Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

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lundi 17 octobre 2011

A petits pas ! !

A petits pas ! !

ou

La vraie fausse révolution du monde la musique.

Chers amis,

J’ai de nouveau eu la chance de rencontrer, ces jours derniers, des gens extraordinaires. Des êtres passionnés et motivés par leur activité. Gageons que le futur sera plein de projets communs et de belles réussites artistiques. Je vous en dirai plus le moment venu.

La Révolution est en marche ! !

Cela fait un peu moins de dix ans que l’industrie musicale vacille sur son socle. Tous les jours, elle penche un peu plus vers une fin inéluctable. Personne ne sait comment endiguer cette catastrophe technologique. Tout comme Danton s’écriait « De l’audace ! Toujours de l’audace ! Encore de l’audace ! », nous, nous ne voyons le démon que dans le web et crions à qui veut l’entendre : « Internet ! Internet ! Internet ! ».

Le web, c’est l’arroseur arrosé ! tout y est à portée de main et pourtant il est interdit de servir ! Bref, il n’est pas encore venu le temps où des géniaux ingénieurs auront trouvé le moyen de mettre à disposition de tous des œuvres, en assurant aux créateurs un revenu suffisant pour pouvoir continuer à travailler, sans avoir à se soucier de comment régler les factures !

Il faut donc faire avec. Internet a révolutionné les schémas de promotion artistiques. A tel point que je ne comprends encore pas pourquoi, la plupart des médias, qui sont informés de cette profonde mutation, continue de jouer la carte conservatrice du « ça sort quand ? », « On n’est plus raccord avec l’actu, si l’album est déjà dans les bacs ! », « il est distribué par qui ? »…

L'ancien et le nouveau monde

J’ai l’impression parfois de faire se chevaucher deux mondes, l’ancien et le nouveau, lorsque je suis en contact avec certains journalistes.

Tout d’abord, le format des produits finis. Soit, vous sortez un single, soit vous sortez un album ! Le CD 2 titres est moribond. Le EP, 5 ou 6 titres ou comme l’a fait Zazie, le grand format : 7 albums X 7 chansons ou encore comme Michel Fugain qui avec ses quatre saisons, n’ont pas vraiment révolutionné le style. Ce procédé ne semble pas prendre chez nous. Un disque, c’est 12 chansons, tout comme un film c’est minimum 90 minutes ! En dessous, le client se sent volé et la presse peu encline à s’y intéresser !

Ce qui est très étonnant également, c’est l’importance encore donnée à la distribution physique. J’ai eu au téléphone, il n’y a pas si longtemps que cela, un spécialiste du secteur qui m’a dit « Si l’artiste, dont tu me parles, ne bénéficie pas d’une mise en place énorme, il n’en vendra pas ! » Ha bon ! Mais je croyais, à lecture des chiffres, que même avec une belle présence en magasin, les disques ne se vendaient plus. Alors ? ?

Le discours est le même dans certains médias. S’il n’y a pas au dos de la jaquette, une estampille attestant de l’intérêt d’un distributeur pour votre disque, alors vous aurez du mal à faire croire que tout le monde adore votre travail. Ceci est d’autant plus troublant que votre distributeur cherchera et obtiendra aisément une présence sur tous les sites de téléchargements officiels. Ce qui revient à dire que votre bébé ne sera pas encore en rayon à la FNAC que tous les amateurs de votre musique, l’auront entendue et pillée sur le net.

Solution radicale : plus de disques !

Ne pourrait-on pas imaginer, tout comme pour le cinéma, un délai entre la mise sur le marché d’un nouveau produit physique et sa présence en ligne ? Si un disque sortait et qu’il ne soit possible de le télécharger légalement que quelques semaines plus tard, est-ce que cela n’encouragerait pas les acheteurs à retourner dans les magasins spécialisés ?

Il ne faut pas se voiler la face, ni se cacher derrière son petit doigt. Au moment où la Hadopi rendait son premier rapport d’étape, en annonçant le nombre d’emails envoyés aux fraudeurs débusqués, les chiffres de connexions au site megaupload étaient en forte augmentation ! !

Une solution radicale s’impose. Il faut ne plus sortir de CD ! Pas de déception à ne pas trouver le bon distributeur. Pas de problème de règlement des « retours », pour les invendus. Une seule présence sur Internet suffit.

Avant d’en arriver là, il faudra solder les vieilles générations, dont je fais partie, qui ne se retrouvent pas dans l’immatérialité d’un fichier et préfèrent de loin les digipacks et autres boitiers cristal, mais là c’est un autre débat.

La révolution est en marche, je vous le dis, mais à petits pas…

Je vous souhaite plein de succès.

Bonne semaine.

Olivier

lundi 6 septembre 2010

Le prix à payer ! !

Le prix à payer ! !

Ou

Paye-t-on la musique à son juste prix ?

