Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

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Tag - Francis Lalanne

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mercredi 24 août 2011

Francis Lalanne

Quartiers d’été

Francis Lalanne

Casino 2000 08 novembre 2008

Francis_Lalanne_Mondorf_mail.jpg

La salle est vide. Les lumières du plateau sont éteintes et les techniciens finissent de démonter le matériel de scène. Je suis dans la longue file d’attente. Après une demi-heure de patience, je pénètre enfin dans la loge de Francis Lalanne. Je le félicite pour le superbe concert auquel je viens d’assister. Nous parlons aussi de théâtre, Dom Juan… Il est ému de savoir que j’étais présent aux Bouffes du nord, lors de la dernière représentation de la pièce de Molière, dans laquelle il tenait le rôle principal. Pour me remercier, il dénoue son catogan et m’offre son ruban. Je le quitte en paraphrasant sa chanson : « Je ne sais pas où, ni quand, mais je suis certain qu’on se retrouvera ». Décembre 1989, Autun, Salle de l’hexagone.

- Allo Christian, j’ai une mauvaise nouvelle. Je suis obligé d’annuler le concert de Gérard Blanc. Il est actuellement dans le coma en Crête. - Ha. On est à un mois-et-demi de la date. Tu peux me proposer qui à la place ?

Cela faisait un peu plus d’un an que j’étais au service de l’ex-leader de Martin Circus et m’étais contenté de faire la promotion de son dernier album et de son Olympia auprès des radios de province. Cerise sur le gâteau j’avais réussi à le placer pour deux soirées dans la programmation du Casino 2000, de Mondorf les bains, au Luxembourg. C’était pour moi une étape importante dans le développement de mon parcours. Mais voilà, une foutue maladie met mon artiste à terre et mes espoirs en miettes.

« Tu peux me proposer qui à la place ? », cette phrase résonne de longues minutes dans mes oreilles. Je débute et ne connais personne ou presque. J’ai bien croisé une fois Phil Barney, mais ce n’est pas le même calibre que Gérard. Je ne peux décemment appeler Brigitte Blanc et lui demander, pendant ses heures d’attente, dans les couloirs de l’hôpital d’héraklion, de me dégoter deux, trois numéros de téléphone de copains qui pourraient éventuellement remplacer son mari.

Une chose me revient en mémoire. Gérard Blanc a écrit une chanson avec Francis Lalanne. Voilà, le lien est fait. Je cherche sur Myspace la page de Lalanne. Une petite ligne indique : pour toute demande de spectacle, cliquez sur le lien. Je m’empresse de passer mon curseur sur la phrase qui passe du blanc au bleu et ouvre une page de messagerie.

Mon texte est succinct. Je mets en avant l’aspect relationnel qui relie les deux artistes et la situation catastrophique dans laquelle se trouve Gérard. Je demande si Francis accepterait de le remplacer sur cette date. Je laisse mes coordonnées. On ne sait jamais. Je clique sur envoyer.

Je pense qu’il y aura un retour à ce mail, car je sais que les chanteurs sont toujours à l’affût d’une date supplémentaire, mais en même temps, je me dis que ce serait trop beau que mon premier concert soit avec Francis Lalanne !

Plus tard dans la journée mon téléphone sonne. C’est le régisseur de Francis ! Il me demande quelques renseignements complémentaires sur la technique, la salle, le train, l’hôtel, le cachet… Je ne suis pas habitué au jargon du métier et me perds dans les VHR, D.I, TVA à 5,5 % ou 19,6 %, le catering… J’essaie de répondre du mieux que je peux, avec une assurance tout droit sortie des cours de théâtre suivis il y a 20 ans. « Bon, je vois avec Francis et je te rappelle ».

Une journée qui dure une éternité, vous savez ce que c’est ? J’ai expérimenté pour vous. C’est très, très long ! Dans la soirée, alors que je n’y crois plus, nouvel appel. « C’est bon pour Francis ». Je cache ma joie, immense. Je vais travailler avec Francis Lalanne ! ! Encore faut-il que le casino soit d’accord. J’appelle Christian.

- Je crois que j’ai trouvé : Francis Lalanne. Par amitié pour Gérard, il veut bien venir au Casino. - Très bien, ça me convient tout à fait.

Jusqu’au jour de la date, j’ai craint, à tout moment, qu’un nouvel appel vienne contrarier mon destin. Le jour J arrive enfin. Je retrouve le chanteur accompagné de son régisseur, dans une brasserie face à la gare de l’est. C’est bon, nous partons pour le Luxembourg !

