Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

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lundi 16 novembre 2009

Le salaire de la peur ! !

Le salaire de la peur ! !

Chers amis,

Il y a des semaines au cours desquelles je reste face à mon bureau et ne vois personne. Je communique avec l’extérieur uniquement par téléphone, mail et SMS, ce qui entre nous est tout à fait extraordinaire. Le sans fil nous simplifie la vie et qui peut savoir que je tape sur mon clavier depuis le bord de la piscine de mon hôtel de Normandie ou depuis mon bureau parisien ?

Mais ces jours derniers j’ai beaucoup rencontré, déjeuné, discuté de vive voix et le bilan est que de nouveaux projets de collaboration sont à l’étude et disons le simplement, de l’argent rentrera.

J’ai demandé des rendez-vous à des gens avec qui je suis en relation depuis longtemps et vers qui je n’ai aucune difficulté à me tourner. Un appel direct sur un numéro personnel, un agenda en mains et hop une date est arrêtée.

Vous allez me dire, mais pourquoi nous raconte-t-il ses histoires de restaurants ?

Voici l’explication. Ma vie n’est pas extraordinaire. Ce que j’applique à mon domaine d’activité, vous devez aussi pouvoir l’appliquer au vôtre. Si je parviens à des résultats, c’est simplement en utilisant une recette basique du commerce : Pérenniser dans le temps la relation que j’ai avec mes clients.

Cela se traduit par : Le casino du Luxembourg avec lequel j’ai déjà monté plusieurs opérations (Francis Lalanne, Murray Head, Nicolas Peyrac…) est content de notre relation professionnelle, je me dois donc de lui apporter d’autres affaires aussi intéressantes que les précédentes. Si j’y parviens, je suis certain que tout se déroulera bien et que la confiance entre nous sera toujours aussi forte. De plus, c’est sans compter sur les commissions que je touche à chaque concert et qui font que j’ai tout intérêt à y retourner le plus souvent possible.

Un client est potentiellement une valeur à exploiter sur le long terme.

Je vous parle d’un casino qui organise des concerts avec des artistes de renom. Mais il en est de même pour des petits établissements de province. Et c’est là que je veux attirer votre attention.

Vous rêvez, et c’est légitime, de grandes scènes, de Zénith, de palais des sports ou de Stade de France ! Avant d’y arriver, il y a tout un long chemin à parcourir. Commencez par jouer dans le café-concert de votre village. Si vous y cartonnez, il n’y a aucune raison que la personne qui s’occupe de la programmation, ne vous fasse pas repasser par son plateau une autre fois.

J’ai fait cette expérience avec Balablan, au cours de la saison passée. Nous sommes partis de rien, en terme de concert. Comme je ne suis pas spécialisé dans le booking, il m’a fallu passer de nombreux coups de téléphone et envoyer un certain nombre de CD, avant qu’un lieu ne m’appelle et me propose de le recevoir. Ho ! joie !

Il se trouve que la première prestation a été au-delà des espérances des patrons de la salle. Face à la qualité du show, c’est le calendrier à la main que nous nous sommes quittés avec une seconde date de programmée. Nous y sommes retournés 4 fois jusqu’à l’été dernier et avions 2 dates cet automne ! Multipliez le cachet X par 6 concerts et ajoutez-y les recettes des autres lieux dans lesquels le résultat fut le même. Au bout de quelques mois, vous pouvez être fier de votre parcours et commencez à ressentir ce que vivre de la musique veut dire. J’émets tout de suite les réserves de circonstance et vous accorde que ces cachets ne sont pas (toujours) déclarés et que cela ne fait pas de vraies carrières. Soit, mais il faut bien commencer.

Croire que l’on va venir vous chercher et vous offrir des budgets de plusieurs centaines d’euros alors que vous ne les valez pas, c’est rêver gentiment.

Combien de groupes m’ont dit avoir pu s’offrir de beaux cadeaux, de la Stratocaster originale à la voiture neuve (hé oui !), uniquement en thésaurisant les cachets du week-end ? Beaucoup.

