Juste une illusion ! !

Ou

Il faut avoir en permanence conscience de la réalité du métier

Chers amis,

Dimanche matin, 5 décembre, à Nantes. Il fait froid et humide. Je traverse la ville, déserte. Je me rends à la gare, direction Paris. Les courants d’air glacé achèvent l’installation de ce que l’on appelle communément un rhum. Le train arrive, je monte les bagages et m’installe confortablement dans mon fauteuil.

A mon côté vient prendre place Hervé Vilard. Je savais que nous prenions le même moyen de transport pour rejoindre la capitale, mais ne savais pas que nous partagerions le même wagon.

Nous voilà donc partis à évoquer ce que la chanson française a de plus grands : Piaf, dalida, Damia, Brel, Brassens… Hervé est une véritable encyclopédie de la chanson populaire. Il connaît toutes les dates, les lieux de représentation, les auteurs et compositeurs, les musiciens…

Au détour de la conversation, il lâcha une phrase qui résonne encore dans ma mémoire : « Il faut faire ce métier sans illusion ! ».

On me reproche parfois d’avoir, dans mes chroniques, une vision trop pragmatique du show business, trop terre-à-terre.

Que Hervé Vilard, sans le savoir, vienne cautionner ma démarche me fait bien plaisir. En effet, je souhaite que tous les jeunes futurs chanteurs, ne se fassent pas trop d’illusions sur ce monde, mais au contraire en aient une approche complètement objective. Comment créer cette objectivité ? Tout simplement en disant les choses !

J’utilise souvent la métaphore du Mont-Blanc. Vous aimez la montagne. Le plus haut sommet d’Europe vous fascine. Vous avez vu des images de la cime, tournées en plein été. Ce ciel si bleu et cette neige si blanche vous attirent. Allez, c’est décidé, en août prochain vous partirez à l’assaut des roches et des glaces.

Sérieusement, pensez-vous qu’il vous suffira d’aller chez Décathlon acheter un bonnet et des moufles pour devenir un nouveau Maurice Herzog ? On ne part pas sur un projet tel que celui-ci sans aucune préparation ! Il faut avoir à l’esprit en permanence qu’une telle ascension, peut se révéler très compliquée, voire même impossible, y compris en plein mois de juillet lorsque les températures sont à priori plus élevées et les chutes de neige moins nombreuses.

Parvenir au sommet dans l’univers musical est identique à la montagne. Si vous partez avec uniquement des illusions en poche, il y a de grandes chances pour que vous ne plantiez jamais votre drapeau dans les neiges éternelles.

Connaître son adversaire est la première des leçons à apprendre.

Plus jeune, j’étais fasciné par les solos de guitare de Ritchie Blackmore, membre du célèbre groupe anglais Deep Purple. Il me semblait qu’en achetant une guitare électrique cela ferait l’affaire. Je n’eus pas le temps d’en faire l’acquisition qu’un copain me colla la sienne dans les mains. Je compris rapidement que pour devenir un « guitar héro », l’instrument n’y était pas pour grand-chose…

Si ce métier est magique, pour le public, il n’est construit qu’autour de dures réalités pour les artistes. Il ne suffit pas de croire en sa bonne étoile pour briller au firmament des stars.

Les illusions permettent de tenir le coup, d’avancer lorsque l’on ne sait pas trop où l’on va, mais très vite il faut savoir revenir sur terre et regarder la situation en face. Ceci est le seul moyen de réussir.

Bonne semaine.

Olivier