Pas cette chanson ! !

ou

Les meilleurs ont le droit à l’erreur

Chers amis,

Depuis quelques jours je sens, comme vous sans doute, la colère monter, le peuple gronder et quand le peuple gronde, les puissants peuvent craindre pour leur tête, les médias s’agiter et les penseurs ne plus penser. Ce n’est ni le chômage, ni les délocalisations, ni même la montée du Front national qui engendre le trouble, mais une chanson ! !

Cela fait une vingtaine d’années que « Les restos du cœur » font l’unanimité ou presque, en distribuant de la bonne humeur, en poussant des mélodies, en vendant des CD et des DVD et au final, en reversant des sous, à l’association créée par Coluche.

Restos du coeur

Cette année, Jean-Jacques Goldman a écrit et composé une nouvelle chanson, intitulée « Toute la vie ». C’est ce nouveau single qui semble poser problème à beaucoup de monde, à tel point que son auteur est obligé d’aller s’expliquer sur le plateau du « Grand journal », de Canal plus, à l’instar d’un ministre pressé de s’expliquer sur une réforme que personne ne comprend. C’est dire le pouvoir que l’on attribue aux artistes ! !

J’ai écouté attentivement le nouvel hymne « des restos ». Avec tout le respect que j’ai pour le créateur de ce titre, je pense qu’au-delà de sa magnifique carrière et de toutes ces belles et bonnes chansons qu’il a offertes au patrimoine, sa petite dernière est tout simplement ratée ! !

Tout d’abord, il y a cette opposition entre deux groupes qui se répondent, les jeunes et les moins jeunes, ceux qui ont réussi et ceux qui ne réussiront jamais, ceux qui ont des moyens et ceux qui n’en ont pas. Il n’est jamais bon d’opposer les forces, il vaut mieux les additionner.

Surtout, il y a un texte d’une pauvreté indigente. En premier lieu, j’en ai lu quelques lignes dans un journal. Je me suis demandé ce que c’était. J’ai vraiment eu du mal à comprendre que ces vers étaient tirés d’une chanson. Puis je l’ai écoutée. Mis à part le refrain qui est efficace, la mélodie des couplets ne reste pas dans l’oreille. Les rimes sont pauvres. Les mots utilisés ne sonnent pas toujours juste, à l’intérieur de chaque vers. « Vous aviez tout : paix, liberté, plein emploi. Nous c'est chômage, violence et SIDA » ou « Vous avez raté, dépensé, pollué Je rêve ou tu es en train de fumer ? » Chacun jugera la petite leçon de morale de cette fin de phrase. Tout le monde sait bien que jamais les artistes n’ont fumé… Passons

Même s’il ne s’est jamais revendiqué poète, Goldman a su par le passé, écrire de beaux textes, avec du fond et de la forme. On se souvient de « Comme toi », « Né en 17 » ou « Je te donne ». C’était même son but, lorsqu’il était tout jeune chanteur, impressionné par les compositions que Léo ferré proposait en compagnie de Zoo, groupe de rock progressif, donner du sens à des mots simples.

Le seul argument de la défense, usé jusqu’à la corde, est de mettre en avant tout ce que le chanteur a fait pour l’institution caritative, depuis de nombreuses années. Très bien. On aimerait effectivement qu’il y en ait plus comme lui. Est-ce que cela l’exonère pour autant de toute faute ? Est-ce qu’au prétexte d’avoir fait le bien un jour, on doit tout pardonner toujours ? Je ne le pense pas.

Nous avons tous le droit d’avoir un regard objectif sur le travail proposé par un artiste. Il serait malhonnête, sous quelque prétexte que ce soit, d’avoir une admiration béate face à une œuvre, fut-elle composée pour la bonne cause. Du manque de recul et de distanciation nait la distorsion. Lorsque l’esprit n’est pas clair et que les jugements se font sur des a priori, la confusion règne et le mal l’emporte.

« Toute la vie » n’est pas une bonne chanson, voilà tout. Et après ? Rien. On le lui dit et on passe à autre chose.

Jean-Jacques Goldman s’en remettra, n’en doutons pas. Il poursuivra son travail d’homme de l’ombre au sein « des Restos », avec la simplicité et l’humilité qui le caractérisent. Peut-être est-ce cela le sens de « Toute SA vie ».

Olivier