Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 25 avril 2011

Combien tu m'aimes ! !

Combien tu m’aimes ! !

ou

Devenez mon producteur en un petit clic ! !

Chers amis,

Ces journées du mois d’avril sont merveilleuses et le soleil nous transmet l’énergie utile à propulser tous nos projets vers un futur positif.

J’ai sillonné ces derniers jours la France. A l’écoute des infos à la radio, les médias revenaient régulièrement sur le « Printemps de Bourges », festival historique de la région centre.

Si ce rassemblement et quelques autres réunissent une foule considérable de spectateurs, il n’en est pas de même pour toutes les autres manifestations. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le spectacle vivant, ne se porte pas si bien que cela.

D’après les chiffres présentés par la SACEM, seuls 4% des concerts représentent 35% du public. Vous aurez compris qu’une minorité de poids lourds écrase le reste de la masse.

Mes « amis » de sites communautaires

Nous avons tous, sur nos divers réseaux sociaux, une quantité « d’amis » impressionnante. Parmi ceux-ci nombreux sont les artistes, groupes ou chanteurs, qui nous demandent régulièrement un petit vote par-ci, un petit clic par-là, sur des sites qui assurent faire de vous les stars de demain.

Les accroches publicitaires font rêver « Devenez producteur de mon album », « Produisez ma prochaine tournée »…

Je me pose la question suivante : « Pourquoi faire confiance à un artiste que je ne connais pas ? » Contrairement à ce que l’on nous fait croire, au-delà de 100 amis, on ne peut plus rien gérer. Bien entendu, je peux aller sur diverses pages, écouter, regarder, lire ce qui existe déjà et me faire une idée.

L’illusion est grande et bien faite. Les webmasters de ces plateformes souhaitent nous faire avaler que par la simple magie du « clic », nous pouvons tous demain devenir des internautes puissants, possesseurs du droit de vie ou de mort sur des artistes méritants ou non ! A vot’ bon cœur m’sieurs dames ! Un p’tit vote, c’est pas grand-chose ! un p’tit vote, ça ne vous prendra que quelques secondes et demain La grande Zaza partira, grâce à vous, faire le tour du Limousin ! !

Même si le Limousin est une très belle région, je ne pense pas que la grande Zaza, deviendra la vedette qu’elle rêve d’être uniquement parce que 3824 internautes auront voté pour elle.

Producteur vs financier

Il y a une grande méprise dans l’utilisation des mots. Je ne sais si c’est l’époque qui veut ça, mais la confusion qui est faite entre un « producteur » et un « financier » est inquiétante.

Être « Producteur » c’est un métier. Si je donne une voix à un groupe, parce que j’estime qu’il mérite d’aller plus loin, d’être reconnu, est-ce que j’aurai la main, à un moment ou un autre, pour donner mon avis ? Certainement pas !

Un producteur de musique ou de spectacle c’est quelqu’un qui prend des risques financièrement, qui mouille sa chemise, qui va au charbon pour faire vivre son artiste. C’est une personne qui gère les coûts, qui décide de ce qui est bien ou pas, qui ouvre la tirelire ou la referme. C’est un visionnaire qui doit savoir prendre des décisions parfois dans l’urgence, qui doit élaborer un plan de développement dans le temps. Un producteur c’est aussi une nurse qui doit être là pour écouter les angoisses du chanteur, les peurs de la chanteuses, rassurer et convaincre que les choix qui ont été faits sont les bons.

Un financier est une personne qui met de l’argent sur la table et qui attend que ça rapporte beaucoup. D’ailleurs, si le produit n’est pas assez rentable il ira voir autre part.

Les internautes n’ont pas leur mot à dire !

Je me souviens d’avoir évoqué le sujet avec un responsable de site qui proposait de produire des tournées grâce à l’argent des internautes. Lorsque je lui ai demandé qui décidait de quoi, il m’a répondu « C’est nous ! Eux ils paient ! »

Avant de convaincre qui que ce soit de vous donner une voix, il faut avoir fait ses preuves ! Vous rassemblerez rapidement les votes de votre entourage proche, puis de copains de copains, comme d’habitude, mais après…

Je sais bien que le phénomène My Major Compagny fait rêver des milliers de jeunes artistes, mais pour une ou deux réussites combien de déceptions ? Le jour de votre succès viendra lorsque vous rencontrerez vraiment LA personne qui croira en vous et vous permettra de décoller.

Dans ce milieu, une voix vaut mieux que cent !

Bonne semaine.

Olivier

lundi 6 septembre 2010

Le prix à payer ! !

Le prix à payer ! !

Ou

Paye-t-on la musique à son juste prix ?

