Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

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Tag - Jean-Louis Aubert

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lundi 30 avril 2012

Elise et moi ! !

Elise et moi ! !

ou

Point de musique dans la campagne électorale présidentielle

Chers amis,

Il n’aura échappé à personne, sans doute, que la France entre dans la dernière ligne droite d’une campagne électorale présidentielle. Dans sept jours, au soir du 6 mai, nous découvrirons qui aura le soin de tenir les rênes de notre pays et de prendre des engagements pour notre avenir.

Pour l’heure et depuis que les concurrents se sont retrouvés sur la ligne de départ, j’ai entendu parler de quelques sujets médiatiquement porteurs, mais sans que cela ne fasse frémir chez moi le moindre organe. Un mot a été tordu en tous sens, à la manière d’un exercice de style à la Queneau c’est « industrie » et trempé dans toutes les sauces du libéralisme et du protectionnisme.

Industrie musicale

Il se trouve que chez nous aussi, on utilise ce vocable. Vous savez lorsque l’on parle de ces gens qui produisent et ensuite vendent (ou essaient de vendre) des CD dans les magasins prévus à cet effet, on dit « l’industrie du disque ». Bien entendu, le petit label qui presse 500 exemplaires du dernier opus d’un groupe local, lui n’est pas comptabilisé parmi les « artisans du disque », car cela n’existe pas…

Les trois sociétés qui forment ce conglomérat : Universal, Sony et Warner, connaissent depuis une dizaine d’années de graves difficultés (et le terme est faible). J’ai bien plus souvent entendu parler de plans sociaux que de projets d’avenir ou de sorties massives de nouveaux artistes sur le marché. On commence par ratiboiser les invisibles, les assistants, les secrétaires, on fait quelques économies sur la masse salariale, si ça ne suffit pas on passe le Kärcher sur le service promo, on dit qu’on externalise, ça fait plus propre, et on finit le ménage par un coup de chiffon chez les D.A. Après cela, on s’étonne que les majors soient moins performantes aujourd’hui qu’hier…

Artistes mis à la porte

Quand ce grand nettoyage a été fait, on n’hésite pas non plus à rendre des contrats à des chanteurs qui coûtent très chers à ces sociétés en perte de vitesse économique. Pour l’instant on n’en parle pas trop, mais le rachat d’EMI par Universal pourrait bien entrainer la mise à la porte de certains artistes.

Que se passera-t-il lorsque Françoise Hardy ou Alain Souchon se retrouveront dans le bureau de Pascal Nègre et que celui-ci leur demandera de signer, éventuellement, un nouveau contrat d’artiste, avec de nouvelles conditions, beaucoup plus restrictives que par le passé ? Soit ils acceptent et ne toucheront plus qu’une misère, soit ils refusent et se retrouveront à la rue.

Verra-t-on un jour une manifestation de chanteurs ? Un grand défilé avec en tête Jean-Louis Aubert et Julien Clerc, hurlant contre le grand capital qui met ses employés dehors ! Inimaginable et pourtant cela aurait de la gueule, non ?

EMI n'est pas Renault

Souvent, je me dis que si l’industrie automobile avait connu, comme le disque, une chute de 60 % de son chiffre d’affaires, en moins de 10 ans, l’Etat aurait déjà mis en place des aides pour encourager la vente et le maintien de milliers d’emplois. Dès que l’on flirte avec une baisse de quelques points des immatriculations, une petite prime est inventée et le soutien au secteur se fait sentir. Dans la musique ? ? ?

Pascal Nègre faisait remarquer que sa société était comparable à un hyper marché, en recette annuelle. Je veux bien croire que le ministère de la culture, tout comme celui de l’économie ne s’intéresse guère à la fermeture d’un Auchan ou d’un Carrefour, à l’autre bout de la France. Evidemment, EMI n’est pas Renault…

Alors aujourd’hui, je pense à cet employé de Sony que j’ai rencontré il y a plusieurs jours et qui ne se faisait pas d’illusion sur son avenir. Une nouvelle charrette serait prévue emportant avec elle 200 postes et lui avec. Il coûte trop cher, paraît-il !

Vouloir réformer Hadopi, voire l’abolir pourquoi pas, mais l’industrie musical et le discours politique ne doivent pas uniquement se résumer à cette institution. Il y a des centaines d’emplois menacés dans ce secteur frappé de plein fouet par la multiplication des moyens d’échanges numériques et semble-t-il personne au sommet de l’Etat ne semble s’en émouvoir.

Si vous avez entendu parler de Culture et de musique dans les discours des deux finalistes à l’élection présidentielle, faites-moi signe ou alors faites-en une chanson !

Bonne semaine.

Olivier

lundi 12 mars 2012

La mal aimé ! !

Le mal aimé ! !

