Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - Pascal Nègre

Fil des billets - Fil des commentaires

lundi 12 décembre 2011

Tu parles trop ! !

Tu parles trop ! !

ou

Les chanteurs ne chantent plus, ils parlent…

Chers amis,

J’ai lu hier une interview de Pascal Nègre. A ma grande surprise, le puissant patron d’Universal se dit heureux. En effet, selon lui la révolution numérique est une réussite et le marché de la musique est reparti. Il est vrai que lorsque l’on est presque mort, il est bien légitime, au moindre signe positif, de se croire Lazare ressuscité. Que les dieux de la musique, d’Hadopi et de la carte prépayée t’entendent, Pascal !

Les Bénéfices du doute

Mais ce n’est pas de cela que je veux parler en ce lundi. Je crois effectivement que le verbe « parler » n’aura jamais aussi bien collé à la réalité de ce qu’est la chanson actuellement. Non pas que les artistes parlent plus qu’ils ne chantent, mais se font entendre plus par leur discours que par leurs œuvres.

Il n’aura échappé à personne qui s’intéresse un tant soit peu à l’actualité des sorties d’albums, que nous avons eu la dernière livraison de Bénabar. Un album de variété intitulé : « Les bénéfices du doute ».

A l’occasion de la promotion de cet opus, le chanteur a fait la tournée des médias. Jusqu’ici tout semble normal. Là où ça se gâte, à mon sens, c’est qu’en zappant ces dernières soirées, j’ai retrouvé Bénabar dans plusieurs émissions invité, non pas à chanter, mais à s’expliquer sur les polémiques de son disque précédent, sur les paroles de ces chansons que certains parfois trouvent un peu légères, sur ses nouveaux textes tellement engagés dans le politiquement correct, sur les musiques, les arrangements, la photo de la pochette…

Faire du buzz

Aujourd’hui, les médias semblent préférer davantage le bla bla à la chanson ! Bien entendu un échange verbal peut déraper, peut entrainer un clash, peut amener l’artiste là où il ne souhaitait pas aller et en fin de compte créer un buzz qui sera bien plus bénéfique au programme concerné et peu au chanteur. Une chanson dure trois petites minutes, au cours desquelles il ne se passe rien qui puisse être repris dans le zapping le lendemain et faire s’esclaffer les fans du Grand journal.

Voilà pourquoi, on préfèrera de plus en plus bavarder tranquillement, deviser gaiement, batifoler autour d’une grande table aux côtés de chroniqueurs qui n’auront de cesse de dire « allez, on regarde un extrait du dernier clip », puis enchaîneront sur des questions aussi fondamentales que « êtes-vous plutôt fromage ou dessert ? » ou tout aussi sympathique « les critiques, ça fait mal, non ? ». Ce à quoi le chanteur tentera de répondre avec le plus de gentillesse possible, parce que son attaché de presse lui a fait comprendre que c’est super important de passer pour un garçon sensible et émouvant.

Allez, je vais jouer une nouvelle fois à l’ancien combattant, mais il fut un temps où les émissions musicales existaient et permettaient aux chanteurs de chanter ! !

Ping pong verbal

Je ne peux que conseiller aux jeunes prétendants de faire du media training. Conservez vos forces et votre voix pour les scènes et plateaux, autres que ceux de la télé ou de la radio. Préparez-vous à avoir à répondre à tout un tas de questions aussi idiotes qu’insensées. Si vous ne possédez pas le minimum de répartie nécessaire, alors vous pourriez vivre des moments douloureux. Si, en revanche, vous êtes à la hauteur du ping pong que l’on vous fera jouer, alors vous aurez une chance de sortir la tête haute de ce face à face.

Nous vivons tout de même une époque très paradoxale. Plus on multiplie les canaux de diffusion : Radios, télés, sites web, plus laisse d’espace pour la chanson, moins on en entend ! ! Comment comprendre cette situation ? Malheureusement, je n’en ai pas la moindre idée…

Je vous souhaite plein de succès.

Bonne semaine.

Olivier

lundi 15 novembre 2010

Taratata ! !

Taratata ! !

Ou

Pascal Nègre sans secret

Chers amis,

Lorsque je démarre l’écriture de cette chronique, chaque lundi matin, je suis guidé par une réflexion, une lecture ou une discussion partagée les jours précédents. Lundi dernier j’apprends que Pascal Nègre P-d-G d’Universal vient de sortir un livre dans lequel il dit tout ! Bien entendu, ce type d’accroche publicitaire est bien connu et en général dans ledit bouquin il n’y a jamais grand-chose de révolutionnaire.

