Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

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lundi 6 juin 2011

Je voudrais être un fleuve ! !

Je voudrais être un fleuve ! !

ou

Remporter un concours requiert des atouts artistiques, mais pas seulement…

Chers amis,

Je rentre de quatre jours passés au Luxembourg, sur le festival « Saveurs culturelles du monde », organisé par le Casino 2000 de Mondorf les bains. Outre les prestations remarquées de Madjo et de Guillaume Grand, un concours était organisé en direction de jeunes talents émergents.

Moziimo chante et gagne

Un jury présidé par Fabienne Thibeault et composé de professionnels du milieu musical, avait à départager une dizaine d’artistes, dont « cascadeur », le chanteur masqué, qui lui bien qu’étant toujours en développement ne joue déjà plus dans la même catégorie.

Nous avons eu le droit à des prestations de grande qualité. Je sais d’ailleurs que les délibérations furent acharnées et que les voix ne se sont pas posées naturellement sur l’un ou l’autre, tant chaque artiste présentait de nombreux atouts. Mais l’esprit de compétition veut qu’un vainqueur soit désigné. C’est donc au finish que « Moziimo », jeune artiste originaire de Corse et soutenue par Les Trois Baudets, reçut le prix du Jury.

Comment juger ?

Ce qui m’a le plus intéressé, au-delà des découvertes musicales, ce sont les commentaires et discussions des jurés. Ces derniers jours, j’ai retrouvé dans leurs propos, une constante inhérente à tous les tremplins et sur laquelle je vous propose de méditer.

Une épreuve comme celle-ci, dite de découverte, doit offrir aux artistes un espace à l’intérieur duquel ils doivent être en position de présenter leur univers, tout en laissant deviner le fort potentiel qui reste à exploiter.

Je m’explique. Nous avons vu monter sur scène des chanteurs qui tout en ayant des compositions sympathiques ne révolutionnaient ni les oreilles, ni l’épiderme des spectateurs. A l’inverse d’autres se présentaient sur le plateau, armés d’arrogance et d’une certaine suffisance, qui a suffi à les mettre quelque peu sur la touche, bien qu’ayant un show parfaitement réglé et très professionnel.

Oui, mais voilà où le bât blesse. Dans un concours, si vous arrivez, pas assez préparé et que vous imaginez que le seul fait d’interpréter vos compositions suffira à faire la différence, vous vous trompez. A l’inverse, si vous avez déjà de nombreuses années d’expérience derrière vous et que vous connaissez les trucs et astuces pour mettre le public dans votre poche, tout en oubliant d’être au service des chansons que vous interprétez, vous vous trompez également.

Beau paradoxe me direz-vous ! Vous auriez raison, car le public lui peut se laisser prendre au bluff de l’artiste et penser qu’il a face à lui le ou la future grande vedette de la chanson !

Maîtriser son sujet, oui mais pas trop

Mais en fait, en décortiquant les diverses prestations de quoi s’aperçoit-on ? Qu’une trop grande maîtrise de son sujet (je parle bien dans le cadre d’un concours) n’est pas un point positif ! Il faut pour conquérir le cœur d’un jury, laisser une petite porte ouverte sur sa fragilité et donner la possibilité aux pairs de se dire « Nous pouvons l’aider », « Nous pouvons lui apporter quelque chose ».

Si les juges se trouvent au pied d’un mur infranchissable, ils auront tendance à faire marche arrière et contrairement à ce que le public pourrait croire, ne pas pousser dans le bon sens. Vous aurez peut-être remarqué que dans des émissions comme « Star Académie » ou « La nouvelle star », lorsque l’on demandait aux téléspectateurs de voter, leurs voix n’étaient pas toujours en osmose avec celles du jury.

