Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

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lundi 25 juillet 2011

Iggy Pop

Au cours des quelques semaines de vacances de juillet et août, j'ai décidé de vous envoyer une carte postale par semaine.

Chaque lundi, je vous raconterai l'histoire d'une photo, issue de mes archives personnelles. Mon premier contact avec le Music Business a été par la magie de l'image.

Quartiers d’été

Iggy Pop

Fête de l’Humanité 2007

Iggy Pop

Il est des rendez-vous immanquables lorsque l’on aime l’odeur des frites et la musique. « La fête de l’Huma » a lieu tous les mois de septembre, depuis très longtemps. D’habitude il pleut, lors du rassemblement communiste. On patauge dans la gadoue, avec le sourire des enfants qui savent qu’en rentrant crottés ils vont se faire gronder, mais ça n’est pas grave, on aime ça et on en profite.

En 2007, point d’humidité à l’horizon. Je peux même dire que la météo était plutôt tendance Joe Dassin, « L’Eté indien » sur le parc des expos de La Courneuve. Comme l’an passé, Claudie et Hugues m’ont permis d’obtenir les sésames qui donnent accès aux différentes scènes. L’affiche était prometteuse. Olivier Ruiz, Ayo, Grand corps malade, Luke, Razzorlight, John Buttler trio et celui que tout le monde attendait Iggy Pop.

Tous les concerts se déroulent de la même manière pour les photographes. Nous attendons, parqués dans un espace attenant à la grande scène. Avant le début de chaque prestation, on nous invite à nous installer dans « la fosse » (espace réservé, de quelques mètres de large, entre le public dans notre dos et le service d’ordre au pied de l’estrade).

Chacun trouve sa place. Il y en a qui aiment être juste en face, d’autres préfèrent se positionner sur le côté, au fond, en contre plongée. Certains bougent sans arrêt. Chaque photographe à son angle de choix. En prenant des clichés en rafale, on peut très bien en dix minutes collecter des centaines de photos. On fera le tri plus tard.

Le mot d’ordre toujours le même : « Les trois premières chansons ». A partir du quatrième titre, les gros bras nous poussent gentiment hors du secteur délimité et nous sommes priés d’obtempérer avec le sourire. Là, nous avons le droit d’attendre le concert suivant. On peut toujours se rendre au bar et commander une coupe de Champagne, que l’on paie une fortune. On ne plaisante pas avec les bulles chez les cocos.

Lorsque vous photographiez un groupe comme Luke, c’est presque ennuyant et pas très drôle. Ils sont quatre, plantés derrière leur instrument ou un micro, pendant quarante-cinq minutes. Rien ne bouge. La première chanson ressemble à la dernière. Un bon portrait du chanteur en boite et on s’en va, pas fâché de savoir que le spectacle suivant sera certainement plus mouvementé.

En cette soirée, du 15 septembre 2007, aux alentours de 22 heures, un afflux de photographes, sortis dont ne sait où, débarque. On nous l’annonce depuis plusieurs heures. Il sera là dans quelques instants. Iggy Pop montera sur la grande scène.

Dans la fosse, c’est un peu la bagarre. On joue des coudes. On se bouscule un peu, pensant que l’on à la meilleure place, que de là où l’on se trouve, on ne manquera rien. Pas un geste, pas une attitude ne nous échappera. Derrière moi, appuyé contre la barrière de sécurité, un photographe habitué de ce type de rassemblements nous regarde amusé. Alors que je lui lance « T’es tranquille là ? », il me répond « Aucune importance où que tu sois, tu seras bien ! » En attendant, je joue le jeu comme les autres, je me déplace et finalement prends le poste que je peux !

Philippe Manœuvre entre dans la lumière et nous annonce de sa voix d’adolescent en pleine mue « Ouaissss, il est là ! Pour vous : IGY POP ! Rock’n roll ! ! » A cet instant, la meute de photographes n’est plus que marée humaine. Iggy n’est pas chanteur à tenir en place. Il court, il saute, il monte, il descend, il danse, prend la pose (pas longtemps), grimpe sur les amplis, avance, recule, ne reste pas plus que quelques secondes au même endroit. Le suivre est épuisant, car il faut, une fois de plus, ne pas gêner dans nos déplacements, les confrères qui ont choisi une autre tactique que la vôtre.

Au deuxième morceau, Iggy se prélasse sur une enceinte. C’est le bon moment ! Vas-y shoote ! Mais tout le monde veut saisir cet instant si éphémère. Je suis bousculé, je ne peux cadrer correctement. La lumière en contre est trop forte, le temps que j’effectue le bon réglage : ouverture / vitesse, l’animal s’est échappé.

