Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

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lundi 15 août 2011

Jacques Higelin

Quartiers d’été

Jacques Higelin

EMI 04 décembre 2007

Jacques Higelin

Il n’avait pas enregistré d’album studio, avec ses propres compositions, depuis huit ans. Pour ses fans, une éternité ! En 2006 sort le très attendu « Amor doloroso ». Un retour gagnant pour Higelin. Une tournée l’entrainera sur les routes de France et d’ailleurs. Un tel succès qu’un Live est enregistré à Paris, au Bataclan.

Alors que nous connaissons tous l’esprit rebelle et anarchique de l’artiste, celui-ci se trouva pris au piège, lorsque sa maison de disques lui concocta, en partenariat avec une grosse chaîne de distribution, un concert privé, réservé à une centaine de bons clients fidèles. Le révolté était obligé de se plier face au système…

Une amie m’appela et connaissant mon goût pour le chanteur, me proposa de partager son accréditation. Rendez-vous fut pris face aux locaux d’EMI, au nord de Paris. Nous pénétrâmes dans la toute petite salle, réservée aux show case, un peu avant le public. Régisseur et techniciens s’activent encore à arranger la scène, afin qu’aucun câble, aucun fil ne viennent gêner les déplacements d’Higelin et de ses musiciens.

Les portes s’ouvrent et les 250 veinards se pressent dans notre dos. Je suis collé contre la scène, à hauteur des genoux. Mon sac contenant tout mon matériel entre les jambes. Pas très confortable, car cela veut dire que la place que j’ai, je dois la garder, au risque de ne pas en trouver une autre tout aussi bonne. A vrai dire, je sens que moi et mes camarades photographes ne sommes pas vraiment les bienvenus, comme souvent…

On nous a briefés. Comme d’habitude, on a le droit aux trois premiers morceaux et ensuite on doit tout arrêter. Dans leur grande mansuétude, les organisateurs ne nous ont pas demandés de sortir. On pourra donc rester jusqu’au bout. Super !

Le grand Jacques entre en scène. Il est vêtu d’un grand imperméable. Il ressemble à un aventurier de l’arche perdu… Il défile ses chansons. Beaucoup de nouvelles, celles du dernier album. Bien entendu quelques anciennes. Il est entouré d’une bande de musiciens exceptionnels. Il y a son vieux complice « le docteur Mahut », comme il l’appelle, aux percussions et à la guitare Yan Péchin, un génial fou furieux, que j’avais déjà entendu aux côtés de Thiéfaine.

Passé le troisième morceau, la question se pose : tout ranger ou grapiller quelques images supplémentaires ? Parfois, plus tard dans la soirée, la lumière est meilleure ou le costume de scène change ou le chanteur « donne » plus vers la fin du show. Je décide d’attendre.

A quelques mètres de moi, un confrère qui, se sentant sans doute libre car sans surveillance, continua de mitrailler Higelin. Le pauvre n’eut pas la présence d’esprit de calmer son déclencheur au cours d’une chanson calme. D’un seul coup, il le fusilla du regard et de la parole. Les mots exacts, je les ai oubliés, mais je sais que je n’aurais pas apprécié être à sa place.

Donc, tout naturellement, je baisse les mains qui tiennent mon 20 D et les passe dans mon dos. Il faut laisser passer la tempête. Je repasse en mode « simple spectateur ». Assisté à ce concert privé est plus qu’agréable, ne gâchons pas notre plaisir.

Je reste tout de même à l’affût. On ne sait jamais, une belle posture, un jeu de lumières, une attitude spectaculaire et une bonne photo peut être faite.

C’est au cours d’un pont que Jacques prit cette position, sous une douche de lumière blanche. Une image religieuse m’apparût. Je crus me trouver face au martyre de Saint-Sébastien. Un homme qui sourit presque sous le coup des flèches reçues. Une pause quasi extatique.

Dans le volume sonore personne n’entendra le moteur de mon appareil tourner. Je cadre et appuie. Quatre, cinq fichiers sont enregistrés. Je range aussi vite mon appareil que je l’avais sorti. Je ne découvrirai mes photos qu’au sortir du concert.

Le reste de la soirée fut très rock’n roll et passionné, comme chaque fois que Jacques Higelin monte sur scène. On sait quand ça commence, pas toujours quand cela finit et surtout ce qu’il y aura à voir et à entendre. De toute façon, on n’est jamais déçu.

