Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

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lundi 7 mars 2011

T'étais où ! !

T'étais où ! !

ou

Christophe Maé ? Connais pas !

Chers amis,

Je suis en mesure de vous annoncer qu'un de projets prévus pour la fin de l'année dernière, va enfin voir le jour, dans les semaines qui viennent. En effet, vous aurez la possibilité de retrouver mes chroniques dans un format audio. Ceci permettra à ceux qui n'ont pas le temps de se concentrer sur un écran quelques minutes par semaine, de pouvoir m'écouter tout en faisant autre chose.

Je vous donnerai plus détail sur cette opération très bientôt.

Pour l'heure, j'aimerais revenir sur une info entendue il y a peu et qui, à mon sens, mérite réflexion.

L'artiste le mieux payé de l'année 2010 est Christophe Maé, avec plus de 4 millions d'Euros empochés !

Je sais que ce garçon est un grand performeur et est surtout très apprécié par public jeune et féminin. Le style de sa musique, que l'on peut qualifier de variété (ce n'est pas parce qu'il y a des guitares électriques que c'est du rock, ni parce qu'il y a des percussions caribéennes que c'est du reggae) est en grande diffusion sur tous les réseaux généralistes, télés et radios.

Oui, mais voilà, lorsque je pense à la carrière de ce garçon, je suis incapable de prononcer le moindre titre d'une de ses chansons !

A quoi est-ce dû ? Non pas à un manque de curiosité ou d'intérêt de ma part pour cet artiste qui, s'il est tout en haut du palmarès, le mérite certainement, car je sais qu'il travaille beaucoup ; ni par esprit sectaire qui voudrait que sous prétexte que ça ce vend en grande quantité, c'est que forcément ce n'est pas bien.

La raison en est bien plus simple. Tout ceci est causé par la segmentation des médias.

Revenons en arrière. Il y a une trentaine d'années, disons avant 1982, nous n'avions que trois radios et trois chaînes de télé. Il était donc tout à fait impossible, et je mets au défi quiconque de me dire le contraire, de passer à travers les succès et tubes de l'époque. Bien sûr on avait tout à fait le droit de ne pas aimer Patrick Juvet, Joe Dassin, Michel ou Fugain, mais impossible de dire « je n'ai jamais entendu une chanson de ces gens-là. » Voilà comment des générations entières chantent aujourd'hui, dans n'importe quelle fête, « Alexandrie, Alexandra ».

Après la libération des ondes de la bande FM, des centaines de canaux de diffusion ont vu le jour entraînant avec eux un public lassé d'entendre toujours la même chose dans les médias traditionnels. Puis vînt le temps des structurations et rachats, avec comme idée simple et logique : Vous aimez le jazz, vous écouterez telle station, vous aimez les chansons françaises, vous vous brancherez sur telle fréquence et ainsi de suite.

La fidélisation des auditeurs couplée à la qualité de programmation ont fini par éloigner « Le Public » de certains artistes. Aujourd'hui ce sont des milliers de sources qui sont à notre disposition. Bien entendu, télés et radios sont toujours très puissants par leur présence, mais il ne faut pas négliger l'importance du net.

Il m'arrive de passer des journées entières connecté sur le site d'une radio italienne, depuis mon PC. Je finis donc par en oublier qu'il y a également de la bonne variété en France.

Il y a en suisse, sur la TSR, une émission animée par Alain Morrisod. Il prend un malin plaisir à mélanger tous les styles musicaux sur son plateau. Lorsque j'y suis allé, l'an passé, j'y ai côtoyé à la fois Helmuth Fritz et Hugues Aufray. Un brassage des genres détonnant, mais qui a permis à un large public de s'y retrouver.

Chez nous, le système médiatique est tellement cloisonné que nous ne connaissons plus ce genre de programme. « Taratata » pour les jeunes pop-rockeurs branchés, « Chabada », pour les nostalgiques de la chanson française et le reste sur toutes les autres chaînes.

Voilà comment on peut avoir à proximité de ses oreilles des vrais talents et passer à côté.

Ne vous offusquez pas, si jamais on vous dit ne jamais avoir entendu un seul de vos titres. Renvoyez les béotiens vers les bons canaux. Je vous souhaite ainsi de ravir la place de Christophe Maé, dans un futur très proche.

Bonne semaine.

Olivier

lundi 15 novembre 2010

Taratata ! !

Taratata ! !