La petite salle du Purple lounge est pleine à craquer. Une des meilleures audiences réalisées pour un concert dans ce lieu. Le public est debout, serré, assis sur les marches, penchés sur le balcon. Il y a une ferveur quasiment palpable. Je suis accroupi sur le côté de la scène. Il n’y a que là que je puisse me poser. Alors qu’il a été plutôt sombre et concentré tout au long de son récital, Francis se détend vers la fin. Il entame un dialogue avec les spectateurs, qui lui réclament « La maison du bonheur », « Ma p’tite Véro » et d’autres chansons devenues des classiques. Il propose alors, de faire une soirée Karaoké. C’est à ce moment-là que j’en profite pour figer, sans doute, un des rares sourires de notre voyage.

Même si la photo n’est pas extraordinaire, elle demeure pour moi un symbole. Croire en son rêve et s’en donner les moyens, ne peut que déboucher sur la réussite.

J’ai, depuis, travaillé à plusieurs reprises avec Francis, toujours avec le même plaisir.

Bonne semaine.

lundi 27 septembre 2010

La mauvaise réputation ! !

La mauvaise réputation ! !

Ou

votre image a une valeur, ne l’oubliez pas

Chers amis,

Dimanche soir, il m’a été donné d’assister, théâtre du Temple à Paris, à un spectacle tout à fait remarquable. « En toute intimité » interprété par Francis Lalanne. Une sélection de textes et de grandes chansons du répertoire français. Je sais que je prends des risques à évoquer cette représentation, mais vous le savez comme moi, sans risque point de victoire.

Au fur et à mesure que le show se déroulait, j’appréciais la voix du chanteur, chaude et bien en place. D’un seul coup, nous avions face à nous, non pas le trublion médiatique que l’on connaît, ni le provocateur sincère qui veut mettre son nez dans les comptes de l’Etat, mais un chanteur, tout simplement. Un chanteur qui vit ce qu’il chante et sait nous transmettre ses émotions. C’est, de mon point de vue, ce qu’il fait de mieux.

Comment est-il parvenu à créer cette image écornée, qu’il trimballe maintenant depuis de nombreuses années ? Il a suffit de quelques apparitions dans des émissions populaires, de grandes écoutes, et des propos pas toujours bien sentis, pour que la Vox populi se déchaîne et clou au pilori celui qu’elle aima autrefois.

Francis_Lalanne_Mondorf_myspace.jpg

Souvenez-vous également en 2007, des artistes qui ont soutenu le candidat Sarkozy au cours de l’élection présidentielle : Doc Gynéco, Faudel, Macias… Comme si ces chanteurs avaient pris fait et cause pour un affreux dictateur asiatique, se sont retrouvés conspués par une partie de leur propre public et ont dû annuler de nombreux galas prévus l’été suivant.

A l’inverse, nous avons la polémique autour des Rita Mitsouko. Sont-ils de droite ou de gauche ? Je me souviens d’avoir lu un article laissant entendre, par exemple, que le groupe se produisait parfois sur certaines scènes uniquement par opportunisme. Tu penses, il est bon d’être sur la photo qui sera reprise dans les journaux ! Souvenez-vous de ce concert donné en faveur d’une association de soutien aux immigrés. A l’issue du spectacle un seul groupe avait refusé d’apparaître sur le DVD, les Rita… Est-ce que cela suffit à discréditer un artiste ? Sans doute, car cette position a offert aux détracteurs du groupe une magnifique opportunité de dénigrement. Ajoutez à cela une amitié avec l’auteur sulfureux Maurice Dantec et des propos inquiets sur la montée des intégrismes et voilà comment la machine se met en marche. Même si cela a créé le trouble à un moment précis de la carrière du groupe, cela ne les a pas empêchés de connaître le succès que l’on sait.

On pardonne beaucoup à certains. Gainsbourg pouvait tout dire ou presque, cela passait. Coluche, n’en parlons pas. Jean-Marie Bigard, lui se permet une allusion sur les attentats du 11 septembre et c’est l’avalanche. D’ailleurs, la pièce de théâtre qu’il se préparait à jouer quelques jours plus tard, n’a jamais affichée complet. On attribue le désistement du public à sa petite phrase…

Les artistes, dans leur ensemble, ont un pouvoir immense. Ils peuvent créer des forces attractives ou répulsives, mais à tout moment leur carrière peut basculer sur un mot, une phrase incomprise ou mal rapportée par un média.

Il faut en permanence lors d’interview avoir à l‘esprit ce que l’on veut dire. Pourquoi est-on là ? Qu’a-t-on à défendre ? Ne pas se laisser entrainer sur des chemins creux, ni dans des ornières souillées. Le jeu des médias est souvent celui-là, vous faire déraper, vous amener à dire ce que vous ne vouliez pas exprimer, vous faire perdre votre sang froid.

Le clash médiatique fait partie du buzz. Il est malgré tout à manier avec une extrême prudence, car comme la lame, il peut être à double tranchant. Vous pensez que cela vous porte et en fait cela vous détruit.