Chers amis,

Voilà une saison qui démarre sur les chapeaux de roue ! Concerts, rendez-vous et projets ont ponctué la semaine qui vient de s’écouler. On évoque déjà des dates de spectacle pour l’été 2011 ! Pas le temps de s’ennuyer ces jours-ci. C’est très bien ainsi et je vous souhaite tous de connaître le même degré d’activité. Cela fait énormément de bien à l’esprit.

Cette semaine je voudrais aborder le vrai prix de la musique.

En plein cœur de l’été, alors que Paris était dépeuplée, je suis allé deux fois dans la même semaine au cinéma. Le premier film que j’ai vu était une comédie policière américaine, comportant de gros moyens techniques et des effets spéciaux à foison. Pour un jour gris de juillet, ce fut parfait. Ma seconde sortie fut réservée à un film d’animation projeté en 3D, lunettes obligatoires et effets garantis. Mais, Ô surprise, à la caisse on m’a demandé un sus de 2 €, afin d’être équipé correctement et de pouvoir apprécier le spectacle à sa juste valeur.

Pourquoi m’a-t-on fait payer d’une part des lunettes, mais pas les feux d’artifice d’autre part ?

Vous aurez remarqué, comme moi, que quel que soit le type de production que vous désirez voir, le prix de la séance de cinéma est toujours le même. Un film intimiste sera à un tarif équivalent à une super production hollywoodienne.

Qu’en est-il de la musique ? Trop souvent, j’entends de jeunes artistes, auto-produits, parler du prix qu’ils ont payé pour obtenir leur 500 CD, pressés pas cher en Inde ou je ne sais où, avec aucun moyen de contacter un SAV quelconque en cas de problème. Imaginons que le prix de revient d’un disque soit de 3 €. Vous vous rendez chez un distributeur qui vous demandera ce que vous souhaitez gagner sur chaque galette. Sachant que la répartition est en gros de 33 % pour le producteur, 33 % pour le distributeur et de 33 % pour le vendeur, vous ne pouvez décemment pas demander plus de 5 €, sinon votre CD sera mis en vente à un tarif prohibitif et vous n’en vendrez aucun ou presque.

Vous vous retrouvez ainsi dans les bacs aux cotés de Bruce Springsteen et de Pascal Obispo aux alentours de 15 €.

J’ai retourné le problème à l’envers et me suis posé la même question pour un autre secteur industriel. Prenons l’automobile, par exemple. Lorsque vous achetez une voiture, dans le prix vous payez toute la chaîne de production : Recherche et développement, designers, constructeurs, usine, sous-traitant, vendeurs… Ce qui fait que plus vous avez un produit haut de gamme, plus vous payez cher. Ceci ne choque personne ou seulement ceux qui ne peuvent pas s’acheter de luxueuses berlines allemandes. Pourrait-on imaginer un prix unique et trouver des BMW au même prix que des Tata ? Non, bien sûr.

Le disque est en pleine crise, ça on le sait depuis plusieurs années à présent. Le CD ne sera bientôt plus qu’un objet publicitaire dont les artistes auront besoin comme d’autres de cartes de visite. Au coût de production, pour se faire de la pub, il vaut mieux faire imprimer des cartes de visite.

Le disque se vend beaucoup trop cher ! Ha bon ? Voici quelques tarifs glanés ici ou là, auprès de mes camarades (petits) producteurs : Une semaine de studio 3 000 €. Une semaine de Mixage 3 000 €. Une journée de mastering 1 000 €. Pressage de 1 000 CD = 2 000 €. Un attaché de presse : 3 000 €. Un clip 1 500 €. Des encarts publicitaires : 1 500 €… Une fois que vous avez dépensé vos 15 000 € et que votre distributeur vous propose 5 € par CD vendu, lorsque le stock sera écoulé, vous n’aurez gagné que 5 000 €…

Au moment de la sortie de son dernier album « J’accuse », Damien Saez faisait remarquer qu’en tant que producteur de ce disque, il faudrait qu’il en vende au minimum 150 000 exemplaires, pour commencer à gagner le moindre centime. A ce jour il doit avoir fait la moitié du parcours. En tant qu’auteur compositeur interprète et sans doute éditeur, son banquier n’a pas trop d’inquiétude à avoir…

Sur les plateformes de téléchargement le problème est identique. Tous les titres sont à 0,99 €. Une nouveauté ou une chanson sortie d’un back catalogue, même tarif !

Votre travail, chers amis artistes, a un prix. Il ne me choquerait donc pas qu’une nouvelle chanson vendue à l’unité le soit à un prix plus élevé et à l’inverse un titre gold le soit à moitié prix.

L’uniformisation tarifaire pousse à fabriquer de la musique « sous–produite », afin de faire des économies d’échelle et de pouvoir gagner, encore, un peu d’argent sur les ventes physiques. Jusqu’à quand ?

Bonne semaine.