Ma curiosité me pousse à en lire tout de même quelques passages sur internet et me décide ensuite à acheter « Sans contrefaçon », car les morceaux choisis sur le web, ne sont pas forcément les meilleurs.

Je ne viens pas vous faire une chronique littéraire sur la qualité de rédaction du texte, d’une part je ne suis pas là pour ça et d’autre part il y aurait beaucoup à dire… Passons.

A l’heure actuelle, je tire au moins une leçon de ce que j’ai pu lire. Cette leçon tordra définitivement le cou à une idée reçue et que de jeunes artistes me resservent régulièrement. Alors que Pascal Nègre évoque le développement d’un jeune chanteur (appelé X. Pourquoi ???), celui-ci évoque le budget marketing qui tourne autour du million d’Euros et écrit noir sur blanc, page 70 «On finance un Taratata qui le met en valeur ».

Depuis longtemps, il me semblait que les artistes présents sur le plateau de cette quasiment seule émission musicale télévisuelle, n’y étaient pas par hasard. Bien entendu, il est toujours difficile de prouver à de futurs grands chanteurs que leur place dans ce programme ne se fait pas uniquement sur la base du simple talent et du bon titre.

Quand, le grand patron de la musique enregistrée en France livre, tout ou partie de ses secrets (de polichinelle), cela prend une dimension inattendue.

Quelle résonance ce propos peut-il avoir dans l’esprit du jeune auteur compositeur ? Ceux qui entrent en contact avec moi ont souvent une vision très pure et angélique de ce métier. Un seul mot d’ordre : « Si ma chanson est bonne, cela se saura ! » Hé bien non ! Cela serait si beau, trop beau. Il y a d’autres facteurs qui entrent en jeu.

Le but du producteur étant de vendre le plus possible de disques, celui-ci fera tout ce qui est en son pouvoir pour parvenir, dans un premier temps à équilibrer ses comptes et dans un second temps à gagner de l’argent. N’oublions pas que la mise de départ est très importante, du fait entre autre des avances consenties. Réussite ou échec l’argent est sorti et tant pis si le produit ne rapporte rien.

Pour faire rentrer de l’argent, tous les coups sont permis. S’il faut acheter de l’espace publicitaire, échanger des parts d’édition avec des radios (ceci n’est jamais fait directement, mais au nom d’une société qui porte un autre nom), financer un programme à la télé, une tournée promo, allons-y.

Le disque n’est pas une marchandise si différente des autres. Les recettes qui marchent pour de la soupe opèrent également pour la chanson. Une exposition maximale sur tous les supports possible et imaginables, une récurrence du discours promotionnel et une présence permanente dans les médias et vous avez de fortes chances de réussir votre coup.

Cela pourtant ne marche pas tout le temps. Une major peut utiliser cette recette avec tous ses produits et parfois connaître l’échec. Qu’importe, ces entreprises ont des capacités financières telles, qu’une entorse dans le prévisionnel ne mettra jamais en danger l’économie de la société.

Oui, aujourd’hui plus qu’hier, et malgré la crise que notre milieu connaît, les grand groupes s’en tirent mieux que les indépendants. Comment voulez-vous qu’un petit label, qui sort 2000 CD du seul groupe de leur catalogue, sans grande réputation, s’en sorte si jamais seulement 500 disques sont vendus ? Cette activité relèvera plus du loisir que de l’économie.

Ces éléments ne doivent pas pour autant décourager l’ensemble de nos futures stars. Au contraire, lorsque que l’on a une parfaite connaissance du milieu hostile dans lequel on va évoluer, il est beaucoup plus facile à appréhender.

Bonne semaine.

Olivier

lundi 8 novembre 2010

Viens voir les comédiens ! !

Viens voir les comédiens ! !

Ou

Chanteurs et acteurs, même combat

Chers amis,

Je pourrais vous parler cette semaine de la mise sur le marché de la fameuse carte musique, sensée éviter le piratage sur internet et rendre un peu de pouvoir d’achat aux auteurs compositeurs ou évoquer longuement le nouveau livre de Pascal Nègre, consacré à Johnny Hallyday.

Autant de sujets passionnants et profonds qui nécessiteraient bien plus qu’une chronique hebdomadaire. Le temps me manquant, je me contenterai d’en aborder un autre qui me semble bien plus fondamental pour ceux qui veulent monter sur scène.