Bonne semaine.

lundi 13 décembre 2010

Tout le bonheur du monde ! !

Tout le bonheur du monde ! !

Ou

Peut-on vraiment aider autrui, de façon désintéressée ?

Chers amis,

L’internet 2.0 est un outil absolument fantastique pour créer du réseau et se faire de nouveaux contacts.

Il y a quelques mois de cela, je rencontrai donc sur le web, un jeune auteur compositeur, au talent certain et à la carrière bien entamée. Il avait déjà écrit et composé de nombreux titres, dont quelques-uns pouvaient prétendre à une carrière radiophonique. Des concerts en pagaille, des premières parties, de belles rencontres.

Je fus touché par la simplicité du garçon. Dans un élan de générosité et de sympathie, je lui proposai d’organiser quelques show case et un concert dans une petite salle de province. Il était très emballé par mon offre.

Un calendrier fut arrêté et soumis au chanteur. Une semaine, puis deux s’écoulent sans réponse de sa part. Je laisse passer encore un peu de temps, puis je relance. Toujours rien. Après quelques jours supplémentaires de délai, j’obtins la réponse suivante : « En fait, ce n’est pas moi qui gère mon planning !».

J’entre donc en contact avec ladite personne, qui s’occupe de l’emploi du temps. Je réitère mon offre. « Super !, je vous fais parvenir tout ce dont vous aurez besoin pour organiser votre opération. » Une nouvelle fois le temps passe et rien ne bouge. De l’autre coté, les établissements dans lesquels nous devions aller me relançaient. Que pouvais-je leur dire ? Gagner du temps, c’est tout.

Pour mettre en place de tels événements, il ne faut pas six mois, mais comme les places sont chères et qu’il y a beaucoup de monde à vouloir s’en emparer, il ne faut pas traîner pour figer les dates. De plus, pour la moindre de vos sorties devant un public, quel qu’il soit, il faut communiquer. Plus tôt vous débutez votre campagne promo, mieux c’est.

En l’occurrence, je touchais le fond. Il devenait imprudent, à un moins d’un mois du premier show case, de débuter tout démarchage.

Dans cette affaire, n’ayant rien à gagner et un peu à perdre, je décidai unilatéralement d’annuler toute l’opération.

Cela ne m’a pas porté préjudice, mais m’a enseigné une chose. Rendre service n’est pas forcément la meilleure des choses. Lorsque vous aidez, vous n’avez pas la maîtrise des choses. Le fait de ne pas avoir de contrôle sur les événements peut vous desservir.

C’est exactement le même principe lorsqu’on vient vous chercher pour participer gracieusement à un concert. Vous servez une cause, mais pas la votre. En l’espèce je voulais servir quelqu’un d’autre et cela aurait pu me retomber sur le coin du nez.

Gageons que si j’avais eu un contrat avec ce chanteur, les choses se seraient déroulées différemment. J’aurais organisé les interviews et show case et celui-ci serait venu sans sourciller.

On ne peut pas faire le bonheur des autres contre leur gré. L’argent légitime les démarches. En payant, on achète un droit. Dorénavant, il n’y aura plus de cadeaux.

Je souhaite une belle carrière à ce garçon.

Bonne semaine.

Olivier

lundi 14 juin 2010

L'addition s'il vous plaît ! !

L’addition s’il vous plaît ! !

Ou

21 juin dé-fête de la musique

Chers amis,

J’ai eu le grand plaisir d’assister, dimanche dernier, à la finale nationale du concours organisé par Zicmeup. Le niveau était très haut. 12 des 32 finalistes ont été récompensés. Les 20 partis bredouilles peuvent toutefois être fiers de leur prestation. Quand tout est bon, le résultat définitif se joue à quelques dixièmes près. La différence entre le premier et le dernier est infime. Le monde artistique est aléatoire. Sans vouloir être biblique, on peut aisément dire que peut-être un jour, les derniers seront les premiers. Perdre est difficile à encaisser mais absolument pas rédhibitoire. Comme l’a si bien dit Lâam, marraine de cette édition « Moi, je n’ai jamais rien gagné ». On peut tout de même dire que la demoiselle a fait jusqu’à présent un beau parcours, sans médaille, ni couronne.

