Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - Michel Berger

Fil des billets

jeudi 20 juin 2013

Quelques mots d'amour ! !

Quelques mots d’amour

Ou

Jenifer VS France Gall, match nul

La polémique qui oppose actuellement France Gall à Jenifer, concernant son album de reprises, a quelque chose de puéril et d’incompréhensible à double titre.

Dans un premier temps, je ne comprends toujours pas pourquoi la veuve de Michel Berger se dresse en quasi permanence, comme la gardienne du temple. Une gardienne qui sort les griffes sitôt que le moindre artiste souhaite s’attaquer à l’œuvre de son Pygmalion. Ils sont très peu, ceux qui reçoivent l’adoubement et peuvent enregistrer ou interpréter une chanson du maitre.

Cette attitude est dommageable, car l’œuvre de Berger ne vit que sous un globe, qui doucement prend la poussière du temps. Avant la sortie de l’album de tous les outrages, les jeunes générations ne savaient pas qui était Michel Berger… Disparu il y a 20 ans. C’était au siècle dernier ! !

La réalité est là. Une pièce de théâtre qui reste dans un tiroir ne sert à rien, tout comme un tableau que l’on enferme dans un coffre-fort. Sur la peinture on peut spéculer. Allez faire monter la cote d’une pauvre chanson, aussi belle soit-elle. Celle-ci n’a aucune valeur si elle n’est pas interprétée.

Le travail des ayants-droits est justement de poursuivre l’exploitation d’un catalogue, afin de le faire vivre, pour que celui-ci ne passe pas dans les oubliettes. Depuis les décès de Gainsbourg, Brassens, Brel, Vian ou Bashung, les albums de reprises ont fleuri, avec plus ou moins de succès, sans jamais porter atteinte à l’image des auteurs, compositeurs ou interprètes qu’étaient ceux-là et surtout pour le plus grand bonheur du public.

La règle, en matière de reprise est assez simple et souffre peu de contestation. Si vous ne changez ni le texte, ni la mélodie originale, alors tout est permis. Sommes-nous, dans le cas qui nous occupe, en présence d’une offense à la mémoire de Berger ? Franchement, je ne le crois pas et même, je suis persuadé qu’il aurait apprécié la voix de la jeune chanteuse.

France et Jenifer

Ceci m’amène au second point que je souhaitais développer ici. J’ai entendu, lors d’un reportage, un journaliste souligner le fait que « la reprise de Jenifer est si proche de l’originale de France Gall qu’on ne comprend pas pourquoi il y a tout ce bruit autour de cette sortie ».

Il est vrai que lorsque j’entends les reprises, je me demande à quoi cela peut-il bien servir que de refaire ce qui a déjà été fait ? Dans le même ton, avec les mêmes arrangements ou presque, dans le même tempo. Effectivement autant écouter les enregistrements originaux ! !

Ce travail n’a absolument aucun intérêt artistique. Pardon de revenir au théâtre, mais imaginez une pièce qui serait sempiternellement montée et jouée de la même façon. Celle-ci lasserait sans aucun doute le public. Par chance il y a eu Peter Brook, Patrice Chéreau ou Daniel Mesguich pour donner chacun à leur manière une lecture différente d’Hamlet.

En musique, il en est de même. Si l’interprète n’apporte rien de nouveau, alors cela ne sert à rien. Quelle tristesse que de savoir que « Génération Goldman » vend des centaines de milliers d’albums, alors que leurs reprises sont sans caractère, sans goût ! !

Ne plaçons pas la variété au rang de la musique classique, ne la considérons pas comme un art majeur et suprême, dont il ne faudrait sous aucun prétexte changer la moindre note d’un arrangement original, au seul prétexte que cela pourrait décevoir les auditeurs.

La chanson est faite pour être triturée, torturée, tordue en tous sens. Je vous invite à réécouter la sublime reprise que fait Johnny Cash de « Personal Jesus », de Depeche mode ou bien sûr le non moins célèbre « My way », par les Sex Pistols.

Je suis pour ma part très heureux d’avoir travaillé avec Renaud Hantson, à la sortie de son album « Opéra rock », sur lequel il dépoussiérait une vingtaine de chansons des meilleures comédies musicales francophones et internationales, dont plusieurs titres étaient d’ailleurs des compositions de Michel Berger. Aujourd’hui, c’est avec O’djila, groupe qui joue principalement de la musique traditionnelle des Balkans, que je m’engage sur la voie de la reprise. Je leur ai demandé de s’approprier des chansons du répertoire français et le résultat est exceptionnel.

Quoi qu’il en soit, cette querelle ouvre largement les écrans de Tv et fait noircir du papier. C’est donc un bon coup de pub pour le disque de Jenifer qui vient de sortir. Sans vouloir tomber dans la vulgarité, je suis certain que ni l’une, ni l’autre ne seront mécontente des chiffres qu’elles verront apparaitre dans quelques mois, sur leur compte en banque respectif. Les morts ça sert aussi à faire de l’argent !

Allez, les filles, faites la paix et dites-vous, comme l’aurait aimé Michel, « Quelques mots d’amour ».

lundi 9 novembre 2009

Le premier pas ! !

Le salaire de la peur ! !