Je me suis posé la question suivante : que viennent chercher les spectateurs dans une salle de concert ?

Au-delà du simple et Ô combien satisfaisant plaisir de la mélodie, du rythme et parfois des paroles, le public recherche avant tout une exacerbation des sentiments.

Si l’artiste qui se trouve sous le feu des projecteurs ne transmet pas de sa joie ou de sa souffrance, j’entends dans l’interprétation de ses chansons, il ne touchera pas le public. Il ne faut pas croire que seul le texte et la musique suffiront à créer une émotion dans la salle. Pour preuve, combien de chanteurs se sont essayés à l’interprétation de chansons de Jacques Brel et s’y sont cassés les dents !

Une chanson n’est rien d’autre qu’une pièce de théâtre de 3 minutes. On peut toujours se régaler de la lecture de grandes œuvres, Hamlet, Dom Juan ou Cyrano de Bergerac, mais sans la vibration des cordes vocales de l’acteur et la juste direction donnée par le metteur en scène, cela restera de beaux textes qui ne prennent pas leur vraie dimension.

Un tour de chant n’échappe pas à cette règle du spectacle vivant. Le public regarde le chanteur en miroir à ses propres déchirures. Il se cherche et s’identifie. Si vous ne donnez pas ce qu’il attend, il ne reviendra pas. Vous ne serez finalement qu’un artiste de plus, perdu dans le nombre.

Pour vous démarquer des autres, de la concurrence en somme, vous devez travailler, outre le chant, paroles et musiques, votre apparence, votre look. On ne monte pas sur scène comme on va acheter le journal. Un artiste doit avoir une identité bien marquée. Il y a la « ville » et la « scène ». Il faut faire la part des choses.

Il ne s’agît pas de se déguiser, il s’agît d’entrer dans la peau de celui ou celle qui se présente à un public. Ce n’est pas perdre son identité, c’est endosser celle de l’artiste !

J’ai vu, il y a quelques temps de cela, une jeune fille, dont je tairai le nom, qui assurait la première partie d’une jeune vedette. Cette demoiselle monta sur scène, sans avoir pris soin de son aspect, ni de sa gestuelle, ni de son contact avec la salle. Elle était tout à fait quelconque. Nous fûmes tous très déçu de cette prestation qui nous laissa un mauvais souvenir de début de soirée.

Regardez Matthieu Chédid. A la ville, garçon sage et timide. Sur scène, un charisme et une puissance que beaucoup lui envient. Comme il le dit lui-même, il devient « M ».

Moi qui ai participé, en tant que juré, à plusieurs concours organisés par Zicmeup, je peux vous assurer que lorsqu’un chanteur monte sur scène en ayant pris soin d’imposer son univers tant musical qu’esthétique, cela compte énormément dans notre jugement.

Il ne faut pas craindre de grossir le trait. Il faut à tout prix que le public se souvienne de vous. N’ayez pas peur de vous lancer dans un travail de « mise en scène » de vos chansons. Il vous suffira de suivre une tournée ou d’assister à plusieurs concerts du même artiste pour vous rendre compte que souvent ce que vous croyez être un discours improvisé ou un jeu de scène spontané, ne sont en fait que moments calculés et préparés. Bien entendu, il y a parfois des écarts, mais dans l’ensemble, tout ce qui est présenté a été pensé en amont.

Le chanteur est le principal acteur de son succès.

Bonne semaine.

Olivier

lundi 18 janvier 2010

Les sectes ! !

Les sectes ! !

Ou

Comment échapper aux vendeurs de rêves

Chers amis,

La semaine qui vient de s’écouler a été très fructueuse et remplie de rencontres très intéressantes, tant professionnellement qu’humainement. Je souhaite vivement que les 7 prochains jours ressemblent aux précédents et surtout qu’il en soit de même pour vous. Malgré tout, je suis certain que nous sommes le premier acteur de notre vie et de notre réussite.

Je suis en contact assez régulièrement avec Eric, un chanteur qui vit dans la région de Grenoble. Nous échangeons par mail, sur l’évolution de son travail. Il me demande mon avis. Modestement j’essaie de l’aider.