J’aime à citer ce que mon professeur d’art dramatique disait à chaque rentrée de septembre, voyant les nouveaux aspirants comédiens monter sur scène. Lors du premier passage sur le plateau, nous avions tous un court texte à dire. Immanquablement, il y en avait un ou une qui attirait l’attention des novices. Nous étions tous écrasés par la présence, par le jeu de celui-ci ou celle-là et notre maître d’entamer sa diatribe : « C’est bien. Tu sais apprendre par cœur quatre lignes. Mais ne joue pas à faire l’acteur. S’il te plaît, joue la comédie ! Tu dois être le personnage et non celui qui se prend pour quelqu’un d’autre qui jouerait lui-même la comédie. Il faut que tu incarnes ! »

Lorsque vous montez sur scène, il faut que vous interprétiez vos chansons et non que vous fassiez Le chanteur. Cette petite nuance vous permettra d’avancer, tout en conquérant le cœur de ceux qui vous jugeront. Attention, après le concours, c’est le public qui juge et si celui-ci ne vous suit pas, le rattrapage s’avèrera très compliqué.

Bonne semaine.

Olivier

mardi 24 mai 2011

Madjo, une chrysalide qui doucement devient papillon

De la Maroquinerie à la Cigale

Il est formidable et émouvant de voir l'évolution de la nature. Une simple branche sur laquelle un jour de printemps apparaît un bourgeon, puis une fleur. C'est la douce sensation que j'ai eue, vendredi dernier en assistant au concert parisien de Madjo, à la Cigale.

Que de chemin parcouru en quelques mois, depuis l'automne à la Maroquinerie. Le set en lui-même est toujours aussi bon. C'est la chanteuse qui a évolué, qui doucement entre dans la peau d'une performeuse. Ses cheveux ne couvrent plus son visage, on voit ses yeux ! Elle ne se réfugie plus systématiquement derrière sa guitare, elle va au devant de la scène, danse, entre en une sorte de transe éthnique. Effet garanti sur le public.

Encore un effort !

Bien sûr, il reste encore du travail. Savoir davantage recevoir les applaudissements. Quand on est artiste, il ne faut pas être humble sur scène, il faut aller les chercher les "bravos", les "encore". En avortant cette relation si importante avec les spectateurs, le chanteur peut créer une frustration et ce n'est jamais bon de frustrer celui qui a payer sa place...

Madjo Trapdoor

Je suis certain qu'avec le temps et les efforts de chacun, Madjo explosera et sera LA révélation de l'été 2011. Elle est déjà programmée sur de nombreux évènements.

S'il ne fallait en citer qu'un : Festival "Saveurs culturelles du monde", au Casino 2000, Mondorf les bains (Luxembourg), le 2 juin.

Je ne résiste pas au plaisir de vous offrir "je claque des doigts", un titre de son premier album "Trap door"

lundi 23 mai 2011

Entrer dans la lumière ! !

Entrer dans la lumière ! !

ou

Deux, trois choses à savoir pour réussir son show

Chers amis,

En l’espace de quatre soirées, la semaine passée, j’ai navigué sur 50 ans de chansons françaises. De jeunes artistes tels que Madjo et Ours, à de plus confirmés, et c’est peu dire, comme Isabelle Aubret entendue au palais des sports et le spectacle « Âge tendre », au Zénith d’Orléans, le spectre musical fut largement couvert. Il est bon d’avoir une oreille auprès de ses racines, pour mieux apprécier la nouveauté.

Le fait d’assister à ces représentations m’a permis de relever un point primordial, auquel la jeunesse ne semble pas être bien préparée et sur lequel je vous invite à réfléchir. Il s’agit du comportement en scène.

Tout doit être réglé

Un tour de chant, un concert, un gala, qu’importe le nom que vous donnez à vos prestations, doit toujours être réglé à l’avance. Je ne parle pas de l’aspect musical qui est le point central de votre travail. Non, je pense à tout ce qui entoure votre montée sur scène : Introduction du show, enchaînement des titres, tenue de scène, interaction avec le public, salut, sortie de scène…

Tous ces éléments font partie intégrante du spectacle. Si votre entrée sur le plateau ne donne pas un coup de poing à l’estomac du spectateur, vous mettrez de longues minutes avant de gagner sa confiance et son enthousiasme. Il faut cueillir le public dès les premières secondes, ne pas lui laisser le temps de reprendre son souffle. Si vous parvenez à mettre le spectateur dans cet état de sidération, alors vous aurez gagné une bonne partie du combat qui vous oppose à la salle. Vous pourrez ensuite dérouler votre œuvre plus sereinement.

