doivent payer des sommes considérables. Le produit de ces licences est-il bien redistribué aux ayants droits ? Les artistes d’Universal touchent-ils un pourcentage sur ces nouveaux modes de consommation de la musique ? Comment être certain de la véracité des chiffres de téléchargement ? Il y a tellement de sites sur lesquels on peut acheter de la musique. Et les nouveaux talents dans tout ça ? J’ai l’impression qu’ils sont un peu oubliés, non ?

Albert Einstein savait les ravages que pourrait provoquer une bombe atomique. Les membres du MPEG n’en ont pas eu conscience à temps. Dommage.

Je retourne « cogiter ». Face à tous ces problèmes, il y a de quoi en perdre son latin, n’est-ce pas ?

Bonne semaine.

Olivier