Ou
Comment les chercheurs se sont piégés eux-mêmes
Chers amis,
Le temps est tellement triste et désespérant que pour me dégourdir les neurones, je me suis amusé ce week-end à ouvrir un livre d’initiation à la langue latine. Ayant quelques restes de mes années de lycées je redécouvrais avec plaisir ces locutions aujourd’hui disparues. Une d’elles attira tout particulièrement mon attention « Disco ». La traduction me fit pâlir : « Apprendre ». J’étais bien loin d’imaginer que cette racine avait pu donner des dérivées qui finiraient par arriver dans nos oreilles sous forme de disque.
« Apprendre » donc. C’est ce que je fis au cours de ce long week-end qui n’en finissait pas de s’étirer. J’ai acheté un livre intitulé « La crise du disque » (ed Les carnets de l’info). Cet ouvrage fourmille d’explications sur ce que nous vivons actuellement. Cette crise qui dure et dont personne n’est capable, à ce jour, d’en entrevoir la fin.
Mais avant de voir le bout du tunnel, il est intéressant de faire un tout petit peu d’histoire, en remontant, pas si loin que ça, dans le temps.
Le développement du format CD date de la fin des années 70 et fait son apparition au début des années 80. Tout le monde était heureux. Voilà enfin le produit dont on avait besoin : Petit, léger, et surtout inusable. Finis les rayures et craquements. Un son parfait allait couler dans nos oreilles et pour longtemps.
Oui, mais voilà, à la même époque l’informatique se développe. Les disques durs avaient des capacités de stockage proche de la taille du cerveau de poule. Il fallait donc augmenter la taille des mémoires, mais également trouver une formule pour comprimer au maximum les informations, afin qu’elles transitent en masse dans les tuyaux et nous arrivent sans perte dans nos nouveaux computers.
Pour cela un consortium a été créé dans les années 90 : MPEG (Moving Picture Expert Group). Des industriels de l’électronique tels que Philips, Thomson, France Télecom ou TDF se mirent à chercher ensemble. Et c’est ainsi que naquit le format MP3. Un fichier audio pouvait être divisé par 10, sans aucune perte de qualité ou presque et voyager sur le réseau avec fluidité. Aucun de ses fameux chercheurs ne se doutaient qu’ils venaient de mettre au monde la créature qui allait en quelques années mettre à mal le cinéma et à genoux l’industrie du disque.
Nous sommes avec cette découverte en présence du docteur Frankenstein. Le pauvre scientifique ne pensait pas que ses manipulations allaient donner un tel désastre.
Les informaticiens grands et petits se sont emparés de cette nouvelle technologie et l’ont mise sur le réseau. En moins de temps qu’il n’en fallu pour les dénoncer, les sites et plateformes de peer to peer se sont développées, on se souvient tous de Napster et adieu les ventes de CD en masse, les chiffres d’affaires records et disques d’or à la pelle. Le gratuit devenait la norme et le pillage un jeu de société.
Tout le monde était perdant, je parle de l’industrie de la musique, pas des fournisseurs d’accès à Internet ou des publicitaires. Les artistes voyaient les ventes de disques fondre comme neige au soleil et les maisons de disques leurs investissements sans retour. Je rappelle que le chiffre d’affaire global du monde musical a été divisé par 2 en moins de dix ans. Je vous invite à imaginer ce qu’il se passerait en France, si les industriels de l’automobile fermaient la moitié des usines. On serait proche d’une révolution.
Que se passe-t-il aujourd’hui ? Comment faire pour rectifier le tir ? A vrai dire personne ne le sait vraiment. Les majors, afin de préserver des chiffres corrects à présenter à leurs actionnaires, permettent aux opérateurs web ou de téléphonie d’avoir accès à l’intégralité de leur catalogue. Pour cela les fournisseurs doivent payer des sommes considérables. Le produit de ces licences est-il bien redistribué aux ayants droits ? Les artistes d’Universal touchent-ils un pourcentage sur ces nouveaux modes de consommation de la musique ? Comment être certain de la véracité des chiffres de téléchargement ? Il y a tellement de sites sur lesquels on peut acheter de la musique. Et les nouveaux talents dans tout ça ? J’ai l’impression qu’ils sont un peu oubliés, non ?
Albert Einstein savait les ravages que pourrait provoquer une bombe atomique. Les membres du MPEG n’en ont pas eu conscience à temps. Dommage.
Je retourne « cogiter ». Face à tous ces problèmes, il y a de quoi en perdre son latin, n’est-ce pas ?
Bonne semaine.
Olivier