Je reçois de sa part, un message, il y a une dizaine de jours. Il me dit avoir été contacté par une société de communication « très intéressée par son profil » et qui souhaite entrer en relation avec lui assez rapidement. Avant toute chose Eric a la gentillesse de me demander mon avis sur la société qui lui a écrit. Je me renseigne sur le net et n’y découvre pas grand chose d’exceptionnel. Je conseille donc au chanteur convoité, d’aller dans un premier temps au rendez-vous fixé par cette agence et qu’il me tienne au courant de son entretien.

Quelques jours plus tard, Eric m’appelle et me trace dans les grandes lignes les points abordés au cours de sa rencontre. Bien entendu la société a littéralement craqué sur l’artiste. Elle compte faire de lui une future vedette de la scène française. Comment procéder ? Le développement est très simple : Tu nous donnes 1200 € et un de nos agents se rend au MIDEM fin janvier et présente ton travail au monde entier ! ! ! Ils ont de très bons contacts avec le Canada et le Japon, paraît-il.

« Qu’en penses-tu ? », me demanda-t-il ? Ma réponse fut assez simple : « Méfie-toi ». Je suis allé au MIDEM, il y a 3 ans. J’ai vu comment les professionnels de « l’édition » travaillent. Ils viennent du monde entier s’échanger des catalogues de titres, parlent beaucoup de la chute des ventes de CD, retrouvent de vieux copains qu’ils n’ont pas vu depuis l’an passé, boivent de bons coups, mais ne sont pas, ou plus, ou rarement, là pour dégoter la perle rare de la chanson.

Je demande à Eric s’il sera le seul de l’écurie de cette société à être présenté à Cannes ? Non, bien sûr. Les gentils communicants confectionneront un joli CD d’une dizaine d’artistes, avec une belle jaquette et une non moins jolie pochette plastique. Ce produit extraordinaire sera distribué au grès des rencontres internationales. C’est bien connu, le Japon raffole de nos chanteurs. Voyez les carrières de… comment s’appellent-ils… ? Vous ne voyez pas ? Moi, non plus.

Ce que je vois c’est juste la multiplication de 1200 € par la dizaine de chanteurs qui auront bien voulu cracher dans le porte-monnaie de ces gens-là. Ainsi, leur MIDEM sera payé (VHR inclus, bien entendu). Ils pourront se pavaner sur la croisette et s’enorgueillir, auprès de leurs fréquentations parisiennes, d’avoir vu de magnifiques couchers de soleil, tout en croisant Pascal Nègre et quelques vedettes américaines dans le hall du Carlton.

Le jour ou de manière répétée et confirmée, la chanson française sera à l’honneur du MIDEM et s’exportera à travers le monde sur simple présentation d’une compilation, alors là je dirai : oui, allez-y ! D’ailleurs à cet instant il n’y aura aucune raison de payer d’avance, puisque le combat sera gagné avant même d’avoir débuté.

Face à ce genre de propositions, je vous invite à rester très prudent. Le marché francophone, ne se détermine pas au bord de la Méditerranée. On sait plus ou moins comment il fonctionne. Alors, si quelqu’un vous vend l’internationale, alors que vous n’avez pas sorti de titre en France, que vous n’êtes signé nulle part, que vous n’avez pas d’éditeur, vous êtes en droit de vous poser quelques questions.

Attention, le principe de payer pour participer à une compilation qui sera présentée à des décideurs ou des médias, ne me choque pas en soi, tant que cela reste sur des montants acceptables. Quelques dizaines d’Euro, pas plus.

Il y a régulièrement des gens qui m’écrivent en me disant : « Oui, mais moi je connais quelqu’un pour qui ça a marché… ». Combien d’autres ont dépensé des sommes folles pour rien ? Combien d’artistes ont emprunté, ont vidé leur compte, se sont ruinés ?

Il faut toujours mettre en perspective les moyens engagés, face aux retombées que l’on peut obtenir. Il faut toujours se renseigner sur les possibilités et les réussites de celui qui veut vous soutirer de l’argent. Il faut toujours rester vigilants et ne pas céder facilement dès que l’on entend des mots tels que : MIDEM, TELE, RADIO…

Ne soyez pas tenté d’enrichir d’obscures officines qui ont pignon sur rue. Les sectes jouent sur les mêmes cordes sensibles : « T’es l’meilleur, t’es l’plus beau, file-moi tes ronds ! ». On sait comment sont fragiles et vulnérables les artistes. Ne tombez pas dans le panneau. Les temps sont durs, gardez vos sous et essayez de les dépenser à bon escient.

Musicalement.