Finalement, c’est au cours du troisième morceau et me reculant, pour prendre de la distance avec les objectifs amis, que j’ai réalisé ce cliché, quasiment en pieds. Iggy Pop, fidèle à son image : jean et torse nu. Bien plus Punk que tous les autres chanteurs de sa génération, se démènera sur le plateau pendant la petite heure que durera son show.

Ce concert restera pour moi le plus sportif de tous. Les jeunes générations de chanteurs, seraient bien inspirées de prendre exemple sur le papy du rock !

Bonne semaine.

lundi 11 juillet 2011

Dominique A

Au cours des quelques semaines de vacances de juillet et août, j'ai décidé de vous envoyer une carte postale par semaine.

Chaque lundi, je vous raconterai l'histoire d'une photo, issue de mes archives personnelles. Mon premier contact avec le Music Business a été par la magie de l'image.

Quartiers d’été

Dominique A

FNAC Ternes 8 mars 2006

Dominique A show case FNAC Ternes 03.06

Je venais de me lancer dans la photographie de « chanteurs ». En ce début mars, il me fallut trouver des opportunités pour immortaliser mes premiers artistes. Comment faire lorsque l’on ne connaît personne ? Difficile de se présenter à la porte d’une salle de spectacle et demander à y entrer. D’ailleurs, je ne savais pas comment les photographes faisaient pour pénétrer à l’Olympia ou au Zénith. Je l’apprendrais très vite.

Une piste me fut donnée par une amie qui fréquentait le milieu des boitiers Nikon et objectifs Canon (pas ensemble, bien entendu) depuis longtemps. « Tu n’as qu’à aller faire des show case ». J’avais assisté par le passé, à quelques petites représentations, dans des magasins où l’on vendait encore des disques et j’avais trouvé les ambiances plutôt décontractées et sympathiques.

Je saute sur internet et commence à fouiller les différents sites qui faisaient état d’évènements musicaux sur les lieux de vente. La FNAC en proposait une quantité importante. Mon choix s’arrêta sur Dominique A, qui présentait, non pas un disque, mais était là pour parler d’un livre. Peu importe il était chanteur de son état et c’était tout ce qui m’importait.

Ne sachant pas comment j’allais m’y prendre pour faire des photos sans être repéré, je décidai lâchement de jouer au touriste et emmenai avec moi mon fils. Ainsi personne ne soupçonnerait un bon père de famille, venu juste pour quelques clichés souvenirs.

Arrivés dans la petite salle comble, nous nous glissons jusqu’au premier rang. Accroupi, dans l’ombre, j’attends le bon moment pour appuyer sur le déclencheur. A l’instant où Dominique A se lève, attrape sa guitare et s’avance vers le micro, je vois sortir de sous les manteaux, à mes côtés, deux autres objectifs et le mitraillage commence. Je n’étais pas le seul. Nous étions plusieurs photographes, venus incognito, pour faire des portraits du discret chanteur. Dès ce jour, je compris que ce métier était fait de ruse, de manipulation, de mensonge.

Si j’ai choisi ce cliché, sur lequel on ne voit pas le regard, c’est justement parce qu’il exprime un moment de désarroi et de confusion chez le chanteur.

Alors qu’il ne s’accompagnait que de sa guitare, au moment où il commença « Pour la peau », il commit une erreur de texte et s’arrêta immédiatement. Sous les applaudissements, qui valaient encouragements, il reprit. Au même endroit, une seconde fois, il buta sur les mots et sembla, d’ailleurs ne plus savoir ce qu’il avait lui-même écrit… Il fredonna les premiers mots, écarté du micro, afin que nous ne l’entendions pas clairement. Le public voulut l’aider et des spectateurs se mirent à lui souffler son texte !

A ce moment, prit d’un gêne irrépressible, Dominique A lâcha un de ses plus beaux sourires et s’empressa de cacher son visage dans ses mains. Comme un enfant que l’on découvre le doigt dans le pot de confiture, qui sait qu’il ne se fera pas gronder, mais ressent le besoin de montrer qu’il a conscience d’avoir commis une faute.

Le chanteur à cet instant nous à prouver son humanité, son humilité, son talent.

C’est ensuite gonflé à bloc qu’il poursuivra le show, en finissant debout sur le piano. « Je vous avais prévenu, cela peut devenir rock’n roll ! », nous avait-il lancé peu de temps auparavant. L’espace scénique étant surélevé, il dut exécuter quelques contorsions, afin de jouer et chanter, sans que sa tête ne cogne le plafond.

J’avais assisté ce jour-là à un véritable show et possédais mes premiers clichés.

Je conserve toujours cette photo non loin de moi. Chaque fois que je la regarde où que j’en parle, elle me rappelle que c’est avec Dominique A que tout a commencé.

Bonne semaine.