Pour parvenir à cela, il ne faut pas avoir un ego surdimensionné et accepter des conditions, parfois un peu précaire. Il ne s’agit pas de tout prendre, mais d’en prendre un maximum. Parfois un plan scabreux peut déboucher sur quelque chose de beaucoup plus grand.

En voici encore un exemple. Je reçois un appel au printemps dernier, de l’ organisateur d’une fête à Clamecy. Connaissant Balablan, il me demande s’il ne peut venir donner une heure de concert, à un tarif défiant toute concurrence. Nous en discutons et contre le remboursement des frais kilométriques et un petit billet, Balablan accepte. Le concert fut si remarquable que je me permis quelques semaines plus tard de rappeler l’organisateur en lui proposant de prendre Balablan en première partie des Forbans, contre cette fois un cachet à la hauteur du talent de l’artiste et de l’événement. Le deal fut réalisé en quelques minutes, à des conditions très avantageuses pour tout le monde. Il n’est pas impensable de retrouver Balablan en concert dans cette région cette saison, tant son tour de chant est apprécié de ceux qui le reçoivent.

Avant de vouloir conquérir des dizaines de lieux (ce que je vous souhaite bien sûr), commencez par fidéliser des salles autour de votre projet. Allez-y, retournez-y, prenez résidence, installez-vous et engrangez les succès et la monnaie au passage, cela ne pourra pas vous faire de mal. Et puis, n’oubliez pas que malgré tout votre art est un travail et que celui-ci mérite un salaire !

Musicalement

Olivier

lundi 15 juin 2009

Avec ou sans toi...

Avec ou sans toi...

Chers amis,

J'ai encore pris quelque liberté avec mon calendrier et n'ai pas publié d'article la semaine passée. Je tiens à vous présenter mes sincères excuses et à rassurer celles et ceux qui m'ont écrits, inquiêts : non, je ne compte pas abandonner mon blog en si bon chemin ! Je reçois de plus en plus de messages de soutien, des demandes de rendez-vous et des propositions de collaboration. Donc vous pouvez compter sur moi !

L'article de cette semaine porte sur le "pouvoir" que nous autres : Attachés de presse, chargés de communication, expert en relations publiques... sommes sensés avoir.

A la fin du mois de mai, j'avais rendez-vous avec fabien Lecoeuvre, afin de parler d'un projet que nous avons en commun autour d'une chanteuse dont je suis en charge de la communication. Après avoir évoqué notre affaire, alors que nous étions en train de boire quelques gouttes de Champagne, notre hôte nous présenta les derniers produits qu'il avait à défendre. Parmi ceux-ci, il y avait le nouveau DVD consacré à Elie Kakou.

De retour chez moi, je m'empressai de glisser le disque dans le lecteur et de choisir le sketch de "L'attaché de presse". Vous vous souvenez sans doute du personnage, manteau léopard et chevelure rousse abondante, et qui n'a de cesse de répéter que c'est elle "qui lance les artistes !". Elle a tout de même la lucidité de reconnaitre que, bien qu'ayant envoyé des centaines d'invitations, il n'y a dans la salle que "Paris Boum boum qui est venu".

Inutile de vous dire à quel point j'apprécie ce sketch, à travers lequel je reconnais bon nombre de mes confrères. Je vous en donne deux exemples.

Un de mes clients, pensant avoir plus de poids sur les médias, a jugé bon de travailler avec moi et une autre personne. Après plusieurs semaines de travail, aucun résultat à l'horizon, sur le secteur dont cette autre communicante était en charge. Ils se séparent donc en très mauvais terme. Le jour du clash, elle m'appelle en me disant qu'un média voulait une interview, mais que étant donné la situation, elle allait tout annuler et que la carrière de l'artiste était finie avant même de commencer ! Que voulez-vous que je réponde à cela ? Ma situation est délicate, donc je ne prends partie pour aucun des deux.

