Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

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Tag - industrie musicale

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mercredi 3 octobre 2012

Qu'est-ce que sera demain ! !

Qu’est-ce que sera demain ! !

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L’industrie musicale = Waterloo ! Waterloo ! morne plaine !

Chers amis,

Début octobre. L’automne revient. Cette fois, c’est sûr, la saison d’été est terminée. On ne parle plus des festivals, tournées des plages, plateaux gratuits sur les places des villages, comités des fêtes pas toujours très « pro », mais toujours accueillants, 14 juillet, 15 août et fêtes des vendanges. L’été est passé et il nous faut déjà penser au prochain ! !

Pas grand chose à l'horizon

Oui, mais voilà, de quoi sera-t-il fait ? ? Septembre s’est écoulé à une vitesse vertigineuse, sans nous offrir les surprises musicales « attendues » et de quoi envisager, avec une certaine facilité, la programmation de belles affiches pour 2013. Oui, dans la série de disques mis sur le marché, il y a bien sûr l’album de Lou Doillon qui sort un peu du lot. Une série de titres très « lounge » et bien enveloppés, dont le tout-Paris parle avec délice, mais cela suffira-t-il à remplir les salles, lors d’une tournée ?

En France, nous connaissons une sorte de quadrature du cercle. Nos artistes sont appréciés des médias, mais ils ne remplissent pas les salles. Je ne m’étendrai pas sur la longue liste des concerts et tournées annulés, des salles remplies artificiellement d’invités ou de zéniths dont il faut tirer les rideaux du fond, afin de réduire l’espace, pour donner l’impression au public qu’il y avait tout de même beaucoup de monde.

Je veux bien croire aux effets de la crise et aux bourses qui se délient difficilement dès qu’il faut sortir 75 € ou plus, pour assister au concert de son artiste préféré, mais il n’y a pas que cela quand même ! Où est-il passé l’engouement du public pour les artistes ? Où sont sont-elles passées nos vedettes de la chanson ? Qui, aujourd’hui, donne envie à la jeunesse de lever le poing ou de crier à s’en évanouir ? En France, à l’horizon, je ne vois rien venir… Je crains que nous soyons condamnés à voir nos chanteurs français, sur les affiches des festivals de 2013, à la traîne des locomotives américaines et anglo-saxonnes. On aura Tryo, bien sûr, qui tirera honorablement son épingle du jeu, mais en dehors de cela ?

Le niveau n'y est pas

Il y a quelques semaines de cela, je discutais avec un des programmateurs, d’un gros festival de chansons francophones à l’étranger, et je m’étonnais de voir sur son affiche, de plus en plus de groupes chantant en anglais ! ! Un peu gêné, il me répondit qu’il avait de plus en plus de difficultés à trouver des artistes capables d’attirer plus de 3000 personnes payantes, alors que de nombreux groupes britanniques font vendre le double de places ! !

Est-ce le niveau de qualité qui baisse ? Je ne le crois pas. On n’a jamais autant produit de musique qu’en ce moment, donc forcément, il y a dans toute cette matière, quelques pépites. Les exigences du public sont-elles de plus en plus élevées ? Je ne le pense pas, car quand la musique est bonne… Est-ce que les maisons de disques font encore leur travail en aidant véritablement les jeunes dans un développement à long terme ? On en doute.

Bref, nos amis programmateurs sont en train de s’arracher les cheveux, l’été 2013 c’est demain, nos copains tourneurs espèrent avoir dans leur roster le bon cheval, qui leur permettra de rentrer 40 dates entre mai et septembre, mais n’en sont pas certain, nos potes des majors allument des cierges et prient de ne pas se faire virer avant la fin de l’année et enfin le public se désespère de n’avoir rien de transcendant à se mettre dans les oreilles.

Le 21.12.2012 serait, d’après un antique calendrier, la date de la fin du monde. J’ai bien l’impression que, dans l’industrie musicale, quelques-uns ont déjà décidé de baisser le rideau.

Bonne semaine.

Olivier

mercredi 21 mars 2012

Marché noir ! !

Marché noir ! !

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Qui décide vraiment de ce que l’on écoute sur nos ondes ?