Ou

Pascal Nègre sans secret

Chers amis,

Lorsque je démarre l’écriture de cette chronique, chaque lundi matin, je suis guidé par une réflexion, une lecture ou une discussion partagée les jours précédents. Lundi dernier j’apprends que Pascal Nègre P-d-G d’Universal vient de sortir un livre dans lequel il dit tout ! Bien entendu, ce type d’accroche publicitaire est bien connu et en général dans ledit bouquin il n’y a jamais grand-chose de révolutionnaire.

Ma curiosité me pousse à en lire tout de même quelques passages sur internet et me décide ensuite à acheter « Sans contrefaçon », car les morceaux choisis sur le web, ne sont pas forcément les meilleurs.

Je ne viens pas vous faire une chronique littéraire sur la qualité de rédaction du texte, d’une part je ne suis pas là pour ça et d’autre part il y aurait beaucoup à dire… Passons.

A l’heure actuelle, je tire au moins une leçon de ce que j’ai pu lire. Cette leçon tordra définitivement le cou à une idée reçue et que de jeunes artistes me resservent régulièrement. Alors que Pascal Nègre évoque le développement d’un jeune chanteur (appelé X. Pourquoi ???), celui-ci évoque le budget marketing qui tourne autour du million d’Euros et écrit noir sur blanc, page 70 «On finance un Taratata qui le met en valeur ».

Depuis longtemps, il me semblait que les artistes présents sur le plateau de cette quasiment seule émission musicale télévisuelle, n’y étaient pas par hasard. Bien entendu, il est toujours difficile de prouver à de futurs grands chanteurs que leur place dans ce programme ne se fait pas uniquement sur la base du simple talent et du bon titre.

Quand, le grand patron de la musique enregistrée en France livre, tout ou partie de ses secrets (de polichinelle), cela prend une dimension inattendue.

Quelle résonance ce propos peut-il avoir dans l’esprit du jeune auteur compositeur ? Ceux qui entrent en contact avec moi ont souvent une vision très pure et angélique de ce métier. Un seul mot d’ordre : « Si ma chanson est bonne, cela se saura ! » Hé bien non ! Cela serait si beau, trop beau. Il y a d’autres facteurs qui entrent en jeu.

Le but du producteur étant de vendre le plus possible de disques, celui-ci fera tout ce qui est en son pouvoir pour parvenir, dans un premier temps à équilibrer ses comptes et dans un second temps à gagner de l’argent. N’oublions pas que la mise de départ est très importante, du fait entre autre des avances consenties. Réussite ou échec l’argent est sorti et tant pis si le produit ne rapporte rien.

Pour faire rentrer de l’argent, tous les coups sont permis. S’il faut acheter de l’espace publicitaire, échanger des parts d’édition avec des radios (ceci n’est jamais fait directement, mais au nom d’une société qui porte un autre nom), financer un programme à la télé, une tournée promo, allons-y.

Le disque n’est pas une marchandise si différente des autres. Les recettes qui marchent pour de la soupe opèrent également pour la chanson. Une exposition maximale sur tous les supports possible et imaginables, une récurrence du discours promotionnel et une présence permanente dans les médias et vous avez de fortes chances de réussir votre coup.

Cela pourtant ne marche pas tout le temps. Une major peut utiliser cette recette avec tous ses produits et parfois connaître l’échec. Qu’importe, ces entreprises ont des capacités financières telles, qu’une entorse dans le prévisionnel ne mettra jamais en danger l’économie de la société.

Oui, aujourd’hui plus qu’hier, et malgré la crise que notre milieu connaît, les grand groupes s’en tirent mieux que les indépendants. Comment voulez-vous qu’un petit label, qui sort 2000 CD du seul groupe de leur catalogue, sans grande réputation, s’en sorte si jamais seulement 500 disques sont vendus ? Cette activité relèvera plus du loisir que de l’économie.

Ces éléments ne doivent pas pour autant décourager l’ensemble de nos futures stars. Au contraire, lorsque que l’on a une parfaite connaissance du milieu hostile dans lequel on va évoluer, il est beaucoup plus facile à appréhender.

Bonne semaine.

Olivier

lundi 8 mars 2010

And the winner is ! !

Ou

Si vous voulez un trophée, signez dans une major

Chers amis,

Je viens de vivre une semaine extraordinaire. Je ne sais si cela vous est déjà arrivé, mais lorsque votre rêve devient réalité, vous ressentez un sentiment extrêmement fort de plaisir et de joie. Depuis mon plus jeune âge, je souhaitais travailler aux cotés d’artistes, de chanteurs, être dans les coulisses, sur des plateaux de télé, dans des studios de radio… Voilà donc ce qui a été mon quotidien ces derniers jours.

