Scène de ménage ! !

ou

Y a-t-il de la place pour tous sur scène ?

Chers amis,

Une sensation étrange m’a envahi dimanche après-midi, alors que je me rendais à la cigale, afin d’assister à un concert des légendes du rock’n roll. Dans les couloirs du métro, partout, je voyais des affiches annonçant des spectacles, des concerts, des représentations, des réductions, pour une place achetée, une place offerte, jusqu’au 25 de ce mois, c’est 50 % de réduction… __ Beaucoup trop d'offres__

Un trop plein ! Voilà ce que j’ai pensé en arpentant les quais de la RATP. Je me suis mis à la place des spectateurs et me suis demandé ce que j’irais bien voir, si j’en avais le temps et les moyens ? La réponse est simple et triste à la fois : pas grand-chose.

Non pas que la qualité ne serait pas au rendez-vous, loin de là, mais profusion nuit, j’en suis certain.

Notre société est celle du divertissement, mais aussi une société de non courage. J’entends par là, tout nous arrive déjà mâché dans notre ordinateur. Pourquoi faire un effort pour aller entendre un jeune artiste que peu de gens connaissent, dans des conditions précaires ? Qu’est-ce qui pourrait bien nous pousser hors de chez nous, afin d’assister à des représentations moyennes ? La curiosité ? Par le passée, sans doute, mais aujourd’hui…

Il y a des salles qui, tout de même, s’affranchissent du taux de remplissage, parce que subventionnées. Je pense aux Trois Baudets, par exemple. Il n’est pas rare de voir des artistes à l’affiche, avec un taux d’occupation des sièges payants, flirtant à peine avec les deux chiffres. Heureusement qu’il y a des cartons d’invitation… __ Quel avenir pour les jeunes talents ? __ Un gentil père de famille, de province, voulant produire une date pour son fils, m’a contacté la semaine passée, en me demandant si 500 € de location de salles sur Paris était un tarif « honnête » ? Que lui répondre ? Bien sûr que c’est cher, surtout lorsque personne ne vous connaît. Si vous possédez un petit public qui vous suit, c’est jouable, encore que… Faites le calcul : 50 personnes à 10 € et tout le reste à payer : musiciens, transports, hébergement, c’est juste, non ?

Etant donné que beaucoup d’artistes pensent qu’ils émergeront, quelles que soient les conditions de représentations et que des loueurs de lieux jouent sur cette crédulité, le commerce a de beaux jours devant lui et les chanteurs feront face à des salles désespérément vides…

Paradoxe

Nous vivons un grand paradoxe. L’internet a ouvert des possibilités ignorées il y a peu, laissant croire que tout le monde aurait sa place. La crise du disque a accentué la sensation que les revenus proviendraient davantage de la scène. C’est la ruée sur les planches. En même temps, c’est la place des chanteurs, non ?

Etait-il plus facile de se faire entendre par le passé ? Je ne sais pas. Il y avait moins d’artistes, mais aussi moins de moyens de diffusion. Donc rien n’a changé ! Pourtant nous avons l’impression que tout est possible. Sans doute n’est-ce qu’une impression. Le virtuel est parmi nous.

Encore plus aujourd’hui qu’hier il me semble difficile de se faire une place au soleil, dans Paris. Ailleurs…

Pourtant, je ne cesserai jamais de dire aux jeunes artistes qu’il faut y croire, se battre en permanence et ne jamais baisser les bras, que ce métier est formidable, y compris dans les moments difficiles. Il y a toujours une rencontre, une parole, une idée qui vous redonnera une folle envie de monter sur scène et de continuer votre chemin.

Je vous souhaite plein de succès pour cette nouvelle saison.

Bonne semaine.

Olivier