Chers amis,

Dimanche dernier j’ai assisté à l’Alhambra de Paris, à un très beau concert de Steve et Heather. La country est vraiment un univers musical riche et beaucoup plus varié que l’on ne croit et sans le savoir, ou sans se l’avouer, nous avons tous un coté country ! Il n’est pas rare d’entendre, dans les émissions spécialisées, des titres de Bruce Springsteen ou de Shaina Twain diffusés entre Johnny Cash et Hank Williams.

Cette semaine, je voudrais attirer votre attention sur l’idée qu’un jeune artiste peut se faire de son premier pas dans le métier. Au cours d’un dîner, jeudi soir dans un cabaret parisien, nous avons abordé le sujet.

Je fus très surpris d’entendre un prétendant dire : « Pour débuter dans ce milieu, il faut faire une reprise ». Jean-Pierre Pasqualini, patron de « Platine Magazine » et moi-même, étions du même avis : Ce propos est une ineptie !

Comme je n’ai de cesse de le rappeler à tous ceux qui me demandent conseil : commencez par avoir une réflexion de bon sens ! Prenez l’histoire de la chanson française, celle que vous avez à portée d’oreille et que vous connaissez malgré tout sans doute le mieux. Jetez un rapide coup d’œil sur les titres qui se sont bien placés dans les charts divers. Faites le calcul du nombre de reprises arrivées en tête des Tops et déduisez-en si en enregistrer une est une bonne idée.

Bien sûr, on objectera que Lâam a vendu près d’un million de singles du titre : « Chanter pour ceux… » de Michel Berger. Et après ? Combien sont-ils à avoir réalisé cet exploit ? Peu, très peu. Dans un premier temps cela pouvait s’apparenter à « un coup », mais l’album qui est sorti ensuite était de très bonne qualité et contenait d’excellentes chansons. Il ne restait plus ensuite qu’à dérouler une carrière, mais les choses étant parfois beaucoup plus compliquées qu’on ne le pense, Lâam a connu des hauts et des bas.

Si je tente d’expliquer que reprendre des titres déjà connus et implantés dans l’inconscient collectif est une pauvre idée pour se lancer, elle peut en revanche apporter une image fédératrice, pour un public qui découvre « en live » un artiste et permet d’identifier l’univers du chanteur. Lorsque Balablan reprend en concert du Gainsbourg et du Salvador, nous voyons de quelle école de la chanson il est issu. Les reprises servent à cristalliser une identité, pas à la fabriquer.

Mais que demande-t-on aux artistes ?

Un chanteur se présente face au public pour y présenter son monde, avec ses mots et ses musiques. L’intérêt de ce métier est que chacun peut évoquer le même sujet en utilisant des mots et des mélodies différentes. Ces chansons forment votre personnalité artistique.

Même si vous n’êtes qu’interprète, avec des auteurs autour de vous, vous allez sans cesse chercher à mettre sur vos cordes vocales les mots que d’autres sauront mieux exprimer, mais que vous revendiquerez. N’hésitez pas d’ailleurs à renvoyer vos faiseurs de chansons à leurs tables de travail, parfois malheureusement un mot, un vers ou une expression peuvent faire chavirer le texte entier dans la catégorie des rebus.

On se nourrit de ce qui a déjà été fait, c’est certain, mais ce n’est pas une raison suffisante pour ne vouloir s’adonner qu’à cet exercice de reprise. Dans les années 60, la jeunesse prenait énormément de plaisir à chanter les succès d’Elvis Presley, Buddy holly, Carl Perkins et tant d’autres, allant jusqu’à imiter les postures, les coiffures, les costumes… Ils devenaient des clones. Combien de temps a-t-il fallu pour que les Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Dick Rivers, pour ne parler que d’eux, trouvent et assument leur identité ? Des années ! Quant aux autres ? Disparus…

Aujourd’hui, ceci n’est plus envisageable. On ne peut plus se permettre d’enregistrer des covers à longueur d’année, pour enfin un jour se dire « Et si je faisais mon œuvre ! Celle que j’ai vraiment envie de chanter ! ». tout va trop vite et le temps est compté. Si vous voulez monter sur scène pour défendre ce que vous avez vraiment dans le ventre, alors il vous faudra creuser, gratter, chercher au plus profond de vous ce qu’il y a de meilleur à produire sous forme de chanson.

Si votre seul désir, et celui-ci est blâmable, est de monter sur une scène pour vous aveugler une fois dans votre vie de lumière, vous étourdir de son et vous bercer d’applaudissements, hé bien vous faites fausse route. Ce sera mettre beaucoup d’efforts pour un bonheur furtif qui vous laissera avec le temps plus d’amertume que de joie.

Le show bizness est un fantasme. Et comme tel, une fois vécu il est décevant.

Chanteur en revanche est un vrai métier, qui demande beaucoup de travail pour parvenir à l’obtention d’un résultat.

Je finirai par une comparaison. Les élèves des Beaux-arts copient, recopient les tableaux des maîtres qui les ont précédés, mais une fois franchie et maîtrisée cette étape, ils se retrouvent face à la toile blanche et sont amenés à y projeter leur propre monde. On ne découvre pas un peintre qui présente « trait pour trait » une reproduction de la Joconde ! On l’ignore.

Soyez les peintres de votre vie et imaginez votre monde tel que vous le voulez et non comme il a déjà été dépeint !