Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

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lundi 11 janvier 2010

Tu es de ma famille ! !

Tu es de ma famille ! !

ou

Avoir conscience de son identité musicale

Chers amis,

Voici une année qui démarre sur les chapeaux de roue. La France est un pays bien étrange. Le rythme de travail est ponctué par les périodes de vacances scolaires. Aussi, entre le 20 décembre et le 4 janvier, il ne faut pas espérer grand chose des contacts que l’on peut avoir. Mais, dès le 5 du même mois, cela n’arrête pas. Le téléphone sonne et les rendez-vous sont nombreux. Qui s’en plaindra.

Je suis très heureux de voir que mes activités se multiplient. En plus de l’écriture de mes articles et de leurs diffusions en ligne sur de nombreux sites, je tiens particulièrement à remercier l’équipe de Zicmeup, le site « accélerateur de talents », qui relaie mes papiers sur leur blog.

J’ai débuté janvier en participant par téléphone à une émission diffusée le mardi soir sur Radio Néo. « Le labo » propose aux jeunes artistes d’appeler et de faire découvrir en direct leur travail. J’ai entendu plusieurs intervenants au cours des deux heures de programme. Il y avait, entre autre, un jeune garçon qui pratiquait une musique typée, tendance cold wave, avec comme inspiration Cure ou New order. Des textes en anglais et une musique froide. Il était très heureux, et je le comprends, de nous annoncer qu’il avait des contacts à travers le monde, en particulier en Allemagne, aux USA et en Russie. Son album auto-produit se vendait confidentiellement, mais se vendait tout de même.

Vint ensuite Lola Baï, une jeune chanteuse prometteuse qui, à l’écoute de l’auditeur précédent, se laissa aller à rêver également à une diffusion internationale de ses chansons. Son style à elle, c’est la musique Pop, avec des paroles en français. « Oui, j’aimerais bien chanter en anglais », dit-elle à l’antenne « Et pourquoi pas partir à l’étranger ».

Autant je pense que Lola a une forte probabilité de réussir dans notre pays, autant je suis quasi certain, mais peut-être que je me trompe, elle n’en a pratiquement aucune de réussir en dehors de nos frontières et des pays francophones. Quand je parle de réussir, je veux dire autre chose que d’organiser quelques concerts dans des alliances françaises à Berlin ou Oslo.

La raison en est toute simple. La communauté musicale à laquelle vous appartenez vous offrira des possibilités. En dehors de celle-ci, point de salut, sans moyen énorme, et encore. Je m’explique.

Dans le premier cas cité, le groupe joue une musique originale, peut répandue dans notre pays et qui ne passe quasiment pas sur nos ondes. Il en est de même dans à peu près tous les autres pays d’Europe. Mais, dans chaque Etat, de nombreux jeunes sont à l’écoute d’une telle musique et ils n’hésitent pas à aller sur le Net découvrir des groupes qui viennent de loin et qui leur apporte ce qu’ils ne peuvent trouver chez eux. Ainsi un groupe français, peut tout à fait devenir fameux à l’autre bout de la terre, si plusieurs fans se mettent à acheter des disques et diffuser leurs compositions, voire même les inviter à venir jouer sur scène.

Il y a longtemps de cela, alors que je n’envisageais même pas de faire partie de ce milieu, j’accompagnais EPK, un groupe qui jouait une musique semblable à celle dont je parle. Nous partions le week-end un peu partout en France donner des concerts, dans des MJC ou des caves obscures. Il y avait toujours un public fidèle et fan de ces ambiances.

Je fus fort surpris de découvrir qu’à Reims, au Mans ou à Marseille, les spectateurs connaissaient les chansons, l’histoire du groupe et avaient acheté les albums via internet (ils en ont écoulé environ 500, sans passer par un distributeur ou un label). Il en était de même à Prague et Moscou.

