Tu parles trop ! !
ou
Les chanteurs ne chantent plus, ils parlent…
Chers amis,
J’ai lu hier une interview de Pascal Nègre. A ma grande surprise, le puissant patron d’Universal se dit heureux. En effet, selon lui la révolution numérique est une réussite et le marché de la musique est reparti. Il est vrai que lorsque l’on est presque mort, il est bien légitime, au moindre signe positif, de se croire Lazare ressuscité. Que les dieux de la musique, d’Hadopi et de la carte prépayée t’entendent, Pascal !
Les Bénéfices du doute
Mais ce n’est pas de cela que je veux parler en ce lundi. Je crois effectivement que le verbe « parler » n’aura jamais aussi bien collé à la réalité de ce qu’est la chanson actuellement. Non pas que les artistes parlent plus qu’ils ne chantent, mais se font entendre plus par leur discours que par leurs œuvres.
Il n’aura échappé à personne qui s’intéresse un tant soit peu à l’actualité des sorties d’albums, que nous avons eu la dernière livraison de Bénabar. Un album de variété intitulé : « Les bénéfices du doute ».
A l’occasion de la promotion de cet opus, le chanteur a fait la tournée des médias. Jusqu’ici tout semble normal. Là où ça se gâte, à mon sens, c’est qu’en zappant ces dernières soirées, j’ai retrouvé Bénabar dans plusieurs émissions invité, non pas à chanter, mais à s’expliquer sur les polémiques de son disque précédent, sur les paroles de ces chansons que certains parfois trouvent un peu légères, sur ses nouveaux textes tellement engagés dans le politiquement correct, sur les musiques, les arrangements, la photo de la pochette…
Faire du buzz
Aujourd’hui, les médias semblent préférer davantage le bla bla à la chanson ! Bien entendu un échange verbal peut déraper, peut entrainer un clash, peut amener l’artiste là où il ne souhaitait pas aller et en fin de compte créer un buzz qui sera bien plus bénéfique au programme concerné et peu au chanteur. Une chanson dure trois petites minutes, au cours desquelles il ne se passe rien qui puisse être repris dans le zapping le lendemain et faire s’esclaffer les fans du Grand journal.
Voilà pourquoi, on préfèrera de plus en plus bavarder tranquillement, deviser gaiement, batifoler autour d’une grande table aux côtés de chroniqueurs qui n’auront de cesse de dire « allez, on regarde un extrait du dernier clip », puis enchaîneront sur des questions aussi fondamentales que « êtes-vous plutôt fromage ou dessert ? » ou tout aussi sympathique « les critiques, ça fait mal, non ? ». Ce à quoi le chanteur tentera de répondre avec le plus de gentillesse possible, parce que son attaché de presse lui a fait comprendre que c’est super important de passer pour un garçon sensible et émouvant.
Allez, je vais jouer une nouvelle fois à l’ancien combattant, mais il fut un temps où les émissions musicales existaient et permettaient aux chanteurs de chanter ! !
Ping pong verbal
Je ne peux que conseiller aux jeunes prétendants de faire du media training. Conservez vos forces et votre voix pour les scènes et plateaux, autres que ceux de la télé ou de la radio. Préparez-vous à avoir à répondre à tout un tas de questions aussi idiotes qu’insensées. Si vous ne possédez pas le minimum de répartie nécessaire, alors vous pourriez vivre des moments douloureux. Si, en revanche, vous êtes à la hauteur du ping pong que l’on vous fera jouer, alors vous aurez une chance de sortir la tête haute de ce face à face.
Nous vivons tout de même une époque très paradoxale. Plus on multiplie les canaux de diffusion : Radios, télés, sites web, plus laisse d’espace pour la chanson, moins on en entend ! ! Comment comprendre cette situation ? Malheureusement, je n’en ai pas la moindre idée…
Je vous souhaite plein de succès.
Bonne semaine.
Olivier
