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Comment émerger d’un océan bien Net
Chers amis,
Un des points positifs du blog, que je tiens depuis maintenant un peu plus d'un an, est qu'il m'a permis d'entrer en contact avec des musiciens, mais également et à ma grande surprise avec des étudiants en communication qui m'ont gentiment demandé de bien vouloir répondre à leurs questions, ce que je me suis empressé de faire, car moi aussi lorsque j'étais plus jeune j'aurais apprécié qu'un aîné prenne du temps pour m'éclairer quelque peu sur ce monde merveilleux qu'est le show business.
J'ai reçu il y a peu le mémoire d'une de ces jeunes demoiselles. A la lecture de son travail, par ailleurs de grande qualité, j'y ai relevé un point qui confirme ce que je pressens depuis longtemps, mais qui m'effraie également pour toute la jeunesse qui souhaite vivre de son art.
Internet aujourd'hui a pris une place prépondérante dans la présentation, la diffusion, voire même la sélection des nouveautés. Je ne me plaindrai certainement pas cette évolution technologique qui fait de chacun de nous une vedette en puissance. Plus personne de nos jours ne peut se revendiquer être un nouveau Van Gogh. Vous peignez, vous sculpter, vous composer, vous créez, en quelques clics vous vous retrouvez sur le marché mondial avec la possibilité d'être vu, entendu et découvert à l'autre bout de la planète.
C'est justement ce vide abyssal qui m'inquiète pour vous. Par le passé, la sélection des artistes se faisait quasi naturellement, par élimination spontanée. Vous aviez une chanson, mais pas de magnétophone pour en faire une maquette, aucune chance d'être entendu des labels. Vous possédiez le matériel, encore fallait-il savoir où envoyer votre travail, à qui l'adresser, être sûr que celui-ci arriverait bien sur le bureau de la personne en question, attendre un retour, une lettre "Après avoir écouté attentivement votre maquette, nous sommes au regret de vous annoncer que vous ne correspondez pas à la ligne éditoriale de notre maison et bla bla bla...", si ou vous étiez retenu, il fallait monter à la capitale et ainsi de suite... Seuls ceux ou presque qui faisaient le pied de grue devant les portes des directeurs artistiques finissaient pas obtenir un rendez-vous, cela ne voulait pas dire avoir un contrat, mais déjà entrer dans le bureau d'un responsable de maison de disque était un résultat tout à fait enviable.
Aujourd'hui en France, on ne compte pas moins de 150 000 pages Myspace Music !
Ne vous sentez-vous pas un peu perdu dans ce maelström ? Comment faire émerger de nouveau talents dans cet océan sans fond ? Qui peut avoir la capacité, la connaissance, la suffisance même, de pouvoir dire : « Cet artiste est vraiment bien, quant à celui-ci, je ne préfère pas me prononcer. A mon avis il n’ira pas bien loin. »
Je vois, je suis, depuis plusieurs années des chanteuses et des chanteurs, sur le net. Je regarde leur actualité, les salles de concert dans lesquelles ils jouent, les festivals auxquels ils participent, les radios qui les reçoivent, les magazines qui offrent des interviews (contre un peu d’achat d’espace publicitaire. Hein ? mais non je n’ai rien dit). Parfois je suis agréablement surpris, parfois je ne comprends pas les choix des médias.
Je mesure, après quelques années passées aux cotés de jeunes chanteurs, à quel point la différence ne se fait pas complètement sur la qualité des produits, mais aussi et surtout sur la capacité d’un artiste à résister aux pressions du temps, à ne pas baisser les bras, à ne pas abdiquer face au découragement que peut induire la défection d’un musicien ou d’un sponsor, aux jours qui s’écoulent entraînant avec eux leurs lots d’impératifs matériels auxquels il faut faire face.
Quoi qu’il en soit, il faut du temps pour sortir la tête de l’eau. Paris ne s’est pas fait en un jour, un artiste ne se fabrique pas en jetant des notes sur un site web, en attendant que le temps passe et qu’une bonne âme se charge de faire de lui une vedette. Ce point de vue, souvent défendu par les plus mauvais d’entre vous parfois, n’appartient qu’au monde des fadaises.
Ne misez pas tout sur le Net. Ce canal ne reste qu’un outil, puissant certes, mais un outil tout de même parmi tant d’autres pour mettre en avant votre travail. Il n’est pas la clé de tout.
Ce que je dis pour la musique vaut également pour mes écrits. Il y a 10 ans, jamais je n’aurais pu partager mes points de vue et opinions avec vous, sans le Net. Il m’aurait fallu taper aux portes des journaux, des magazines, des fanzines, des feuilles de choux, pour peut-être trouver une oreille attentive. A présent, seuls mes lecteurs sont à même de m’inciter à continuer. Sans eux, plus de blog et un blog sans lecteurs c’est un peu un chanteur sans auditeurs. Il n’existe pas.
La France est le pays qui possède le plus de blogs par habitant. J’accepte donc le fait d’être, à l’instar de ceux que je défends, noyé dans la masse.
Peut-être faudrait-il que, chacun à notre manière, nous trouvions d’autres moyens de faire parler de nous ?
Bonne semaine.