Olivier

mardi 21 avril 2009

Les mots sont les mots ! !

Les mots sont les mots ! !

Chers amis,

La semaine passée fut encore chargée de bien des rencontres positives et de projets motivants pour l’avenir. Je me suis lancé un nouveau défi ! Travailler un produit électro : Matt 66 interprète « So good ». Je n’ai jamais eu auparavant à faire à cet univers. Je le découvre plus précisément et je dois dire que ce que j’entends n’est pas du tout désagréable. La leçon que je tire de cette initiation est que quand un titre est bon, quel que soit son arrangement, il le reste. Il en est de même pour l’électro, comme pour le rock ou la chanson. Au delà du caractère simpliste de ma phrase, je veux dire qu’il faut avoir l’esprit ouvert et disponible aux autres et ne pas rejeter en bloc un style musical, au motif que celui-ci ne nous plaît pas. On peut e pas adhérer à l’ensemble de l’univers, mais reconnaître qu’il y a du bon parfois, là où on ne pensait pas en trouver. Je vous tiendrai au courant de l’évolution de ce projet.

Je ne sais si vous êtes comme moi, mais je reçois de plus en plus de mails de la part de jeunes artistes qui me demandent en permanence de devenir « producteur » de leur prochain disque ou de leur clip. Ce phénomène à fait son apparition il y a quelques mois. On connaît l’histoire de Grégoire et de My Major Compagny. Bravo à eux.

Je pense qu’il y a une erreur d’utilisation des mots, dans cette demande récurrente. En effet, les artistes aujourd’hui, et plus généralement leur entourage, confondent les termes de producteur avec celui de financier. Nous sommes bien d’accord que dans les deux cas ils tiennent les cordons de la bourse, mais tout de même, un producteur est quelqu’un qui, puisqu’il paye, à le droit de donner son avis. S’il n’est là que pour signer des chèques sans avoir un droit de regard sur le travail fourni, alors il n’est que le financier du projet.

Admettons que je reçoive un message me vantant l’univers de tel artiste, mais que après réflexion et avoir écouté, je me dise « Oui, pourquoi pas, mais ce qu’il me propose me semblerait mieux adapté avec telle autre couleur musicale », prendrait-on en compte ma remarque ? Sincèrement je ne le pense pas. Non pas que celle-ci serait mauvaise, mais tout simplement parce que si chacun donnait son avis, il n’y aurait plus de produit ! En gros, on me demande de cautionner à 100 % une création sur laquelle je n’ai aucune prise.

Sur ce point, je rejoins Pascal Nègre, célèbre P D-G d’Universal. Producteur, c’est un vrai métier. On peut penser qu’il n’y en a plus ou plus beaucoup, que justement aujourd’hui en maison de disques, on a plus affaire à des financiers, qu’à des amoureux de la musique, que ce dont l’artiste à besoin, c’est d’un coup de pouce, que finalement même avec cinq euros on peut aider bien des jeunes à démarrer…

Il n’empêche que produire un album reste un vrai travail. L’artiste a besoin d’avoir face à lui quelqu’un qui puisse le guider dans ses choix et l’orienter vers ce qui doit être son vrai chemin. Je vous invite à compulser les discographie de Jacques Brel et de Léo Ferré. Jusqu’au début des années 60, ils étaient signés dans des maisons de disques différentes. Ensuite ils se sont retrouvés chez Barclay. Comparez les albums, avant et après Barclay, écoutez les chansons, les orchestrations, les textes mêmes. Une fois intégrés à cette institution, à l’époque, ils ont eu affaire à un vrai producteur qui leur a donné la possibilité et les moyens de s’exprimer et de donner le meilleur d’eux-mêmes.

Si je ne peux pas faire de choix pour l’artiste que je défends, alors je ne suis pas producteur. Même dans le système boursier, car on se rapproche de cela en misant sur l’avenir d’un chanteur dans lequel on croit, le petit porteur a un droit de vote au conseil d’administration et peut donner son avis, grâce à un bulletin de vote. La formule que l’on nous propose aujourd’hui, ne nous permet pas malheureusement de nous exprimer.

Lorsque j’achète un disque, je valide la travaille réalisé par toute une équipe. Je paye pour un produit fini. En mettant de l’argent sur la table avant, je ne suis pas certain du résultat et prends un risque. Il m’est déjà arrivé d’écouter des maquettes très bien réalisées. Une fois passée entre les mains de pseudo réalisateurs et producteurs le résultats n’était plus à la hauteur de mes attentes. Je peux vous dire que j’aurais sacrément regretté mon argent si j’avais dû miser sur ces projets avant leur terme.

Un Financier est également une pâtisserie ! C’est sans doute pour cela que chacun souhaite croquer sa part du gâteau.

Musicalement

Olivier