Cet univers musical ne compte qu’un seul grand magazine papier qui fait la part belle à ces groupes. EPK avait eu droit à un article dans celui-ci. Régulièrement ils étaient contactés pour participer à des compilations qui étaient diffusées au-delà de nos frontières. Cela leur a valu une réputation internationale. Cette réputation est bien entendu, à leur niveau, mais existe tout de même.

Pour en revenir à Lola Baï, quelle est la communauté à laquelle elle appartient ? Celle des chanteurs français qui jouent une musique qui ressemble à celle de milliers d’autres chanteurs français. Un petit quelque chose en plus, il est vrai, mais pas assez identifiable ou original pour que des auditeurs à l’autre bout de la planète se disent « Ho ! ça c’est génial ! J’achète tout de suite. » Malheureusement, peut-être.

Avez-vous déjà écouté la bande FM norvégienne ou tchèque ? Et de vous dire : « ce que j’entends c’est Top, j’achète ! » Comme moi, jamais sans doute…

Il est important de savoir de quelle famille on veut être. Si vous jouez du hard rock, de la country ou du rap, alors là oui, vous pouvez diriger votre communication en direction des quelques médias qui seront susceptibles de vous diffuser. Les radios ou télés qui se disent généralistes, en fait ne le sont pas. Elles sont « variétés » et ventre mou, rien de plus. Elles préféreront plutôt diffuser Calogéro que Satan Joker (pour rester dans le hard rock). Donc il est inutile de nous demander, à nous les communiquant, de faire pression sur Michel Drucker, pour qu’il passe un bon morceau de Punk, le dimanche après-midi. Cela risquerait de faire grincer quelques dentiers…

Devenez des vedettes dans votre univers. Inondez les médias qui peuvent parler de vous, faites-vous connaître si ce n’est déjà fait. Ayez un véritable statut incontournable. Il faut qu’à chaque fois que l’on parle de votre style musical, on vous cite comme référence. Cela peut prendre du temps, cela dépend du nombre de radios, webradios, magazines, émissions de télé, salles de concerts… Ne négligez rien, du plus petit fanzine, à la plus grosse radio, du petit café-concert au grand festival, tout est bon à prendre. Si vous êtes sur une niche cela devrait être plus simple. En fait tout dépend de la taille de la niche.

Bonne semaine.

Olivier

lundi 9 novembre 2009

Le premier pas ! !

Le salaire de la peur ! !

Chers amis,

Dimanche dernier j’ai assisté à l’Alhambra de Paris, à un très beau concert de Steve et Heather. La country est vraiment un univers musical riche et beaucoup plus varié que l’on ne croit et sans le savoir, ou sans se l’avouer, nous avons tous un coté country ! Il n’est pas rare d’entendre, dans les émissions spécialisées, des titres de Bruce Springsteen ou de Shaina Twain diffusés entre Johnny Cash et Hank Williams.

Cette semaine, je voudrais attirer votre attention sur l’idée qu’un jeune artiste peut se faire de son premier pas dans le métier. Au cours d’un dîner, jeudi soir dans un cabaret parisien, nous avons abordé le sujet.

Je fus très surpris d’entendre un prétendant dire : « Pour débuter dans ce milieu, il faut faire une reprise ». Jean-Pierre Pasqualini, patron de « Platine Magazine » et moi-même, étions du même avis : Ce propos est une ineptie !

Comme je n’ai de cesse de le rappeler à tous ceux qui me demandent conseil : commencez par avoir une réflexion de bon sens ! Prenez l’histoire de la chanson française, celle que vous avez à portée d’oreille et que vous connaissez malgré tout sans doute le mieux. Jetez un rapide coup d’œil sur les titres qui se sont bien placés dans les charts divers. Faites le calcul du nombre de reprises arrivées en tête des Tops et déduisez-en si en enregistrer une est une bonne idée.

