Les sectes ! !

Ou

Comment échapper aux vendeurs de rêves

Chers amis,

La semaine qui vient de s’écouler a été très fructueuse et remplie de rencontres très intéressantes, tant professionnellement qu’humainement. Je souhaite vivement que les 7 prochains jours ressemblent aux précédents et surtout qu’il en soit de même pour vous. Malgré tout, je suis certain que nous sommes le premier acteur de notre vie et de notre réussite.

Je suis en contact assez régulièrement avec Eric, un chanteur qui vit dans la région de Grenoble. Nous échangeons par mail, sur l’évolution de son travail. Il me demande mon avis. Modestement j’essaie de l’aider.

Je reçois de sa part, un message, il y a une dizaine de jours. Il me dit avoir été contacté par une société de communication « très intéressée par son profil » et qui souhaite entrer en relation avec lui assez rapidement. Avant toute chose Eric a la gentillesse de me demander mon avis sur la société qui lui a écrit. Je me renseigne sur le net et n’y découvre pas grand chose d’exceptionnel. Je conseille donc au chanteur convoité, d’aller dans un premier temps au rendez-vous fixé par cette agence et qu’il me tienne au courant de son entretien.

Quelques jours plus tard, Eric m’appelle et me trace dans les grandes lignes les points abordés au cours de sa rencontre. Bien entendu la société a littéralement craqué sur l’artiste. Elle compte faire de lui une future vedette de la scène française. Comment procéder ? Le développement est très simple : Tu nous donnes 1200 € et un de nos agents se rend au MIDEM fin janvier et présente ton travail au monde entier ! ! ! Ils ont de très bons contacts avec le Canada et le Japon, paraît-il.

« Qu’en penses-tu ? », me demanda-t-il ? Ma réponse fut assez simple : « Méfie-toi ». Je suis allé au MIDEM, il y a 3 ans. J’ai vu comment les professionnels de « l’édition » travaillent. Ils viennent du monde entier s’échanger des catalogues de titres, parlent beaucoup de la chute des ventes de CD, retrouvent de vieux copains qu’ils n’ont pas vu depuis l’an passé, boivent de bons coups, mais ne sont pas, ou plus, ou rarement, là pour dégoter la perle rare de la chanson.

Je demande à Eric s’il sera le seul de l’écurie de cette société à être présenté à Cannes ? Non, bien sûr. Les gentils communicants confectionneront un joli CD d’une dizaine d’artistes, avec une belle jaquette et une non moins jolie pochette plastique. Ce produit extraordinaire sera distribué au grès des rencontres internationales. C’est bien connu, le Japon raffole de nos chanteurs. Voyez les carrières de… comment s’appellent-ils… ? Vous ne voyez pas ? Moi, non plus.

Ce que je vois c’est juste la multiplication de 1200 € par la dizaine de chanteurs qui auront bien voulu cracher dans le porte-monnaie de ces gens-là. Ainsi, leur MIDEM sera payé (VHR inclus, bien entendu). Ils pourront se pavaner sur la croisette et s’enorgueillir, auprès de leurs fréquentations parisiennes, d’avoir vu de magnifiques couchers de soleil, tout en croisant Pascal Nègre et quelques vedettes américaines dans le hall du Carlton.

Le jour ou de manière répétée et confirmée, la chanson française sera à l’honneur du MIDEM et s’exportera à travers le monde sur simple présentation d’une compilation, alors là je dirai : oui, allez-y ! D’ailleurs à cet instant il n’y aura aucune raison de payer d’avance, puisque le combat sera gagné avant même d’avoir débuté.

Face à ce genre de propositions, je vous invite à rester très prudent. Le marché francophone, ne se détermine pas au bord de la Méditerranée. On sait plus ou moins comment il fonctionne. Alors, si quelqu’un vous vend l’internationale, alors que vous n’avez pas sorti de titre en France, que vous n’êtes signé nulle part, que vous n’avez pas d’éditeur, vous êtes en droit de vous poser quelques questions.

Attention, le principe de payer pour participer à une compilation qui sera présentée à des décideurs ou des médias, ne me choque pas en soi, tant que cela reste sur des montants acceptables. Quelques dizaines d’Euro, pas plus.

Il y a régulièrement des gens qui m’écrivent en me disant : « Oui, mais moi je connais quelqu’un pour qui ça a marché… ». Combien d’autres ont dépensé des sommes folles pour rien ? Combien d’artistes ont emprunté, ont vidé leur compte, se sont ruinés ?

Il faut toujours mettre en perspective les moyens engagés, face aux retombées que l’on peut obtenir. Il faut toujours se renseigner sur les possibilités et les réussites de celui qui veut vous soutirer de l’argent. Il faut toujours rester vigilants et ne pas céder facilement dès que l’on entend des mots tels que : MIDEM, TELE, RADIO…

Ne soyez pas tenté d’enrichir d’obscures officines qui ont pignon sur rue. Les sectes jouent sur les mêmes cordes sensibles : « T’es l’meilleur, t’es l’plus beau, file-moi tes ronds ! ». On sait comment sont fragiles et vulnérables les artistes. Ne tombez pas dans le panneau. Les temps sont durs, gardez vos sous et essayez de les dépenser à bon escient.

Musicalement.