J’avais deux amis ! !

ou

Deux grands chanteurs disparaissent

Chers amis,

Il y a des semaines quelconques. Celles qui passent inaperçues. Celles dont on se dit « tiens, déjà dimanche, j’ai rien vu venir ». Et puis il y a celles qui marquent, qui vous donnent comme un coup de poing dans la gueule. Qui vous laissent groggy.

En deux jours nous avons perdu deux chanteurs. Tout d'abord Lucio Dalla, grand auteur, compositeur et interprète italien. Trois jours avant sa disparition et deux semaines avant sa prestation prévue à Paris, il travaillait encore à Milan, sur des projets d’avenir. Et puis subitement, le cœur s’arrête, fatigué sans doute de trop de route, de concerts, de vie bien remplie.

Nous n’aurons malheureusement pas le plaisir d’aller l’entendre une nouvelle fois, en ce mois de mars, interpréter son célèbre « Caruso », immortalisé par son ami Pavarotti, boulevard des capucines, à l’Olympia.

Et puis comme si le sort s’acharnait, le lendemain du décès de Lucio, un autre artiste au nom italien s’en allait vers d’autres cieux. Gérard Rinaldi, fondateur des « Problèmes », groupe qui accompagna Antoine à ses débuts, puis ensuite leader des « Charlots ».

J’ai eu la chance, car s’en était une, de côtoyer Gérard pendant quelques mois l’an passé. Cet homme était d’une gentillesse, d’une discrétion et surtout d’une simplicité incroyable. Toujours le sourire, toujours un mot gentil à tout le monde et surtout souvent une bonne histoire graveleuse à vous glisser dans le creux de l’oreille, qui immanquablement vous faisait éclater de rire. C’était ce contraste que nous aimions tous chez lui.

Gérard avait la position de leader chez les « Charlots ». Autant ses camarades passaient pour de gentils imbéciles heureux, autant Rinaldi était toujours le séducteur de la bande, le premier de cordée, celui qui menait la troupe, d’où cet aimable surnom de « mère supérieure », donné par ses camarades.

Sa carrière fut exemplaire. On peut ne pas aimer « Paulette, la reine des paupiettes » ou « L’apérobic », mais les choix musicaux qu’il a faits, il les a toujours assumés. D’ailleurs, suite à ces fantasques parodies et autres galéjades, il a su véritablement bien rebondir, en poursuivant une carrière d’acteur autant au théâtre qu’à la télévision, sans oublier que sa belle voix grave a été utilisée à de très nombreuses reprises pour doubler Dustin Hoffman, Tommy Lee Jones ou John Malkovitch.

La dernière fois que j’ai vu Gérard, c’était à Roanne, début février 2011. Nous étions à la même table de restaurant. Au cours de ce repas, j’ai découvert une nouvelle facette de sa personnalité. En tant qu’épicurien, il avait une grande connaissance du vin et savait reconnaitre certains crûs. Il nous a véritablement épatés en citant précisément les noms de quelques producteurs des Côtes du Rhône et nous invitant à nous renseigner sur tel viticulteur.

Et puis, l’heure du train est arrivée. Nous nous sommes levés et nous sommes embrassés. Comme trop souvent dans ce beau monde du show business, nous nous sommes dits heureux d’avoir fait un bout de route ensemble et puis surtout « On s’appelle !». Cette magnifique phrase lancée gratuitement, avec un fond de sincérité tout de même. Gérard devait jouer au théâtre quelques mois plus tard, alors l’occasion était trouvée. On allait se revoir, c’était certain. Je te donne mon numéro, tu prends le mien.

Le temps a passé et bien entendu, on ne s’est jamais rappelé. Aujourd’hui, je le regrette sincèrement.

Gérard, j’ai toujours ton 06 avec moi. Je crains fort que tu ne me répondes pas là où tu es. On ne sait jamais, si mon numéro s’affiche et que tu as deux minutes, n’hésite pas, rappelle-moi. Je serai heureux d’entendre ta voix.

Olivier