Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

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Tag - gérard blanc

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lundi 3 mai 2010

Il faut saisir sa chance ! !

Ou

Comment perdre bêtement des affaires

Chers amis,

J’ai repris cette semaine, la route. Cela faisait plus de trois semaines que j’étais sédentaire. Je commençais à avoir des fourmis dans les neurones. Un train m’amène jusqu’à La Rochelle et là je retrouve mes copains chanteurs et musiciens. Nous passons une nouvelle fois une journée de pur bonheur. Le bonheur c’est une drogue ! Ceux qui ont déjà vécu la vie de tournée comprendront de quoi je parle. Pour les autres, je ne peux que leur souhaiter vivement de connaître ces sensations le plus vite possible.

Mais la vie professionnelle n’est pas faite que de joie. Il m’arrive, comme à tout ceux qui travaillent en indépendant, de manquer des affaires. L’important est de savoir pourquoi on est passé à coté d’un contrat. Que c’est-il passé pour que je m’entende dire « non » ?

Comme je considère que l’échec fait partie du chemin à parcourir et que je ne veux pas donner l’impression que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, j’ai décidé aujourd’hui, de partager les deux expériences négatives rencontrées ces dernières semaines et d’en tirer les conséquences.

J’ai organisé début mars un concert pour Caroline Loeb, au Luxembourg. Je découvre quelques jours plus tard sur sa page facebook, qu’elle recherche une personne pour assurer sa régie sur certaines dates du mois de mai. Sachant ce que représentait cette tâche, je lui envoie un mail, lui proposant mes services. Il m’arrive parfois d’assurer ce job. Etant restée sur une bonne impression, de l’organisation que j’avais mise en place pour elle, je pensais que cela suffirait pour qu’elle me rappelle et que j’obtienne ce contrat. Il n’en fut rien. Quelqu’un d’autre l’accompagnera au cours de ses déplacements.

Que m’a-t-il manqué pour décrocher ce poste ? De décrocher mon téléphone ! Tout simplement. Ayant son numéro de portable, je n’avais qu’à l’appeler afin de lui proposer mes services. Mon appel aurait eu davantage d’impact que mon mail, j’en suis sûr. Cela ne m’aurait pas assuré d’une victoire, mais j’aurais eu bien plus de chances de la convaincre de vive voix. Le télémarketing est plus performant que l’emailing…

Autre exemple. Travaillant sur la tournée « Âge tendre et tête de bois », il m’arrive de recevoir des appels d’artistes qui me demandent directement ou indirectement de parler d’eux aux producteurs du spectacle. C’est ainsi que Charlotte Julian me téléphone début avril et me fait part de son envie de rejoindre la troupe. Je comprends à mots couverts qu’il lui serait agréable que je serve d’entremetteur. Je ne donne pas suite à notre conversation, pensant « j’en toucherai deux mots à Michel algay, à la Rochelle à la fin du mois. Il n’y a pas d’urgence ».

Vendredi, alors que je déjeunais en compagnie de Françoise, la femme de Michel, je lui glisse dans la conversation, la demande de Charlotte. Quelle ne fut pas ma surprise de l’entendre me répondre : « Ho ! Mais c’est fait ! C’est signé pour Charlotte. Michel l’a rappelée il y a quelques jours ».

Si seulement j’avais téléphoné à Michel immédiatement après mon échange avec Charlotte, en lui proposant de l’intégrer à son plateau l’an prochain, je me serai mis en position de négociateur pour cette artiste. Mais j’ai tardé et l’affaire a été conclue directement entre la chanteuse et le producteur. Tant mieux pour elle. Tant pis pour moi…

Quel enseignement tirer de ces mésaventures ? Ne jamais hésiter à faire ce que l’on sait que l’on doit faire ! Si vous connaissez les tenants et les aboutissants d’une affaire, ne perdez pas votre temps à vous dire, je verrai ça demain. La nature a horreur du vide, dit-on. Je ne vous explique même pas ce qu’il en est dans le show business. Vous êtes là, on pense à vous, vous n’y êtes pas, un autre prendra votre place, c’est certain.

Bien entendu, après avoir lu cet article, ne vous précipitez pas sur n’importe quelle proposition sous prétexte de ne pas perdre l’affaire. Si cela se passait mal, je m’en sentirais coupable. Je veux simplement attirer votre attention sur le fait que parfois, il ne faut pas préjuger de ses capacités, de ses connaissances de ses contacts. Vous n’êtes jamais « le seul » dans la place. Si une opportunité s’offre à vous, mesurez-en bien toute la teneur. Peut-être pouvez-vous rendre réponse sur-le-champ, sans attendre.

Je me souviens d’un jour de l’été 2008. J’appelai Gérard Blanc car je venais de recevoir une proposition de gala. Bien qu’il eut déjà une option sur la date avancée, il me demanda de lui en dire plus. Après lui avoir présenté l’affaire je lui parlai des conditions financières. Celle-ci était un peu moins intéressante que la première offre. Toutefois, le promoteur était disposé à payer de suite l’intégralité du cachet. Dans l’instant Gérard accepta. Surpris par sa soudaine prise de décision, il me dit : « dans ce métier les choses vont tellement vite, sont tellement incertaine, que lorsqu’une bonne affaire se présente, il faut la saisir. Si je ne dis pas oui de suite, le promoteur appellera un autre artiste et ce gala nous passera sous le nez ».

Une nouvelle fois, ces anecdotes nous prouvent que le pragmatisme et la réactivité sont les moteurs d’une réussite quasi assurée.

Bonne semaine.

Olivier

lundi 13 avril 2009

Les mots sont les mots ! !

Les mots sont les mots ! !