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Il n’y a plus de « stars » de la chanson, en France

Chers amis,

Le dimanche 11 mars 2012, le monde entier se souvenait avec émotion de la catastrophe survenue au Japon, l'an passé, avec l'explosion de la centrale nucléaire de Fukushima, suite au séisme, puis au tsunami qui dévastèrent la côte nippone.

Ce triste jour de fin d'hiver marque également, depuis 34 ans, la disparition de Claude François. Tous les 365 jours, nous reprenons notre dose de « Magnolia for ever » et de «Lundi au soleil ». Cette année, l'ordonnance est agrémentée de « Cloclo », un long métrage de cinéma, dans lequel le comédien Jérémie Rénier serait, aux dires de ceux qui ont déjà vu le film, im-pressionnant de ressemblance et de réalisme.

Souvenons-nous qu'avant ce film, d'autres acteurs sont entrés dans la peau de chanteurs avec brio. La môme Cotillard, obtint un Oscar, pour son interprétation de Piaf, Eric Elmosnino reçut quant à lui, le César du meilleur acteur pour son interprétation de Gainsbourg. Johnny Hallyday, ne se dinstigua dans aucun festival, pour son propre rôle dans « Jean-Philippe ». Ha ! Oui, c'est vrai il n'est pas acteur...

Mais ce qui me frappe aujourd'hui, c'est toujours cette impression de vide. Il n'y a plus en France de vedettes ! Certes, il y a des gros vendeurs occasionnels ; des tournées qui fonctionnent pas trop mal ; de belles chansons qui sortent, mais le phénomène de vedettariat a disparu.

La dernière vague de « folie » autour d’un chanteur doit dater d’il y a une vingtaine d’années avec ce que l’on a appelé la « Bruelmania ». Des filles hystériques lors des concerts, des fanatiques qui dormaient devant les hôtels, qui s’introduisaient dans les coulisses, qui hurlaient jusqu’à l’évanouissement et j’en passe.

Si demain, on apprenait la disparition tragique, de l'un ou l'autre des artistes qui font la une des divers classements, je ne suis pas certain que cela créerait un émoi national, comme nous l'avons connu en 1978. Même si, la belle et talentueuse, Nolwenn Leroy se tranchait les veines maladroitement, en ouvrant des huîtres de Bretagne, cela ne ferait la une des journaux que les jours suivants et puis on passerait allègrement à d’autres infos…

Qui peut me citer deux ou trois noms de chanteurs leaders, en France, de nos jours ? Lorsque je dis « leader », j'entends : Connu de tous ; Ayant une dé-marche avant-gardiste ; Présent sur tous les fronts médiatiques. J'en vois bien peu qui réunissent au moins ces trois points là.

Lorsque je regarde à nouveau le palmarès des Victoires de la musique, je constate que l’arrière garde est plus présente que jamais : Jean-Louis Aubert, Hubert-Félix Thiéfaine, Catherine Ringer, Laurent Voulzy…

La faute ne leur incombe pas, bien sûr. Les artistes sont des victimes collatérales de l’évolution des technologies. L'arrivée d'internet, la multiplication des chaînes de télé et de radios ont contribué à la dilution de la diffusion. Les vannes ont été tellement ouvertes qu'elles ont fini par noyer le terrain qu'elles étaient sensées irriguer. Chaque chanteur, chaque groupe s’adresse directement à sa propre chapelle. Point de Rock, sur Nostalgie, ni de R’n’ B sur T.S.F. Ceux-là même qui souvent dénoncent notre société de castes, se trouvent eux aussi enfermés dans le schéma de morcellisation de leur univers.

Si je reviens quelques instants encore sur Claude François, c’est aussi pour constater que s’il était parmi nous, il est fort à parier qu’il serait comme les autres de sa génération et que la plupart des gamins ne le connaitrait pas ou si peu.

Quand je pense que nous avons célébré le dixième anniversaire de la mort de Gilbert Bécaud, il y a quelques semaines, dans une légère indifférence générale, alors qu’il était une immense vedette de son vivant, en particuliers au cours des années 60 et 70, je me dis que si vous connaissez, jeunes amis chanteurs, futurs stars, un jour la gloire, il pourrait être bon pour votre postérité de mourir lorsque vous vous trouverez en haut de l’affiche. Une fois que celle-ci sera décollée, il se pourrait bien que l’on finisse par vous oublier.

Je vous souhaite, avant tout, plein de succès.

Bonne semaine.

Olivier

lundi 21 novembre 2011

Que reste-t-il de nos amours ? ?

Que reste-t-il de nos amours ? ?

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Il serait temps que les artistes retrouvent « l’envie »

Chers amis,

Lundi de la semaine dernière, j’ai assisté à la remise des « Grands prix de la SACEM ». Comme d’habitude, les soirées d’autocongratulation sont assez ennuyeuses dès les discours commencent. Une fois que les artistes passent devant le micro cela va un peu mieux.

