Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

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lundi 1 août 2011

Mano Solo

Quartiers d’été

Mano Solo

Olympia 18 septembre 2006

Mano Solo

Dans nos vies, il y a des routes que l’on croise. Des chemins parallèles, qui de temps en temps oublient la réalité géométriques et finissent par se frôler.

Au beau milieu des années 90, alors que je fréquentais le milieu théâtral et rêvais d’une carrière sur les planches, la pièce que notre compagnie venait de monter avait été, à notre grande surprise, choisie par le directeur du Tourtour, célèbre salle rue Quincampoix, à côté de Beaubourg, pour tenir l’affiche tout l’été.

Nous allions prendre le créneau détenu depuis plusieurs semaines, par Mano Solo. Celui-ci était fermement soutenu dans sa démarche artistique par le directeur de la salle, qui le recevra souvent sur son plateau, y compris lorsque la carrière de Mano sera pleine de succès et lui permettra d’investir des lieux vingt fois plus grands.

« La marmaille nue » tournait en boucle chez moi. Encore trop jeune et pas assez sûr de moi, je n’ai pas osé, alors que nous installions notre décor et que Mano et ses musiciens enlevaient matériel et effets personnels des loges, l’aborder pour lui dire le plaisir que j’avais à écouter ses titres et à gratouiller quelques chansons sur ma guitare. Nous nous sommes croisés, salués, souris et ce fut tout.

Une des premières grosses manifestations musicales à laquelle je me suis rendu, en tant que photographe, se tenait sur la place de la République. Parmi les têtes d’affiche : Mano Solo. Arrivé, puis reparti aussi vite, je n’eus pas le temps de contourner la scène pour tirer quelques portraits.

Lors de la fête de l’Huma qui suivit, je croisai un autre photographe qui me fit savoir que le mardi suivant, Mano serait à l’Olympia. Je fis en sorte de connaitre le nom de la personne qui gèrait les accréditations et pris contact le lundi matin à la première heure. J’obtins sans trop de problème le précieux sésame.

Ce soir-là, nous étions peu nombreux dans l’espace réservé aux photographes, mais la salle du boulevard des Capucines était pleine à craquer. En première partie Loïc Lantoine nous donna une prestation poétique et rock’n roll, à la fois. Des textes plus slamés que chantés et une contrebasse pour seul instrument. La lumière n’était pas bonne. Tout en contre. Rien de face. Un peu de côté et c’est tout. Cela s’arrangera pour la tête d’affiche, pensais-je…

Mano Solo est entré sur la scène accompagné de trois musiciens et de son chien, un beau berger allemand ou y ressemblant furieusement, un bandana autour du cou en guise de collier. Grand, sec et coiffé d'un chapeau, le chanteur ne donnait pas son visage. Et ces éclairages qui ne changeaient pas. On en prenait plein les yeux, au sens propre. Comme souvent, allez savoir pourquoi, dans les concerts, on ne sert pas les meilleures lumières aux photographes, pourtant venus pour donner une bonne image des artistes. Nous allons donc avoir un contre-jour permanent et une silhouette fantomatique face à nous.

Dans ces situations, un peu tendues, il y a quelques minutes de stress. Comment sortir d’ici avec au moins un bon cliché ? Il faut faire vite, tout essayer : Gros plan, plan large, américain, focales courtes et longues se succèdent. On va à droite, à gauche, non pas au centre ! Micro sur pied, collé à la bouche. On ne voit rien.

Il faut se résigner après le deuxième titre et se dire qu’on n’aura sans doute pas le portrait classique tant attendu, avec le regard. Alors on joue la carte de l’esthétique, on s’amuse avec les couleurs, les effets, la fumée qui envahit le plateau pour donner forme au rais lumineux.

Et puis, à un moment, alors qu’une douche blanche et découpée baigne l’arrière du corps du chanteur, Mano tourne légèrement son visage et entre dans la lumière ! Dans mon viseur j’ai ce qu’il me faut. Travaillant tout en manuel, je joue en permanence avec les ouvertures et vitesses d’obturation. Là, il me fallut régler très rapidement. Trop ouvert, j’aurais cramé les blancs et obtenu un visage surexposé. Trop rapide, je n’aurais pu détacher que le projecteur du fond et perdre le corps du chanteur.

Par chance, il reste trois ou quatre secondes dans cette position. Juste le temps, pour moi, de tester plusieurs formules. Ce sera finalement 2,8 et 1/80, 70mm, pour 1600 iso.

Je suis resté dans la salle pour assister à tout le concert. La lumière sera identique jusqu’au bout. Un grand sentiment de frustration envahira le public. Beaucoup ont eu la sensation de ne pas avoir « vu » Mano Solo. Quant à moi, ce jour-là, je n’ai eu qu’une « bonne » photo.

Bonne semaine.

lundi 23 novembre 2009

Dancing with myself ! !

Dancing with myself ! !

