Quartiers d’été

Francis Lalanne

Casino 2000 08 novembre 2008

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La salle est vide. Les lumières du plateau sont éteintes et les techniciens finissent de démonter le matériel de scène. Je suis dans la longue file d’attente. Après une demi-heure de patience, je pénètre enfin dans la loge de Francis Lalanne. Je le félicite pour le superbe concert auquel je viens d’assister. Nous parlons aussi de théâtre, Dom Juan… Il est ému de savoir que j’étais présent aux Bouffes du nord, lors de la dernière représentation de la pièce de Molière, dans laquelle il tenait le rôle principal. Pour me remercier, il dénoue son catogan et m’offre son ruban. Je le quitte en paraphrasant sa chanson : « Je ne sais pas où, ni quand, mais je suis certain qu’on se retrouvera ». Décembre 1989, Autun, Salle de l’hexagone.

- Allo Christian, j’ai une mauvaise nouvelle. Je suis obligé d’annuler le concert de Gérard Blanc. Il est actuellement dans le coma en Crête. - Ha. On est à un mois-et-demi de la date. Tu peux me proposer qui à la place ?

Cela faisait un peu plus d’un an que j’étais au service de l’ex-leader de Martin Circus et m’étais contenté de faire la promotion de son dernier album et de son Olympia auprès des radios de province. Cerise sur le gâteau j’avais réussi à le placer pour deux soirées dans la programmation du Casino 2000, de Mondorf les bains, au Luxembourg. C’était pour moi une étape importante dans le développement de mon parcours. Mais voilà, une foutue maladie met mon artiste à terre et mes espoirs en miettes.

« Tu peux me proposer qui à la place ? », cette phrase résonne de longues minutes dans mes oreilles. Je débute et ne connais personne ou presque. J’ai bien croisé une fois Phil Barney, mais ce n’est pas le même calibre que Gérard. Je ne peux décemment appeler Brigitte Blanc et lui demander, pendant ses heures d’attente, dans les couloirs de l’hôpital d’héraklion, de me dégoter deux, trois numéros de téléphone de copains qui pourraient éventuellement remplacer son mari.

Une chose me revient en mémoire. Gérard Blanc a écrit une chanson avec Francis Lalanne. Voilà, le lien est fait. Je cherche sur Myspace la page de Lalanne. Une petite ligne indique : pour toute demande de spectacle, cliquez sur le lien. Je m’empresse de passer mon curseur sur la phrase qui passe du blanc au bleu et ouvre une page de messagerie.

Mon texte est succinct. Je mets en avant l’aspect relationnel qui relie les deux artistes et la situation catastrophique dans laquelle se trouve Gérard. Je demande si Francis accepterait de le remplacer sur cette date. Je laisse mes coordonnées. On ne sait jamais. Je clique sur envoyer.

Je pense qu’il y aura un retour à ce mail, car je sais que les chanteurs sont toujours à l’affût d’une date supplémentaire, mais en même temps, je me dis que ce serait trop beau que mon premier concert soit avec Francis Lalanne !

Plus tard dans la journée mon téléphone sonne. C’est le régisseur de Francis ! Il me demande quelques renseignements complémentaires sur la technique, la salle, le train, l’hôtel, le cachet… Je ne suis pas habitué au jargon du métier et me perds dans les VHR, D.I, TVA à 5,5 % ou 19,6 %, le catering… J’essaie de répondre du mieux que je peux, avec une assurance tout droit sortie des cours de théâtre suivis il y a 20 ans. « Bon, je vois avec Francis et je te rappelle ».

Une journée qui dure une éternité, vous savez ce que c’est ? J’ai expérimenté pour vous. C’est très, très long ! Dans la soirée, alors que je n’y crois plus, nouvel appel. « C’est bon pour Francis ». Je cache ma joie, immense. Je vais travailler avec Francis Lalanne ! ! Encore faut-il que le casino soit d’accord. J’appelle Christian.

- Je crois que j’ai trouvé : Francis Lalanne. Par amitié pour Gérard, il veut bien venir au Casino. - Très bien, ça me convient tout à fait.

Jusqu’au jour de la date, j’ai craint, à tout moment, qu’un nouvel appel vienne contrarier mon destin. Le jour J arrive enfin. Je retrouve le chanteur accompagné de son régisseur, dans une brasserie face à la gare de l’est. C’est bon, nous partons pour le Luxembourg !

La petite salle du Purple lounge est pleine à craquer. Une des meilleures audiences réalisées pour un concert dans ce lieu. Le public est debout, serré, assis sur les marches, penchés sur le balcon. Il y a une ferveur quasiment palpable. Je suis accroupi sur le côté de la scène. Il n’y a que là que je puisse me poser. Alors qu’il a été plutôt sombre et concentré tout au long de son récital, Francis se détend vers la fin. Il entame un dialogue avec les spectateurs, qui lui réclament « La maison du bonheur », « Ma p’tite Véro » et d’autres chansons devenues des classiques. Il propose alors, de faire une soirée Karaoké. C’est à ce moment-là que j’en profite pour figer, sans doute, un des rares sourires de notre voyage.

Même si la photo n’est pas extraordinaire, elle demeure pour moi un symbole. Croire en son rêve et s’en donner les moyens, ne peut que déboucher sur la réussite.

J’ai, depuis, travaillé à plusieurs reprises avec Francis, toujours avec le même plaisir.

Bonne semaine.