Une heure plus tard le téléphone sonne. Un journaliste de France Bleu me demande s'il est possible de réaliser une interview avec l'artiste en question ! ! Etonné, je lui demande si ma consoeur n'avait pas annulé ce rendez-vous ? Dans un soupire il me lâche : "Ho ! vous savez les attaché de presse, si on les écoutait... Moi, je veux une interview de ce chanteur, c'est tout !" On cala un jour et une heure sur le planning et l'entretien eut lieu.

Je connus le même problème sur une émission de télé, avec Georgette Lemaire. Tout était arrêté, les convocations envoyées. L'attachée de presse en charge de l'organisation de cette promotion, envoya tout valser à la dernière minute. On était à deux doigts de la catastrophe, car aujourd'hui faire une émission sur une chaîne nationale est précieux dans le cadre de la mise en avant d'un artiste et par conséquent ne pas la faire peut avoir des répercussions importantes. Qu'a cela ne tienne, je trouve le numéro de téléphone du réalisateur, je l'appelle et lui présente la situation. "Bien entendu que je maintiens le rendez-vous. Moi, les attachés de presse..." L'enregistrement s'est bien déroulé et l'émission sera diffusée au cours de l'été.

Ces deux anecdotes, doivent vous permettre de prendre conscience que tout comme une hirondelle ne fait pas le Printemps, le communicant ne fera jamais de vous une vedette. Bien entendu, nous avons un rôle charnière entre vous et les médias. Nous sommes chargés de présenter et de défendre votre travail, mais au final c'est toujours le journaliste ou le programmateur qui choisit. L'attaché de presse n'est pas un rédacteur en chef et ne peut pas imposer ses choix. Je ne connais aucun spécialiste en communication qui soit encore parvenu à placer sur le JT de 20 h de TF1, le frère de la soeur d'une copine de ma voisine qui chante super trop bien ! ! En revanche si votre produit a tapé dans l'oreille d'un média, alors là, tout est permis, avec ou sans attaché de presse d'ailleurs.

Musicalement

lundi 13 avril 2009

Les mots sont les mots ! !

Les mots sont les mots ! !

Chers amis, J’ai débuté, la semaine passée, deux campagnes de promotion, pour Balablan d’une part et pour mon regretté ami Gérard Blanc, d’autre part. C’est avec un grand bonheur que j’ai entendu sur les ondes de France Bleu et Nostalgie, diffusés les messages promo et clins d’œil des animateurs, vantant la qualité du DVD « Made in Paris », dernière trace laissée par Gérard avant son décès et en vente depuis quelques jours. Je mesure chaque jour la chance qui m’a été donnée de travailler avec ce grand Monsieur de la chanson française. Il était la simplicité même. Une anti-star. Un artiste ouvert et disponible en permanence pour les autres. J’aimerais retrouver cet état d’esprit chez tous les chanteurs que je fréquente. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas…

Il y a également de bons retours pour le nouveau single de Balablan « Les filles du hall ». Son premier album « Messieurs les musiciens » sort la semaine qui vient. Mais nous sommes confrontés régulièrement au mur quasi infranchissable de certains gros médias. A mots couverts on me fait comprendre que le titre est bon, que l’univers du garçon est très intéressant, mais tant qu’il ne sera pas diffusé « chez les autres », cela sera compliqué de le rentrer en rotation. Comme on me tient exactement le même discours « chez les autres », le serpent se mord la queue jusqu’à s’en étouffer.

Heureusement, et je signe et persiste dans mon propos, il reste les concerts ! Au cours de ceux-ci Balablan se fait voir et entendre et cela paye. Trois concerts consécutifs sur Paris la semaine passée et des promesses de nouvelles dates à venir.