Quel que soit le but que vous souhaitiez atteindre, je ne peux que vous encourager à le poursuivre. A force d’acharnement et de volonté, parfois avec un peu de chance (mais ça, je n’y crois pas trop, car il me semble que celle-ci nous la créons nous-même. J’y reviendrai un autre jour), on finit par arriver là où l’on veut aller.

Je vous engage à ne pas attendre d’être parvenu au sommet pour fêter vos réussites. C’est en célébrant chaque étape franchie, que l’on crée l’énergie qui propulse sur le palier suivant. Tout comme l’écrivait Molière pour Dom Juan « Y voir chaque jour les petits progrès que l’on fait ».

Il se trouve donc que cette semaine, je suis parti sur la nouvelle tournée du spectacle « Âge tendre ». Je vous entends d’ici rire de ce rire narquois et moqueur. Je vous arrête de suite. Le show qui est donné est d’une très grande qualité et ne souffre d’aucune critique. Pour être tout à fait honnête (et il faut l’être), je ne cautionne pas tous les chanteurs de ce plateau, ayant des préférences artistiques, mais cela ne regarde que mon goût personnel et je ne me permettrai pas d’émettre quelques remarques en place publique, à travers cet article.

Une polémique est née il y a quelques jours, car comme le savez et l’avez certainement suivi, le programme des Victoires de la musique diffusé samedi dernier, n’a pas laissé de place à certaines catégories. Michel Algay, le producteur « d’Âge tendre », ne veut pas à tout prix recevoir un trophée. Deux millions de spectateurs en 4 ans de tournée, c’est plutôt une belle récompense et cela lui suffit d’obtenir les suffrages du public.

Le problème qui est soulevé, c’est l’impartialité des décideurs et la probité avec laquelle sont décernées ces sculptures.

Il faut pour bien comprendre avoir quelques éléments qui peuvent échapper au public. Le comité des « Victoires de la musique » est une association qui vit principalement de l’argent qui est versé par les majors. De ces dons, des gens tirent des salaires. Tout travail mérite salaire, d’accord, mais certaines rentes me semblent douteuses.

En termes claires, si je suis payé par Sony et Universal, puis-je décemment donner une récompense à un album produit par un label indépendant et uniquement distribué par internet ?

De plus le producteur de l’émission télévisée est Nagui. Vous aurez remarqué que tous les extraits de présentation des chanteurs nominnés sont issus de Taratata… Il faut savoir parfois se faire de la publicité à peu de frais.

Les Victoires de la musique, ne sont vraiment que celles d’une certaine musique, plutôt bien appréciée dans le milieu très parisianiste de soirées branchouilles et Bo-bo, tendance France Inter et Télérama. Je dis cela en connaissance de cause, j’écoute France Inter. Ce qui est le plus gênant, ce n’est pas que Biolay ou Ruiz soient récompensés, au contraire, leur travail mérite d’être reconnu, quant à l’album d’Izia, celui-ci est tout simplement excellent, non ce qui me dérange c’est la permanente opposition qu’il faudrait faire entre la chanson « Intello » et la chanson « populo ». Pourquoi vouloir sans cesse diviser plutôt que rassembler ?

Il me semble que le coeur même de l’art (même s’il est mineur) c’est la création d’émotion. Si une chanson, d’oû qu’elle vienne, quels qu’en soient les auteurs et compositeurs, vous donnent le frisson, alors c’est une bonne chanson. Je peux vous assurer que lorsque j’entends certains titres de Damien Saez, Alain Bashung ou Jacques Higelin, je suis ému de la même manière que lorsque je vois sur scène Charles Dumont ou Isabelle Aubret. C’est juste une question d’alchimie musicale. Une belle mélodie, un beau texte et la magie opère.

Pour résumer, si vous rêvez de remporter un jour une récompense, prévoyez d’intégrer d’abord une major, d’avoir un plan promo avec beaucoup de zéro et de passer dans les meilleurs programmes musicaux. A ce moment-là vous aurez des chances. Sinon, continuez d’écrire, de composer et de chanter face à votre public, lorsque vous recevrez leurs applaudissements et leurs bravos, ce sera alors votre plus belle victoire.

Bonne semaine.