Au cours des quelques semaines de vacances de juillet et août, j'ai décidé de vous envoyer une carte postale par semaine.

Chaque lundi, je vous raconterai l'histoire d'une photo, issue de mes archives personnelles. Mon premier contact avec le Music Business a été par la magie de l'image.

Quartiers d’été

Charlélie Couture

Salon du livre 19 mars 2006

Charlélie Couture

On ne sait pas à quoi pensent les chanteurs. Pourquoi, à un moment ou un autre de leur vie d’artiste, ils veulent partager avec le public l’envers du décor ? Ils deviennent tous « auteur ».

Le public, toujours friand d’anecdotes croustillantes, est prêt à bondir sur le rayon étalant les biographies, autobiographies, hagiographies des saints chanteurs, palimpsestes et autres textes sacrés, dévoilant ce que le commun des mortels, ne devrait pas savoir.

Et tout ce petit monde se retrouve dans les salons du livre. Un jour à Paris, un autre à Cosne-sur-Loire.

En ce mois de mars, c’est dans la capitale que la plus grande réunion d’écrivains à lieu. Le parc des expositions de la Porte de Versailles, quand il n’accueille pas le salon de l’auto ou celui de l’agriculture, ouvre ses portes à Marc Lévy et Jean d'Ormesson…

La liste des chanteurs-auteurs était assez longue et alléchante pour le jeune photographe que j’étais. Un nom plus que les autres retint mon attention. Charlélie Couture. L’artiste lorrain viendra dédicacer « En Australie », un carnet de voyage.

A l’heure dite, le chanteur s’installe à sa table, avec à portée de main, deux gros crayons gras, à mines multicolores. De nombreux lecteurs et fans se pressent autour du stand. Tout le monde mitraille à l’aide de petits appareils numériques. Comme les autres, je joue au badaud et shoote deux clichés ici et deux autres là.

Un problème de taille se pose. Charlélie dissimule ses yeux derrière des lunettes noires. Me revient en mémoire le conseil reçu de mes ainés : « Le regard. Il faut que tu chopes le regard ! » Toutes les images que je prends sont sans intérêt. Je sens même un peu d’agacement de la part de celui qui signe, face aux nombreux objectifs.

Je ne reste pas à proximité et glisse vers le stand sur lequel se trouve Richard Bohringer.

Lorsque, après quelques minutes et par acquis de conscience, je reviens sur mes pas, alors que l’heure de fin de la séance de dédicace pour Charlélie Couture est passée, je trouve le chanteur décontracté, souriant, n’étant plus entouré que de deux ou trois fidèles lecteurs de ses œuvres et surtout les lunettes noires ont disparues ! Je dégaine mon appareil et appuie sur le déclencheur. Je prends plusieurs clichés à la suite. A priori il ne fait pas attention à ma présence. J’avance un peu plus vers lui. J’utilise une focale de 80 mm. Autant dire que je suis tout proche. Une dernière rafale. J’ai ce que je veux.

Prenant conscience qu’il manque quelque choses à son personnage, Couture remet ses lunettes. Trop tard.

Ne voulant pas passer pour un simple « voleur » d’images, je suis allé jusqu’à lui, pour dire mon attachement à son tout premier album « Le pêcheur ». Disque que j’avais enregistré sur une cassette et que j’écoutais en boucle, sur mon walkman Sony, au bord de la rivière, au mois d’août, pas 75, mais 84, en regardant flotter mon bouchon et en pensant aux brochets, aux barbots, aux perches, aux rousses, aux tanches, etc bon… Comme le dit sa chanson.

Sa réaction étonnée et amusée l’amena à me dire : « Ho ! Déconne pas ! ça fait combien de temps que c’est sorti, ça ?... Tu ne nous rajeunis pas… » et de fredonner tout en s’éloignant, les premières mesures du titre éponyme.

Bonne semaine.