Chanter tue ! !

ou

Dans la musique on ne fait pas de vieux os

Chers amis,

Le week-end dernier, eut lieu une réception d’un genre tout à fait particulier en la mairie de Barbizon. En effet, le maire de la commune du bout de la Seine-et-Marne, à deux pas de Fontainebleau, recevait en ses murs une concitoyenne peu ordinaire. La baronne de la Doucette fêtait ses 100 ans (en réalité le 26 août) !

Vous me demanderez : Mais qui est cette aristocrate qui porte un si joli nom ? Ce n’est autre que la doyenne des chanteurs français ! Plus connue sous son nom de scène Léo Marjane, a soufflé toutes ses bougies, entourée du petit monde la chanson. Georges Chelon, Pascal Danel, Herbert Léonard et même Louis Bertignac étaient présents.

Léo Marjane

La première centenaire

Au-delà du simple fait de se réjouir de voir cette dame âgée, mais toujours en pleine forme, relatée ses années d’occupation, lorsqu’elle chantait dans un club de la rue Joubert, pour un public pas uniquement composé de parisiens, puis son séjour aux Etats-Unis où elle fut une véritable vedette, connaissant ses premières « standing ovation », jusqu’à la découverte, avant les autres, d’artistes de talent tels que Bécaud ou Ferré, ce qui interpelle, c’est qu’elle est la première chanteuse à franchir le cap du centenaire ! Depuis que la musique se traite industriellement, jamais aucun interprète n’a passé cette barre symbolique. Rares sont ceux qui s’en sont approchés.

Alors qu’il y a peu de temps encore, nous avions la larme à l’œil en voyant nos vieux poilus de la première guerre mondiale, cent ans passés, serrer mollement la main du Président de la République, on se disait que si ces hommes ont eu la force de traverser les années, après avoir connu les atrocités des bombardements, des tranchés, des hivers rigoureux et des rats courants sur les cadavres des copains tombés la poitrine éventrée, alors comment se fait-il que nos chanteurs ne soient pas si résistants qu’eux ?

Il est tout de même inquiétant de noter que l’espérance de vie chez les chanteurs est finalement assez courte et sans aucun doute inférieure à la moyenne générale de la population. Il y a tout de même ce seuil fatidique des 27 ans qu’il faut franchir, si on ne veut pas allonger la liste tristement célèbre des : Jim Morrison, Janis Joplin ou Amy Winehouse… Une fois les 28 bougies éteintes on peut espérer compter quelques années supplémentaires sur le calendrier.

Comment expliquer ce fait ? On ne peut tout de même pas mettre en avant le manque de soin, la fermeture des hôpitaux en rase campagne, le trou de la sécurité sociale ou le déficit de recherche scientifique. Non, bien sûr.

Gare aux excès

Les artistes, les musiciens, les chanteurs vivent des vies hors-norme. Ils sont sans cesse appelés à se dépasser, à faire de la route, à voir leur horloge tourner à l’envers, à synchroniser une lune sur un soleil, à connaitre les montagnes russes des sentiments, up and down en permanence ou presque, sans cesse sollicités. Alors un jour, ils glissent, dérapent, font fausse route et se livrent aux substances illicites, à l’alcool, aux médicaments. Ils ne finissent pas tous comme Elvis Presley ou Michael Jackson, mais ces périodes d’instabilité et d’excès laissent des traces et sans doute affaiblissent l’organisme. Un jour ou l’autre on finit par payer ses dettes !

Après avoir établi ce constat tristement effrayant, que faut-il faire ? Certainement pas dissuader les jeunes prétendants de monter sur scène, mais les mettre en garde. S’il est urgent d’arrêter de fumer, car c’est bien connu : « fumer tue », il est tout aussi urgent de continuer de chanter, car malgré tout la musique a des effets bénéfiques sur le corps humain. Et, si la jeunesse pense qu’un artiste est plus prolixe en consommant des produits, elle se trompe. Dites-vous que ceux que vous avez aimés shootés, vous les auriez adorés s’ils avaient été clean !

Dans son très bon livre « Une histoire de poudre », le psychiatre addictologue Laurent karila dresse une liste assez impressionnante et pourtant non exhaustive des noms de chanteurs qui sont passés de l’autre côté du miroir, pour avoir un peu trop fréquenté l’illégal. Renaud Hantson, dans son autobiographie « Poudre aux yeux » le reconnaît ouvertement : « J’ai perdu des neurones dans la bataille ». Espérons que ces petites connexions cérébrales manquantes, ne l’empêcheront pas de connaitre encore au moins 50 ans de carrière, afin que l’on puisse dire qu’il a rejoint Léo Marjane au palmarès des centenaires.

Bonne semaine.

Olivier