Construire sa prestation

Attention ! La partie ne sera pas terminée. Le spectateur n’est pas qu’indulgence. Si vous ne tenez pas votre show jusqu’au bout, il se pourrait bien que celui qui applaudissait des deux mains, dans les premières minutes, ne vous gratifie plus que de quelques claquements de mains polis un peu plus tard.

Il faut régler votre tour comme s’il s’agissait de n’importe quel spectacle. On construit un show. Ce n’est pas simplement un enchaînement de chansons les unes derrière les autres. C’est un rythme qu’il faut trouver, avec des temps forts et des temps faibles. Je sais combien il est difficile d’établir un ordre précis des morceaux. Il n’est pas rare, lorsque l’on suit un chanteur sur toute une tournée, de trouver de nombreuses modifications dans le déroulé des titres. Ceux-ci doivent toujours répondre à une règle simple : Quel est l’impact sur le public ?

Avez-vous remarqué qu’après certaines chansons « puissantes », il est bon de poursuivre dans ce même registre, en ne laissant que quelques secondes de battement, justement pour ne pas faire redescendre la pression que vous venez de monter ? D’ailleurs, il n’est rien de plus frustrant lorsque l’on est dans la salle que d’attendre quelque chose qui ne vient pas, ou trop tard… Il faut que de la scène l’artiste sente le public.

A ce sujet, il me semble qu’au moment où les spectateurs frappent dans leurs mains, le chanteur reçoit un retour proportionnel de ce qu’il a donné. J’ai été étonné de voir qu’aujourd’hui nombreux sont ceux qui ne prennent pas leurs applaudissements. Au contraire, j’ai même eu l’impression qu’ils utilisaient ce temps mort pour boire un coup, régler des effets ou accorder leur instrument.

Cette attitude est en totale contradiction avec ce pourquoi s’est déplacé le public ! Celui qui paie sa place n’est pas là pour quinze fois trois minutes de musique, mais pour une heure trente de partage. Ces quelques secondes entre chaque chanson doivent être des instants d’échange de regards, de sourire, de complicité, pas un temps de pause réglementaire !

Prenez exemple sur vos pairs

Il n’est rien de plus rageant que d’assister à un concert et de constater ces carences. Elles sont pourtant gérables facilement. J’écris régulièrement que j’ai lu des livres concernant les carrières d’artistes célèbres et que bien souvent des lignes de convergences apparaissent. Je ne peux que vous inciter à aller dans les salles de concerts ou regarder des DVD ou acheter des spectacles en VOD et analyser ce qui fonctionne chez les plus grands.

Les règles les plus simples sont bien souvent celles que l’on a le plus de mal à appliquer à soi-même. Pourtant, plus j’avance dans ce monde du show business, plus je me rends compte que le bon sens parfois suffit. Ce qui fonctionnait chez Prince ou Elton John, il y a vingt ans, marche aujourd’hui chez M ou chez Cali. Prenez la scène, avalez la lumière, donnez tout ce que vous avez au fond de vous-même, ne craignez pas la démesure, vous n’en ferez jamais trop, ouvrez les bras et embrassez le public. Celui-ci au bout du compte vous le rendra. Soyez-en certains.

Bonne semaine.

Olivier

jeudi 10 mars 2011

Le nid des sans soucis

"Le nid des sans soucis" est xtrait de l'album de Madjo "Trapdoor".

Une jeune artiste à suivre de très, très près.

Madjo est en concert partout en France et sera de passage par Paris le 20 mai 2011

lundi 20 septembre 2010

J'attendrai ! !

J’attendrai ! !

Ou

Pour réussir, il faut savoir patienter

Chers amis,

Il y a tout juste 4 ans, en septembre 2006 à la fête de l’Huma, je découvrais Madjo, sur la scène « Zébrock ». Cette jeune artiste, seule sur le plateau uniquement accompagnée de sa guitare et sa voix chaude et sensuelle, nous offrit un tour de chant de 45 minutes. Qui est-elle ? d’où vient-elle ? Questions sans réponses à l’époque. Cette semaine, sur France Inter, j’entends un extrait de son premier album, sorti quelques jours plus tôt.