Chers amis,

Depuis quelques jours, je goûte à nouveau au plaisir de me glisser dans les Zéniths de France. L’obscurité du back stage est pour moi d’une douceur inversement proportionnelle à l’éclatante lumière tant appréciée des artistes. La vie en coulisses, dans l’arrière-boutique, est pleine de rencontres, d’échanges et d’amitié. Que du bonheur ! !

Il y a un peu plus deux semaines, je reçois un appel. Au bout du fil, un de mes premiers contacts professionnels. Il s’appelle Krishna, est américain, écrit et compose une musique rock, très mainstream. Dans son pays natal, il est musicalement associé à Bruce Springsteen, Willy Deville ou Brian Adams. Autant dire des chanteurs qui envoient !

Alors que je lui faisais part de mes nouveaux contacts, il me vint une idée. Faire écouter son dernier album à un tourneur, comme ça, juste pour avoir le point de vue d’un spécialiste de la vente de concerts en France.

Aussitôt dit, aussitôt fait. J’envoie un lien et un mot d’explication à mon ami. A ma grande surprise, sa réponse ne se fit pas attendre longtemps. Au-delà des points positifs qu’il releva, ce qui retint surtout mon attention, dans son court message fut la phrase : « Potentiel limité en France ».

Je suis tout à fait d’accord avec son analyse, car nous savons depuis de nombreuses années que malheureusement la France n’est pas un pays très rock n’ roll, du moins médiatiquement et que le « marché » est trusté par tout un tas de musiques qui n’ont rien à voir avec les riffs puissants de Guns N’ roses, le lyrisme éruptif d’Aérosmith ou l’énergie de My chemical romance.

Mais qui fait le « marché » ? Toutes les explications sont données et à mon sens aucune ne tient la route. Car si nous ne savons pas très bien produire ce type de musique, le public lui est bien toujours au rendez-vous. Il me semble bien que lorsque Green day, AC/DC ou U2 viennent en France, ils remplissent tous assez facilement les plus grands stades du pays.

Cette histoire de « marché » n’est-ce pas un petit doigt qui tenterait de cacher une inculture crasse et protéger des intérêts de maisons de disques sournoises ? Je me souviens que dans les années 80, un groupe de jeunes garçons est apparu avec une musique datée des années 60. Ils s’appelaient « Les forbans ». Personne ne croyait vraiment en eux et pourtant à l’heure de la new wave triomphante, ils se sont imposés à la tête de tous les classements. Je pense que déjà, avant leur explosion, d’obscures Pythies avaient sans doute décrété que le « marché » n’était pas favorable à ce type de produit.

Des exemples qui démontrent que la fameuse loi du « marché » a été, par le passé, mise à mal de nombreuses fois sont légions.

Mais, d’ailleurs, qui fait le « marché » ? Le public ! Les majors ! Un peu les deux… Les maisons de disques nous disent sans cesse qu’elles produisent ce que les gens veulent entendre, ce qui est bon et surtout ce qui rapporte. Sitôt qu’un produit fonctionne, les dirigeants clament haut et fort : « Vous voyez, les gens adorent ! », en ayant pris le plus grand soin de matraquer sur les ondes prescriptrices des plus gros médias le hit savamment produit.

Elles oublient souvent de nous dire qu’elles se sont également quelquefois bien plantées sur d’autres artistes. Mais là, c’est toujours de la faute du public. Ha ! Satané peuple qui ne veut pas marcher dans les clous qu’on lui fixe ! ! !

Imaginons que demain un producteur ait le courage, oui, je crois que nous pouvons employer ce mot, de sortir le dernier single de Van Halen, pas tout à fait en accord avec le paysage musical ambiant, n’est-ce pas et qu’il passe des accords, enfin achète des espaces publicitaires et abandonne des parts sur l’édition, par exemple, avec TF1 et NRJ, je suis certain qu’après quelques semaines tous les mômes sensibles au solos du guitariste américain, se précipiteront sur leur iPad et téléchargeront le titre. D’un seul coup le « marché » aura changé de tendance…

Tout cela me laisse perplexe et dubitatif. Je crains que nos amis rockers aient tout de même du souci à se faire, car je ne vois pas poindre à l’horizon une fenêtre de large diffusion de cette musique. Quel dommage…

Quant à la mauvaise foi des décideurs de l’industrie musicale et des faiseurs de « marché », elle est incommensurable.

Je vous souhaite plein de succès.

Bonne semaine.

Olivier