Je voudrais être un fleuve ! !
ou
Remporter un concours requiert des atouts artistiques, mais pas seulement…
Chers amis,
Je rentre de quatre jours passés au Luxembourg, sur le festival « Saveurs culturelles du monde », organisé par le Casino 2000 de Mondorf les bains. Outre les prestations remarquées de Madjo et de Guillaume Grand, un concours était organisé en direction de jeunes talents émergents.
Moziimo chante et gagne
Un jury présidé par Fabienne Thibeault et composé de professionnels du milieu musical, avait à départager une dizaine d’artistes, dont « cascadeur », le chanteur masqué, qui lui bien qu’étant toujours en développement ne joue déjà plus dans la même catégorie.
Nous avons eu le droit à des prestations de grande qualité. Je sais d’ailleurs que les délibérations furent acharnées et que les voix ne se sont pas posées naturellement sur l’un ou l’autre, tant chaque artiste présentait de nombreux atouts. Mais l’esprit de compétition veut qu’un vainqueur soit désigné. C’est donc au finish que « Moziimo », jeune artiste originaire de Corse et soutenue par Les Trois Baudets, reçut le prix du Jury.
Comment juger ?
Ce qui m’a le plus intéressé, au-delà des découvertes musicales, ce sont les commentaires et discussions des jurés. Ces derniers jours, j’ai retrouvé dans leurs propos, une constante inhérente à tous les tremplins et sur laquelle je vous propose de méditer.
Une épreuve comme celle-ci, dite de découverte, doit offrir aux artistes un espace à l’intérieur duquel ils doivent être en position de présenter leur univers, tout en laissant deviner le fort potentiel qui reste à exploiter.
Je m’explique. Nous avons vu monter sur scène des chanteurs qui tout en ayant des compositions sympathiques ne révolutionnaient ni les oreilles, ni l’épiderme des spectateurs. A l’inverse d’autres se présentaient sur le plateau, armés d’arrogance et d’une certaine suffisance, qui a suffi à les mettre quelque peu sur la touche, bien qu’ayant un show parfaitement réglé et très professionnel.
Oui, mais voilà où le bât blesse. Dans un concours, si vous arrivez, pas assez préparé et que vous imaginez que le seul fait d’interpréter vos compositions suffira à faire la différence, vous vous trompez. A l’inverse, si vous avez déjà de nombreuses années d’expérience derrière vous et que vous connaissez les trucs et astuces pour mettre le public dans votre poche, tout en oubliant d’être au service des chansons que vous interprétez, vous vous trompez également.
Beau paradoxe me direz-vous ! Vous auriez raison, car le public lui peut se laisser prendre au bluff de l’artiste et penser qu’il a face à lui le ou la future grande vedette de la chanson !
Maîtriser son sujet, oui mais pas trop
Mais en fait, en décortiquant les diverses prestations de quoi s’aperçoit-on ? Qu’une trop grande maîtrise de son sujet (je parle bien dans le cadre d’un concours) n’est pas un point positif ! Il faut pour conquérir le cœur d’un jury, laisser une petite porte ouverte sur sa fragilité et donner la possibilité aux pairs de se dire « Nous pouvons l’aider », « Nous pouvons lui apporter quelque chose ».
Si les juges se trouvent au pied d’un mur infranchissable, ils auront tendance à faire marche arrière et contrairement à ce que le public pourrait croire, ne pas pousser dans le bon sens. Vous aurez peut-être remarqué que dans des émissions comme « Star Académie » ou « La nouvelle star », lorsque l’on demandait aux téléspectateurs de voter, leurs voix n’étaient pas toujours en osmose avec celles du jury.
J’aime à citer ce que mon professeur d’art dramatique disait à chaque rentrée de septembre, voyant les nouveaux aspirants comédiens monter sur scène. Lors du premier passage sur le plateau, nous avions tous un court texte à dire. Immanquablement, il y en avait un ou une qui attirait l’attention des novices. Nous étions tous écrasés par la présence, par le jeu de celui-ci ou celle-là et notre maître d’entamer sa diatribe : « C’est bien. Tu sais apprendre par cœur quatre lignes. Mais ne joue pas à faire l’acteur. S’il te plaît, joue la comédie ! Tu dois être le personnage et non celui qui se prend pour quelqu’un d’autre qui jouerait lui-même la comédie. Il faut que tu incarnes ! »
Lorsque vous montez sur scène, il faut que vous interprétiez vos chansons et non que vous fassiez Le chanteur. Cette petite nuance vous permettra d’avancer, tout en conquérant le cœur de ceux qui vous jugeront. Attention, après le concours, c’est le public qui juge et si celui-ci ne vous suit pas, le rattrapage s’avèrera très compliqué.
Bonne semaine.
Olivier