Chers amis,

Je viens de lire un article très intéressant dans « Le parisien ». Celui-ci fait état des dernières sorties d’albums et, constat bien triste, la longue liste des CD uniquement faits de reprises effraie celui qui se bat pour l’emmergence de nouveaux talents. De Eddy Mitchell, qui revisite les « chansons du cinéma américain » en passant par Maurane et son « Nougaro », les linéaires des magasins ne laisseront une nouvelle fois que peu de place à de véritables découvertes…

Cette semaine, mon sujet sera axé sur l’aide que pourrait vous apporter la collaboration d’un nom connu à votre projet. Au passage, je remercie Vincent de m’avoir posé cette question. J’ai déjà eu l’occasion d’avoir quelques réflexions sur ce sujet par le passé. Je partage aujourd’hui avec vous mon point de vue.

Lors de mes débuts dans le monde de la communication artistique, un de mes contacts m’appelle et me fait l’article concernant Fabien Mettay, un de ses poulains. Ce jeune garçon, originaire de la région de Perpignan est, d’après la revue de presse que je reçois, une vedette locale. Il court de concert en concert et s’est forgé une réputation de bête de scène. Il enregistre, au studio Polygone de Toulouse, un premier album, de très bonne qualité. Sur celui-ci apparaît un duo avec Cali. Ce titre est placé loin dans la tracklist, donc j’en déduis que cette chanson n’est pas considérée comme le moteur de ce disque et que l’apport du nom célèbre accolé à l’inconnu, finalement, ne sert pas à grand chose.

J’ai décliné la proposition de travailler sur ce produit, pour des raisons d’un autre ordre qu’artistique.

La réflexion apportée par cette situation est la suivante. Un chanteur doit grandir seul. Se faire un nom. Créer sa propre image. Vouloir grandir dans l’ombre d’une star est illusoire. Il est nécessaire d’avoir des points de repère, des balises. Retourner de temps en temps aux sources, bien entendu. Il faut avoir en permanence en tête que les artistes installés, ne le sont jamais durablement, ils ont donc toujours à l’esprit de faire tout ce qu’il faut pour poursuivre leur carrière, pour rester dans la lumière et avoir les faveurs d’abord de leur maison de disque, puis du public et enfin des média.

Pourquoi un chanteur connu pousserait un inconnu à prendre sa place ? Car la question est là. Aider un confrère qui travaille exactement sur le même créneau musical, c’est éventuellement scier la branche sur laquelle on a mis du temps à s’asseoir. Malheureusement, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, dans le show business, il n’y a pas de place pour tout le monde. En disant cela, je ne veux absolument pas nier l’estime, le respect, voire peut-être même l’admiration, que peut avoir Cali pour Fabien Mettay. Nous le savons généreux et très souvent prêt à partager son micro avec autrui. Il faut voir au-delà de l’acte simple d’enregistrer une chanson. Est-ce que cela a aidé ce jeune artiste à devenir plus connu qu’avant ? Est-ce que cela lui a ouvert les portes de la renommée ? J’espère que Fabien vivra longtemps de sa musique, car elle n’est pas dénuée d’intérêt. Mais il y arrivera par son seul talent au travail.

Il ne faut pas croire que parce que tel artiste a un nom écrit en rouge sur le fronton des plus grandes salles, qu’il pourra, d’un simple claquement de doigts faire de vous une vedette. Si c’était le cas, les hit parades, seraient remplis de chansons enregistrées par le copain, du copain qui est numéro un.

Les décisions ne se prennent pas dans les studios d’enregistrement. Cet autre exemple vous en donnera la preuve.

Alors que je rentrai en voiture, d’un concert donné au Luxembourg, avec Fabrice Gratien, pianiste et réalisateur de Nicolas Peyrac, mais aussi de Mano Solo, il mit dans le lecteur CD un petit bijou de chanson française. J’ai malheureusement oublié le nom de l’artiste, qui d’ailleurs se moquait un peu de faire carrière dans la chanson. Fabrice m’avoua qu’ayant la possibilité d’avoir accès à tous les patrons de labels nichés dans les majors, il distribua joyeusement ce disque, certain que la qualité des textes, des musiques et de la réalisation feraient tilt dans l’oreille des décideurs. Il y eut quelques écoutes polies. A chaque fois la même réponse, vous savez, celle qui énerve ceux qui savent ce que cela sous entend : « Ouais, c’est bien réalisé… ». Et rien de plus. Cela voulait dire clairement : On ne mettra pas une bille sur cet artiste !

On ne peut communiquer, mettre en avant le nom d’un autre pour devenir soi-même une vedette ! Soit vous parlez de vous, soit vous n’existez pas ! Votre public vous attend, vous et pas un autre. Et si d’un seul coup votre béquille prenait le pas sur votre démarche ?

Il y a des disciplines qui nécessitent « la recommandation ». En entreprise la cooptation s’avère parfois un sport. Se choisir un mentor peut faciliter les choses. En matière artistique, il ne faut pas chercher la lumière des autres, pour essayer de se glisser dedans. Être au contact de ses condisciples est source de motivation. Aller voir ses pairs sur scène, écouter, décortiquer, tenter de comprendre pourquoi ce que vous voyez et entendez fonctionne, oui, mille fois oui. Mais vouloir prendre la roue de celui qui roule devant en espérant qu’il vous laissera passer, c’est nourrir un doux rêve qui n’a que très peu de chance d’arriver.

Soyez vous même !