Au cours des quelques semaines de vacances de juillet et août, j'ai décidé de vous envoyer une carte postale par semaine.
Chaque lundi, je vous raconterai l'histoire d'une photo, issue de mes archives personnelles. Mon premier contact avec le Music Business a été par la magie de l'image.
Quartiers d’été
Dominique A
FNAC Ternes 8 mars 2006

Je venais de me lancer dans la photographie de « chanteurs ». En ce début mars, il me fallut trouver des opportunités pour immortaliser mes premiers artistes. Comment faire lorsque l’on ne connaît personne ? Difficile de se présenter à la porte d’une salle de spectacle et demander à y entrer. D’ailleurs, je ne savais pas comment les photographes faisaient pour pénétrer à l’Olympia ou au Zénith. Je l’apprendrais très vite.
Une piste me fut donnée par une amie qui fréquentait le milieu des boitiers Nikon et objectifs Canon (pas ensemble, bien entendu) depuis longtemps. « Tu n’as qu’à aller faire des show case ». J’avais assisté par le passé, à quelques petites représentations, dans des magasins où l’on vendait encore des disques et j’avais trouvé les ambiances plutôt décontractées et sympathiques.
Je saute sur internet et commence à fouiller les différents sites qui faisaient état d’évènements musicaux sur les lieux de vente. La FNAC en proposait une quantité importante. Mon choix s’arrêta sur Dominique A, qui présentait, non pas un disque, mais était là pour parler d’un livre. Peu importe il était chanteur de son état et c’était tout ce qui m’importait.
Ne sachant pas comment j’allais m’y prendre pour faire des photos sans être repéré, je décidai lâchement de jouer au touriste et emmenai avec moi mon fils. Ainsi personne ne soupçonnerait un bon père de famille, venu juste pour quelques clichés souvenirs.
Arrivés dans la petite salle comble, nous nous glissons jusqu’au premier rang. Accroupi, dans l’ombre, j’attends le bon moment pour appuyer sur le déclencheur. A l’instant où Dominique A se lève, attrape sa guitare et s’avance vers le micro, je vois sortir de sous les manteaux, à mes côtés, deux autres objectifs et le mitraillage commence. Je n’étais pas le seul. Nous étions plusieurs photographes, venus incognito, pour faire des portraits du discret chanteur. Dès ce jour, je compris que ce métier était fait de ruse, de manipulation, de mensonge.
Si j’ai choisi ce cliché, sur lequel on ne voit pas le regard, c’est justement parce qu’il exprime un moment de désarroi et de confusion chez le chanteur.
Alors qu’il ne s’accompagnait que de sa guitare, au moment où il commença « Pour la peau », il commit une erreur de texte et s’arrêta immédiatement. Sous les applaudissements, qui valaient encouragements, il reprit. Au même endroit, une seconde fois, il buta sur les mots et sembla, d’ailleurs ne plus savoir ce qu’il avait lui-même écrit… Il fredonna les premiers mots, écarté du micro, afin que nous ne l’entendions pas clairement. Le public voulut l’aider et des spectateurs se mirent à lui souffler son texte !
A ce moment, prit d’un gêne irrépressible, Dominique A lâcha un de ses plus beaux sourires et s’empressa de cacher son visage dans ses mains. Comme un enfant que l’on découvre le doigt dans le pot de confiture, qui sait qu’il ne se fera pas gronder, mais ressent le besoin de montrer qu’il a conscience d’avoir commis une faute.
Le chanteur à cet instant nous à prouver son humanité, son humilité, son talent.
C’est ensuite gonflé à bloc qu’il poursuivra le show, en finissant debout sur le piano. « Je vous avais prévenu, cela peut devenir rock’n roll ! », nous avait-il lancé peu de temps auparavant. L’espace scénique étant surélevé, il dut exécuter quelques contorsions, afin de jouer et chanter, sans que sa tête ne cogne le plafond.
J’avais assisté ce jour-là à un véritable show et possédais mes premiers clichés.
Je conserve toujours cette photo non loin de moi. Chaque fois que je la regarde où que j’en parle, elle me rappelle que c’est avec Dominique A que tout a commencé.
Bonne semaine.