Avoir envie !

J’ai toutefois été très surpris du manque d’envie de la part des impétrants. Je dois préciser que le palmarès est connu longtemps à l’avance et qu’il n’y a donc aucun suspens, aucune surprise. Les artistes montent sur le plateau, s’embrouillent dans des remerciements convenus et sans intérêt, reçoivent une médaille, dont ils ne savent que faire pendant qu’ils interprètent un titre, font un peu de musique et puis s’en vont. On les retrouvera en fin de soirée au bar VIP.

Sur une dizaine de récompensés, un seul m’a fait un véritable effet. Baptiste Trotignon, pianiste de jazz. Lorsqu’il prend place au clavier, son corps se transforme, c’est imperceptible mais visible, il « entre en musique ». Durant les quelques minutes, au cours desquelles il jouera un de ses titres, on le sent pénétré par quelque chose de supérieur. Il est comme touché par la grâce divine. On voit qu’il est dedans et non au-dessus de son piano.

La salle ne s’y est pas trompé et une fois la dernière note jouée, perdue dans le silence de l’écoute quasi religieuse, une vague d’applaudissements a envahi le casino de Paris. L’émotion était palpable. A ce moment-là, il s’est vraiment passé quelque chose. C’est cet instant si infime et si léger que l’on recherche lorsque l’on se rend dans une salle de spectacle. Ces brèves secondes qui nous font aimer la musique, qui nous poussent à revenir sans cesse dans ces lieux obscures, qui nous font battre le cœur un peu plus vite et rêver à des vies plus belles et qui, au fond, donne raison à Nietzsche « Sans musique, la vie serait une erreur ».

Et la jeune génération ?

Mais voilà, il y a un mais ! Cette fougue, ce plaisir de jouer, cette irradiation qui doit émaner du chanteur, je ne la retrouve quasiment plus sur nos scènes ! Qui, de nos jours, enflamme le public ? Quel artiste français monte sur scène et déchaîne les passions ? C’est terrible, mais je pense qu’un des derniers à avoir encore cette capacité à électriser les foules, c’est Johnny Hallyday ! !

Et la jeune génération, alors ? Elle peine ! Quand je repense aux années 60, je me souviens qu’il y avait régulièrement des joutes, montées de toute pièce par des magazines, qui opposaient les Chats sauvages aux Chaussettes noires, dans les 70’s il y avait Ange, Magma, Martin Circus et plus tard on aura Trust, Téléphone, Starshooter, Taxi girl, pour finir en apothéose avec La Mano Négra et Noir désir. Depuis ? ? Archimède aujourd’hui, s’en sort plutôt bien. Sinon ?

A avoir voulu tant démocratiser l’accès à la musique, il me semble que l’on a fini par affadir la filière. Je lis actuellement l’autobiographie de Steven Tyler, le leader charismatique du célèbre groupe « Aérosmith ». J’aime lorsque je tombe sur un passage, au cours duquel, il dit qu’à l’adolescence, il ne laissait rien passer de la mode, de la façon dont ses idoles de l’époque s’habillaient, se coiffaient, se chaussaient, se comportaient. Il jouait à la rock star, pour finir par en devenir une !

Il n'y a plus de star !__

Actuellement, lorsque j’ouvre n’importe quel magazine, je ne tombe quasiment plus que sur de jeunes anglo-saxons, qui me sont totalement inconnus et qui ne véhiculent à mon sens rien d’extraordinaire. A force d’avoir voulu faire descendre les chanteurs dans la rue, on a fini par se priver de la saveur que l’on recherchait auparavant. Les vedettes sont des gens comme vous, comme moi. Ils ne font presque plus rêver et de ce fait, eux-mêmes ne se sentent pas en position de force avec la capacité d’assommer le public en quelques minutes. Ils viennent, chantent, juste ce qu’il faut et puis s’en vont.

Qui parle d’émeute ? De groupies en furie qui attendent désespérément au bas de l’hôtel que leur idole montre son nez ? De filles raides dingues du petit chanteur ? De voiture bousculée par des fans chauds bouillants ? De fausses sirènes d’ambulance pour éloigner la star des mains poisseuses d’hystériques prêtes à tout, pour toucher ce corps, comme on effleurerait une relique ?

Personnellement, je ne vois rien. Si, peut-être sur le net. D’ailleurs, on ne dit plus adoration, on dit buzz. On ne parle plus de spectateur, mais de pages vues. On n’est plus fan, on est ami…

Au casino de Paris, j’ai tout de même vu Jean-Louis Aubert et HF Thiéfaine. C’était bien. Oui, mais eux c’est le passé…

Bonne semaine.

Olivier