Toutefois cette joie, faite de petits succès, est modérée par une constatation que je peux faire régulièrement avec les artistes en développement. Lorsqu’ils débutent, il y a toujours derrière eux des musiciens « prêts » à jouer pour rien ou presque. Un concert plus tard, deux, trois dates en province, des kilomètres en voiture, des départs de bonne heure et des retours très tard dans la nuit, poussent les musiciens « accompagnateurs » à mettre des conditions de plus en plus contraignantes pour le chanteur. Les musiciens - peut-on vraiment leur en vouloir ? - souhaitent finalement avoir des cachets déclarés, à défaut ils iront jouer avec quelqu’un d’autre qui paiera officiellement.

Ceci amène une réflexion que les « chanteurs » doivent avoir à l’esprit. Lorsque l’on souhaite faire carrière en solo, il ne faut pas se considérer avec ses musiciens comme faisant partie d’un groupe. Pourquoi ? A cause de la prise décision, tout simplement. Dans un groupe, les décisions se prennent ensemble. Chacun fait des efforts et se rend disponible aux autres pour être présents aux répétitions, aux concerts, assurer la promo et tout se qui découle du travail collectif. En solo, le problème est différent. Le chanteur doit être capable d’assurer à tout moment, quelle que soit la configuration de l’événement. Un guitariste indisponible pour telle date, sera remplacé par un autre guitariste et ainsi de suite. Bien entendu cela implique la création d’une liste de musiciens à contacter en cas de besoin. Mais je vous assure qu’une fois que le show est répété et au point, les partenaires se glissent dans leur rôle et donnent le meilleur d’eux-même.

Bien entendu, un chanteur préfèrera avoir toujours autour de lui les mêmes musiciens, cela le sécurise et lui donne la sensation de partager quelque chose avec « une famille ». Ceci est tout à fait compréhensible et même souhaitable. Il y a des connivences qui naissent, des réflexes qui apparaissent et qui permettent de gagner du temps et d’être meilleur sur scène.

Lorsque j’ai monté le concert pour Murray Head, il a fallu retourner les agendas des guitaristes dans tous les sens pour trouver la bonne équipe. Une fois cela réalisé, ils ont répété quelques heures et finalement le public ne s’est pas demandé si Murray avait l’habitude de jouer avec eux souvent, très souvent ou presque jamais. Ils ont fait le show ! Les spectateurs étaient venus voir « un chanteur », pas un groupe.

Ne craignez pas, en tant que chanteuse ou chanteur, de multiplier les contacts avec de nombreux musiciens. A un moment, vous aurez sans doute besoin de pouvoir sortir votre carnet d’adresses et appeler un batteur ou un clavier, car celui qui vous suit habituellement ne sera pas présent sur une date. Ce n’est pas à vous d’être fidèle à vos musiciens, c’est le contraire. On m’a déjà dit « Ha ! tu as pris une date ce jour-là. Mon batteur ne sera sans doute pas là ! » Et alors ? J’annule tous les concerts et show case jusqu’à ce que toute l’équipe soit au complet ? Certainement pas ! La carrière d’un artiste ne doit pas dépendre de son entourage.

Dans le pire des cas, un chanteur doit être en mesure d’assurer son show tout seul avec sa guitare ou son piano, à défaut avec un PBO. Il ne doit compter que sur lui-même. Regardez les tournées en solo qui se multiplient : Jean- Louis Aubert, Patrick Bruel, Maxime Leforestier, Francis Lalanne…

Mon ami Thierry Boulanger, a été appelé il y a quelques années, pour remplacer sur une tournée en Allemagne, le pianiste de Charles Aznavour. Deux répétitions, cinq concerts. A aucun moment Levon sayan, le manager d’Aznavour ne s’est dit qu’il allait annuler les dates uniquement parce qu’il manquait un musicien !

Être chanteur, c’est souvent marcher seul sur le long chemin de la reconnaissance. Regardez bien où vous mettez les pieds et prenez garde à ne pas trébucher. Vos ennemis ne sont pas forcément ceux auxquels vous pensez.

Musicalement

Olivier