Chers amis, J’ai débuté, la semaine passée, deux campagnes de promotion, pour Balablan d’une part et pour mon regretté ami Gérard Blanc, d’autre part. C’est avec un grand bonheur que j’ai entendu sur les ondes de France Bleu et Nostalgie, diffusés les messages promo et clins d’œil des animateurs, vantant la qualité du DVD « Made in Paris », dernière trace laissée par Gérard avant son décès et en vente depuis quelques jours. Je mesure chaque jour la chance qui m’a été donnée de travailler avec ce grand Monsieur de la chanson française. Il était la simplicité même. Une anti-star. Un artiste ouvert et disponible en permanence pour les autres. J’aimerais retrouver cet état d’esprit chez tous les chanteurs que je fréquente. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas…

Il y a également de bons retours pour le nouveau single de Balablan « Les filles du hall ». Son premier album « Messieurs les musiciens » sort la semaine qui vient. Mais nous sommes confrontés régulièrement au mur quasi infranchissable de certains gros médias. A mots couverts on me fait comprendre que le titre est bon, que l’univers du garçon est très intéressant, mais tant qu’il ne sera pas diffusé « chez les autres », cela sera compliqué de le rentrer en rotation. Comme on me tient exactement le même discours « chez les autres », le serpent se mord la queue jusqu’à s’en étouffer.

Heureusement, et je signe et persiste dans mon propos, il reste les concerts ! Au cours de ceux-ci Balablan se fait voir et entendre et cela paye. Trois concerts consécutifs sur Paris la semaine passée et des promesses de nouvelles dates à venir.

Toutefois cette joie, faite de petits succès, est modérée par une constatation que je peux faire régulièrement avec les artistes en développement. Lorsqu’ils débutent, il y a toujours derrière eux des musiciens « prêts » à jouer pour rien ou presque. Un concert plus tard, deux, trois dates en province, des kilomètres en voiture, des départs de bonne heure et des retours très tard dans la nuit, poussent les musiciens « accompagnateurs » à mettre des conditions de plus en plus contraignantes pour le chanteur. Les musiciens - peut-on vraiment leur en vouloir ? - souhaitent finalement avoir des cachets déclarés, à défaut ils iront jouer avec quelqu’un d’autre qui paiera officiellement.

Ceci amène une réflexion que les « chanteurs » doivent avoir à l’esprit. Lorsque l’on souhaite faire carrière en solo, il ne faut pas se considérer avec ses musiciens comme faisant partie d’un groupe. Pourquoi ? A cause de la prise décision, tout simplement. Dans un groupe, les décisions se prennent ensemble. Chacun fait des efforts et se rend disponible aux autres pour être présents aux répétitions, aux concerts, assurer la promo et tout se qui découle du travail collectif. En solo, le problème est différent. Le chanteur doit être capable d’assurer à tout moment, quelle que soit la configuration de l’événement. Un guitariste indisponible pour telle date, sera remplacé par un autre guitariste et ainsi de suite. Bien entendu cela implique la création d’une liste de musiciens à contacter en cas de besoin. Mais je vous assure qu’une fois que le show est répété et au point, les partenaires se glissent dans leur rôle et donnent le meilleur d’eux-même.

Bien entendu, un chanteur préfèrera avoir toujours autour de lui les mêmes musiciens, cela le sécurise et lui donne la sensation de partager quelque chose avec « une famille ». Ceci est tout à fait compréhensible et même souhaitable. Il y a des connivences qui naissent, des réflexes qui apparaissent et qui permettent de gagner du temps et d’être meilleur sur scène.

Lorsque j’ai monté le concert pour Murray Head, il a fallu retourner les agendas des guitaristes dans tous les sens pour trouver la bonne équipe. Une fois cela réalisé, ils ont répété quelques heures et finalement le public ne s’est pas demandé si Murray avait l’habitude de jouer avec eux souvent, très souvent ou presque jamais. Ils ont fait le show ! Les spectateurs étaient venus voir « un chanteur », pas un groupe.

Ne craignez pas, en tant que chanteuse ou chanteur, de multiplier les contacts avec de nombreux musiciens. A un moment, vous aurez sans doute besoin de pouvoir sortir votre carnet d’adresses et appeler un batteur ou un clavier, car celui qui vous suit habituellement ne sera pas présent sur une date. Ce n’est pas à vous d’être fidèle à vos musiciens, c’est le contraire. On m’a déjà dit « Ha ! tu as pris une date ce jour-là. Mon batteur ne sera sans doute pas là ! » Et alors ? J’annule tous les concerts et show case jusqu’à ce que toute l’équipe soit au complet ? Certainement pas ! La carrière d’un artiste ne doit pas dépendre de son entourage.

Dans le pire des cas, un chanteur doit être en mesure d’assurer son show tout seul avec sa guitare ou son piano, à défaut avec un PBO. Il ne doit compter que sur lui-même. Regardez les tournées en solo qui se multiplient : Jean- Louis Aubert, Patrick Bruel, Maxime Leforestier, Francis Lalanne…

Mon ami Thierry Boulanger, a été appelé il y a quelques années, pour remplacer sur une tournée en Allemagne, le pianiste de Charles Aznavour. Deux répétitions, cinq concerts. A aucun moment Levon sayan, le manager d’Aznavour ne s’est dit qu’il allait annuler les dates uniquement parce qu’il manquait un musicien !

Être chanteur, c’est souvent marcher seul sur le long chemin de la reconnaissance. Regardez bien où vous mettez les pieds et prenez garde à ne pas trébucher. Vos ennemis ne sont pas forcément ceux auxquels vous pensez.

Musicalement

Olivier