Quelques mots d’amour

Ou

Jenifer VS France Gall, match nul

La polémique qui oppose actuellement France Gall à Jenifer, concernant son album de reprises, a quelque chose de puéril et d’incompréhensible à double titre.

Dans un premier temps, je ne comprends toujours pas pourquoi la veuve de Michel Berger se dresse en quasi permanence, comme la gardienne du temple. Une gardienne qui sort les griffes sitôt que le moindre artiste souhaite s’attaquer à l’œuvre de son Pygmalion. Ils sont très peu, ceux qui reçoivent l’adoubement et peuvent enregistrer ou interpréter une chanson du maitre.

Cette attitude est dommageable, car l’œuvre de Berger ne vit que sous un globe, qui doucement prend la poussière du temps. Avant la sortie de l’album de tous les outrages, les jeunes générations ne savaient pas qui était Michel Berger… Disparu il y a 20 ans. C’était au siècle dernier ! !

La réalité est là. Une pièce de théâtre qui reste dans un tiroir ne sert à rien, tout comme un tableau que l’on enferme dans un coffre-fort. Sur la peinture on peut spéculer. Allez faire monter la cote d’une pauvre chanson, aussi belle soit-elle. Celle-ci n’a aucune valeur si elle n’est pas interprétée.

Le travail des ayants-droits est justement de poursuivre l’exploitation d’un catalogue, afin de le faire vivre, pour que celui-ci ne passe pas dans les oubliettes. Depuis les décès de Gainsbourg, Brassens, Brel, Vian ou Bashung, les albums de reprises ont fleuri, avec plus ou moins de succès, sans jamais porter atteinte à l’image des auteurs, compositeurs ou interprètes qu’étaient ceux-là et surtout pour le plus grand bonheur du public.

La règle, en matière de reprise est assez simple et souffre peu de contestation. Si vous ne changez ni le texte, ni la mélodie originale, alors tout est permis. Sommes-nous, dans le cas qui nous occupe, en présence d’une offense à la mémoire de Berger ? Franchement, je ne le crois pas et même, je suis persuadé qu’il aurait apprécié la voix de la jeune chanteuse.

France et Jenifer

Ceci m’amène au second point que je souhaitais développer ici. J’ai entendu, lors d’un reportage, un journaliste souligner le fait que « la reprise de Jenifer est si proche de l’originale de France Gall qu’on ne comprend pas pourquoi il y a tout ce bruit autour de cette sortie ».

Il est vrai que lorsque j’entends les reprises, je me demande à quoi cela peut-il bien servir que de refaire ce qui a déjà été fait ? Dans le même ton, avec les mêmes arrangements ou presque, dans le même tempo. Effectivement autant écouter les enregistrements originaux ! !

Ce travail n’a absolument aucun intérêt artistique. Pardon de revenir au théâtre, mais imaginez une pièce qui serait sempiternellement montée et jouée de la même façon. Celle-ci lasserait sans aucun doute le public. Par chance il y a eu Peter Brook, Patrice Chéreau ou Daniel Mesguich pour donner chacun à leur manière une lecture différente d’Hamlet.

En musique, il en est de même. Si l’interprète n’apporte rien de nouveau, alors cela ne sert à rien. Quelle tristesse que de savoir que « Génération Goldman » vend des centaines de milliers d’albums, alors que leurs reprises sont sans caractère, sans goût ! !

Ne plaçons pas la variété au rang de la musique classique, ne la considérons pas comme un art majeur et suprême, dont il ne faudrait sous aucun prétexte changer la moindre note d’un arrangement original, au seul prétexte que cela pourrait décevoir les auditeurs.

La chanson est faite pour être triturée, torturée, tordue en tous sens. Je vous invite à réécouter la sublime reprise que fait Johnny Cash de « Personal Jesus », de Depeche mode ou bien sûr le non moins célèbre « My way », par les Sex Pistols.

Je suis pour ma part très heureux d’avoir travaillé avec Renaud Hantson, à la sortie de son album « Opéra rock », sur lequel il dépoussiérait une vingtaine de chansons des meilleures comédies musicales francophones et internationales, dont plusieurs titres étaient d’ailleurs des compositions de Michel Berger. Aujourd’hui, c’est avec O’djila, groupe qui joue principalement de la musique traditionnelle des Balkans, que je m’engage sur la voie de la reprise. Je leur ai demandé de s’approprier des chansons du répertoire français et le résultat est exceptionnel.

Quoi qu’il en soit, cette querelle ouvre largement les écrans de Tv et fait noircir du papier. C’est donc un bon coup de pub pour le disque de Jenifer qui vient de sortir. Sans vouloir tomber dans la vulgarité, je suis certain que ni l’une, ni l’autre ne seront mécontente des chiffres qu’elles verront apparaitre dans quelques mois, sur leur compte en banque respectif. Les morts ça sert aussi à faire de l’argent !

Allez, les filles, faites la paix et dites-vous, comme l’aurait aimé Michel, « Quelques mots d’amour ».