Chers amis,

Voilà une saison qui démarre sur les chapeaux de roue ! Concerts, rendez-vous et projets ont ponctué la semaine qui vient de s’écouler. On évoque déjà des dates de spectacle pour l’été 2011 ! Pas le temps de s’ennuyer ces jours-ci. C’est très bien ainsi et je vous souhaite tous de connaître le même degré d’activité. Cela fait énormément de bien à l’esprit.

Cette semaine je voudrais aborder le vrai prix de la musique.

En plein cœur de l’été, alors que Paris était dépeuplée, je suis allé deux fois dans la même semaine au cinéma. Le premier film que j’ai vu était une comédie policière américaine, comportant de gros moyens techniques et des effets spéciaux à foison. Pour un jour gris de juillet, ce fut parfait. Ma seconde sortie fut réservée à un film d’animation projeté en 3D, lunettes obligatoires et effets garantis. Mais, Ô surprise, à la caisse on m’a demandé un sus de 2 €, afin d’être équipé correctement et de pouvoir apprécier le spectacle à sa juste valeur.

Pourquoi m’a-t-on fait payer d’une part des lunettes, mais pas les feux d’artifice d’autre part ?

Vous aurez remarqué, comme moi, que quel que soit le type de production que vous désirez voir, le prix de la séance de cinéma est toujours le même. Un film intimiste sera à un tarif équivalent à une super production hollywoodienne.

Qu’en est-il de la musique ? Trop souvent, j’entends de jeunes artistes, auto-produits, parler du prix qu’ils ont payé pour obtenir leur 500 CD, pressés pas cher en Inde ou je ne sais où, avec aucun moyen de contacter un SAV quelconque en cas de problème. Imaginons que le prix de revient d’un disque soit de 3 €. Vous vous rendez chez un distributeur qui vous demandera ce que vous souhaitez gagner sur chaque galette. Sachant que la répartition est en gros de 33 % pour le producteur, 33 % pour le distributeur et de 33 % pour le vendeur, vous ne pouvez décemment pas demander plus de 5 €, sinon votre CD sera mis en vente à un tarif prohibitif et vous n’en vendrez aucun ou presque.

Vous vous retrouvez ainsi dans les bacs aux cotés de Bruce Springsteen et de Pascal Obispo aux alentours de 15 €.

J’ai retourné le problème à l’envers et me suis posé la même question pour un autre secteur industriel. Prenons l’automobile, par exemple. Lorsque vous achetez une voiture, dans le prix vous payez toute la chaîne de production : Recherche et développement, designers, constructeurs, usine, sous-traitant, vendeurs… Ce qui fait que plus vous avez un produit haut de gamme, plus vous payez cher. Ceci ne choque personne ou seulement ceux qui ne peuvent pas s’acheter de luxueuses berlines allemandes. Pourrait-on imaginer un prix unique et trouver des BMW au même prix que des Tata ? Non, bien sûr.

Le disque est en pleine crise, ça on le sait depuis plusieurs années à présent. Le CD ne sera bientôt plus qu’un objet publicitaire dont les artistes auront besoin comme d’autres de cartes de visite. Au coût de production, pour se faire de la pub, il vaut mieux faire imprimer des cartes de visite.

Le disque se vend beaucoup trop cher ! Ha bon ? Voici quelques tarifs glanés ici ou là, auprès de mes camarades (petits) producteurs : Une semaine de studio 3 000 €. Une semaine de Mixage 3 000 €. Une journée de mastering 1 000 €. Pressage de 1 000 CD = 2 000 €. Un attaché de presse : 3 000 €. Un clip 1 500 €. Des encarts publicitaires : 1 500 €… Une fois que vous avez dépensé vos 15 000 € et que votre distributeur vous propose 5 € par CD vendu, lorsque le stock sera écoulé, vous n’aurez gagné que 5 000 €…

Au moment de la sortie de son dernier album « J’accuse », Damien Saez faisait remarquer qu’en tant que producteur de ce disque, il faudrait qu’il en vende au minimum 150 000 exemplaires, pour commencer à gagner le moindre centime. A ce jour il doit avoir fait la moitié du parcours. En tant qu’auteur compositeur interprète et sans doute éditeur, son banquier n’a pas trop d’inquiétude à avoir…

Sur les plateformes de téléchargement le problème est identique. Tous les titres sont à 0,99 €. Une nouveauté ou une chanson sortie d’un back catalogue, même tarif !

Votre travail, chers amis artistes, a un prix. Il ne me choquerait donc pas qu’une nouvelle chanson vendue à l’unité le soit à un prix plus élevé et à l’inverse un titre gold le soit à moitié prix.

L’uniformisation tarifaire pousse à fabriquer de la musique « sous–produite », afin de faire des économies d’échelle et de pouvoir gagner, encore, un peu d’argent sur les ventes physiques. Jusqu’à quand ?

Bonne semaine.

Olivier