Ceci m’amène à vous parler de cette fameuse « Fête de la musique » qui pointe comme chaque année, le bout de son nez. En l’espace de quelques jours, j’ai été contacté plusieurs fois par des organisateurs de plateaux pour l’événement nationale festif cité plus haut. De charmantes personnes, ayant obtenu mes coordonnées par l’intermédiaire de lieux dans lesquels j’avais organisé des show case pour les artistes avec qui je travaille, me firent des propositions de programmation.

Le patron d’un grand centre de loisirs en banlieue me dit qu’il souhaitait organiser des événements musicaux dans son établissement, afin de dynamiser son lieu désespérément vide. Bonne idée, lui dis-je. Quels sont vos moyens ? Je n’en ai aucun, eut-il l’outrecuidance de me répondre. Je fus quelque peu interloqué. « Vous ne pouvez pas mettre un centime sur la table et vous me demandez de faire venir des artistes professionnels, gracieusement, pour pouvoir remplir vos poches ! ! » Voilà quel était son raisonnement : « Vos artistes sont venus chez Cultura faire un show case sans cachet, aussi je pensais que l’on pourrait faire de même ici, avec une rémunération sur les ventes de CD ». Il me fallut lui expliquer qu’un show case dans un point de vente de disques, en période de promotion d’un album qui sort, fait partie de l’arsenal dont nous disposons afin de donner de la visibilité aux groupes. Puis vint le moment où je dus détailler ce qui revenait dans la poche de chacun après une vente en magasin. Gosso modo 33 % pour le producteur, 33 % pour le distributeur et 33 % pour le magasin. Divisez 15 € par 3 et voyez ce qu’il reste.

Ha ! oui, mais quand on fait un concert et que l’on vend « au cul du camion » tout va dans la poche du groupe. Il est vrai, mais combien de disques faut-il vendre pour gagner sa vie ? Si au cours d’une soirée, vous vendez 10 CD et empochez 150 €, partagez le magot entre les membres du groupe. Si vous êtes heureux de rentrer chez vous avec 30 ou 40 euro en poche, alors, il vous faudra faire 30 concerts par mois pour pouvoir vivre décemment.

Je comprends très bien que l’on puisse être content d’avoir de l’argent de poche, mais dans ce cas-là, on ne fait pas partie du monde professionnel. On reste un amateur. Ce qui, par ailleurs, n’est pas du tout blâmable.

Votre travail acharné mérite un vrai salaire. Aussi réfléchissez bien avant d’accepter de jouer pour rien. N’hésitez pas à négocier des contreparties. Une année, je suis allé en Corse, avec une chanteuse, pour la fête de la musique. Lorsqu’un voyage comme celui-ci est pris en charge à 100 % par l’organisateur, la donne n’est pas la même. Cela n’a rien à voir avec un plateau organisé par la médiathèque d’une obscure municipalité de Picardie, qui ne vous propose qu’un sandwich et une bière pas fraîche pour vous remercier d’être venu.

Plus les années passent et plus je pense que ce 21 juin est une « dé-fête » de la musique. Qui y gagne vraiment ? Comme bien souvent, ce sont les bistrotiers et les vendeurs de merguez.

Je m’étonnais par le passé de la réflexion d’un ami musicien qui me disait que du piano il en jouait tous les jours, alors ne pas y toucher ce jour-là lui faisait des vacances. Aujourd’hui, je comprends mieux.

Toutes ces demandes reçues ces derniers jours me laissent vraiment penser que dans notre pays l’activité musicale n’est pas considérée à sa juste valeur. Pour pouvoir faire entendre mon discours, il me fallut dire au patron du complexe de loisirs, que le cuisinier de son restaurant et l’ouvreur du cinéma, malgré les difficultés financières de la structure, ne viennent pas travailler gratuitement. Ils reçoivent bien une paye à la fin du mois. Pourquoi en serait-il différent avec les artistes ?

Ne participez pas à la dévaluation de votre art. A force de jouer le jeu de ceux qui vous reçoivent, un jour, plus personne ne sera payé. L’industrie du disque est mal en point, il serait dommage qu’il en soit un jour de même pour le spectacle.

Bonne semaine.

Olivier

www.oliviervadrot.com