Bien sûr, on objectera que Lâam a vendu près d’un million de singles du titre : « Chanter pour ceux… » de Michel Berger. Et après ? Combien sont-ils à avoir réalisé cet exploit ? Peu, très peu. Dans un premier temps cela pouvait s’apparenter à « un coup », mais l’album qui est sorti ensuite était de très bonne qualité et contenait d’excellentes chansons. Il ne restait plus ensuite qu’à dérouler une carrière, mais les choses étant parfois beaucoup plus compliquées qu’on ne le pense, Lâam a connu des hauts et des bas.

Si je tente d’expliquer que reprendre des titres déjà connus et implantés dans l’inconscient collectif est une pauvre idée pour se lancer, elle peut en revanche apporter une image fédératrice, pour un public qui découvre « en live » un artiste et permet d’identifier l’univers du chanteur. Lorsque Balablan reprend en concert du Gainsbourg et du Salvador, nous voyons de quelle école de la chanson il est issu. Les reprises servent à cristalliser une identité, pas à la fabriquer.

Mais que demande-t-on aux artistes ?

Un chanteur se présente face au public pour y présenter son monde, avec ses mots et ses musiques. L’intérêt de ce métier est que chacun peut évoquer le même sujet en utilisant des mots et des mélodies différentes. Ces chansons forment votre personnalité artistique.

Même si vous n’êtes qu’interprète, avec des auteurs autour de vous, vous allez sans cesse chercher à mettre sur vos cordes vocales les mots que d’autres sauront mieux exprimer, mais que vous revendiquerez. N’hésitez pas d’ailleurs à renvoyer vos faiseurs de chansons à leurs tables de travail, parfois malheureusement un mot, un vers ou une expression peuvent faire chavirer le texte entier dans la catégorie des rebus.

On se nourrit de ce qui a déjà été fait, c’est certain, mais ce n’est pas une raison suffisante pour ne vouloir s’adonner qu’à cet exercice de reprise. Dans les années 60, la jeunesse prenait énormément de plaisir à chanter les succès d’Elvis Presley, Buddy holly, Carl Perkins et tant d’autres, allant jusqu’à imiter les postures, les coiffures, les costumes… Ils devenaient des clones. Combien de temps a-t-il fallu pour que les Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Dick Rivers, pour ne parler que d’eux, trouvent et assument leur identité ? Des années ! Quant aux autres ? Disparus…

Aujourd’hui, ceci n’est plus envisageable. On ne peut plus se permettre d’enregistrer des covers à longueur d’année, pour enfin un jour se dire « Et si je faisais mon œuvre ! Celle que j’ai vraiment envie de chanter ! ». tout va trop vite et le temps est compté. Si vous voulez monter sur scène pour défendre ce que vous avez vraiment dans le ventre, alors il vous faudra creuser, gratter, chercher au plus profond de vous ce qu’il y a de meilleur à produire sous forme de chanson.

Si votre seul désir, et celui-ci est blâmable, est de monter sur une scène pour vous aveugler une fois dans votre vie de lumière, vous étourdir de son et vous bercer d’applaudissements, hé bien vous faites fausse route. Ce sera mettre beaucoup d’efforts pour un bonheur furtif qui vous laissera avec le temps plus d’amertume que de joie.

Le show bizness est un fantasme. Et comme tel, une fois vécu il est décevant.

Chanteur en revanche est un vrai métier, qui demande beaucoup de travail pour parvenir à l’obtention d’un résultat.

Je finirai par une comparaison. Les élèves des Beaux-arts copient, recopient les tableaux des maîtres qui les ont précédés, mais une fois franchie et maîtrisée cette étape, ils se retrouvent face à la toile blanche et sont amenés à y projeter leur propre monde. On ne découvre pas un peintre qui présente « trait pour trait » une reproduction de la Joconde ! On l’ignore.

Soyez les peintres de votre vie et imaginez votre monde tel que vous le voulez et non comme il a déjà été dépeint !