Je me précipite sur le net. Oui, c’est bien la Madjo de La Courneuve. Elle aura mis 4 ans à sortir son disque, dans de bonnes conditions.

Madjo Fête de l'HUMA 2006

Qu’a-t-elle fait pour en arriver là ? Elle a beaucoup travaillé, écumé les bars et cafés, les petites scènes obscures, les petits festivals de province, jusqu’au jour où son bagage étant au point, elle put franchir le cap qui sépare le monde des débutants, des amateurs, des professionnels.

Ho ! bien entendu, la partie est loin, très loin d’être gagnée. Ce n’est pas avec un CD tout neuf et un passage au « Fou du roi » que l’on fait une carrière, mais tout de même.

Je me souviens de ce week-end de 2006. J’avais passé trois jours au pied de la scène mise à disposition de l’association de Seine Saint-Denis, qui met en valeur les talents émergents du département, et avais vu défiler une dizaine d’artistes, dont certains comme Agnès Bihl, déjà en route vers la reconnaissance du public et Syrano qui installait petit à petit son univers dans notre monde.

Que deviennent Lola Laffont et Marjolaine ? Qui a entendu les nouveaux albums de La canaille et de Sheeduz ? Même si ces artistes poursuivent leur chemin, celui-ci demeure confidentiel.

Au-delà du simple acharnement à réussir ce que l’on veut, il doit y avoir également à un moment, une résonnance large auprès du public, afin d’obtenir le succès. Bien entendu, vous pouvez devenir la vedette de votre quartier ou de votre commune, mais cela ne suffira pas à faire de vous un professionnel qui vivra de son talent. Il faut aller plus loin, étendre son emprise sur les auditeurs, sur les spectateurs.

L’éclosion au grand jour de cette nouvelle jeune chanteuse, amène tout de même un constat. Il y eut d’abord un CD 4 titres, sorti il y a plus d’un an, chez Casablanca records. Puis une signature chez Mercury et voilà le disque qui est produit par de belles pointures : Sylvain Lafargue et mixé à New York par Mark Plati. Epargnons-nous le détail des moyens promotionnels mis en place. Une fois trouvé le tourneur qui va bien, la voilà partie sur une bonne voie, non ?

Je rencontre beaucoup d’artistes qui souhaitent d’abord enregistrer vite, très vite un premier disque. Si le support est indispensable pour démarcher radios, presse, organisateurs de concerts, il n’est pas utile d’y mettre des moyens financiers démesurés. Quand on sait ce que coûte une journée de studio, on se dit qu’il vaut mieux parfois conserver un peu de ressources.

Je maintiendrai, jusqu’à ce que la réalité me prouve que je me trompe, que c’est sur scène avant tout qu’un chateur ou qu’un groupe se crée. Jamais sur un disque.

Je comprends que l’on puisse avoir envie de vendre des CD à l’issue de concerts. Cela fait toujours du bien de repartir avec quelques billets en poche, mais il ne faut pas compter uniquement sur le disque pour sortir.

Actuellement, je travaille avec Chardeau, chanteur animé d’une folie créatrice impressionnante. Il vient de sortir « Résilience », un 5ème album, d’une qualité de production exceptionnelle. Entouré de pointures tels Jerry Goodman ou Basile Leroux, il nous offre de belles pages musicales. 5 disques et presque pas de scène en France ! Peu nombreux malheureusement sont ceux qui connaissent Chardeau, à commencer par le milieu des diffuseurs qui ne comprend pas comment on peut produire autant, sans avoir le support du public pour avancer ! L’amour de la musique et une imagination débordante, associés à un peu de moyens suffisent.

Même si le temps vous semble être un ennemi, ne précipitez pas les choses. Ayez confiance, y compris lorsque vous êtes au creux de la vague. Prenez patience. L’exemple de Madjo est fort d’enseignement à ce sujet. Creusez votre sillon, préparez le terrain et semez ensuite. Je suis certain que vous finirez par récolter les fruits de votre travail.

Bonne semaine.

Olivier

www.oliviervadrot.com