Se servir de la provocation pour intéresser les médias, puis au-delà les spectateurs, est un jeu dangereux que je vous déconseille. Vous risqueriez d’y laisser des plumes. « Parlez de moi, en bien ou en mal, mais parlez de moi ! » On connaît ce refrain. Il n’est pas certain qu’être la risée d’une partie d’un pays fasse de vous un artiste recommandable et surtout vendable ! N’oubliez pas, de votre renommée dépend aussi votre valeur !

Sans aller jusqu’à se policer et être en permanence sur la défensive, il faut savoir jusqu’où on peut aller et ne point trop en dire.

Bonne semaine

Olivier

lundi 21 septembre 2009

Révolution.com ! !

Malheur à celui qui dit la vérité ! !

Chers amis,

La semaine qui vient de s'écouler a encore été riche en événements. Il y a eu tout d'abord deux belles interviews de Georgette Lemaire dans Platine Magazine et France dimanche; un déjeuner bien agréable avec Balablan, ainsi que Jean Davoust l'éditeur et Gilbert Castro le distributeur du label Balablan Music; Une rencontre avec Gilbert Jouin, auteur de textes pour de nombreux chanteurs; trois demandes de collaboration avec de jeunes artistes, dont un possible gros contrat avec l'Indonésie ; Une offre de participation à une série de conférences en novembre prochain…

Mais revenons à ce déjeuner de mercredi dernier. Au cours de celui-ci nous avons évoqué bien entendu le retour de la loi Hadopi à l’assemblée nationale et son adoption quasi certaine. Les arguments pour ou contre se valent et il est bien difficile d’avoir une opinion tranchée. D’ailleurs, les artistes eux-mêmes ne sont pas tous d’accord et s’opposent frontalement sur le sujet. Il y a ceux qui sont contre. Francis Lalanne considère que « La musique appartient à tout le monde et qu’il vaut mieux être écouté « téléchargé illégalement » que de voir ses disques ne pas se vendre ». Quant à Cali, lui dit : « Il faut faire le ménage chez nous…Le prix du disque est trop élevé…Les producteurs se font des marges énormes ». Et il y a ceux qui sont pour : Étienne Daho, Christophe Maé, Kery James, Sinik, Francis Cabrel, Patrick Bruel, Jean-Jacques Goldman, Jenifer, Stanislas, Raphaël, M Pokora, Keren Ann, Thomas Dutronc… : « « aujourd'hui, de bonnes âmes essaient de faire croire que la liberté de tout faire, donc de faire tout et n'importe quoi sur Internet est un droit de l'homme que rien ne saurait contrarier sauf à tomber dans une forme de dictature préhistorique. Eh bien non ! » extrait de l’appel lancé dans le JDD par 52 chanteurs.

Regardons les chiffres de ventes de disques, au cours du premier semestre 2009 :

191,5 millions d’Euros de revenus pour le disque physique et 37,7 M pour le numérique. 229,2 M en tout, soit près de 18% de moins qu’il y a un an ! Rappel, en 2004 le marché de la musique représentait presque 415 M d’Euros. (source snep www.disqueenfrance.com)

Le téléchargement légal représente seulement 17 % des ventes. La France est le pays d’Europe dans lequel l’achat de titres en ligne est le moins répandu, alors que dans des pays comme l’Allemagne ou l’Angleterre on obtient des chiffres avoisinant les 40 % de part de marché.

Le piratage informatique des œuvres touche principalement les gros vendeurs. En ce qui concerne les jeunes artistes, je ne suis pas persuadé que dix ans en arrière ils en auraient vendu beaucoup plus qu’aujourd’hui en magasin. Ce qui manque cruellement à notre jeunesse musicale, c’est l’exposition médiatique. Internet n’est pas le média idéale. Même si la musique se trouve sans problème sur de nombreuses plate-forme numériques, encore faut-il savoir qu’elle y est. Seuls les artistes installés et disposant de lourds moyens de communication peuvent le faire savoir.

Aujourd’hui encore les vrais prescripteurs sont les gros réseaux : TF1, NRJ, Skyrock et deux ou trois autres. On n’achète pas de la musique parce qu’on l’a entendue sur le Net. On l’achète parce qu’elle a été diffusée sur M6 !

Il y a en tout cas une chose qui ne se dément pas, le public est toujours attaché au physique. Je veux parler du disque. Un exemple. Balablan effectue des show case dans les magasins Cultura. A chaque fois, le public s’arrête, écoute et achète. Qu’elle ne fut pas ma surprise de savoir que lors d’une de ses représentations, il avait vendu 15 albums dans l’après-midi. Cet aspect positif a donné envie au responsable du magasin de placer l’album en borne d’écoute et par la suite ce sont 15 autres ventes qui ont été réalisées !

Voilà pourquoi Internet ou pas, téléchargement légal ou on, il vous faudra toujours avoir des albums avec vous. Au delà de l’artistique, le disque représente « un objet transitionnel » entre le public et le chanteur. Je connais des clubs aux murs desquels sont accrochées des pochettes de disque. Des vieux vinyles, des 33 et 45 tours, mais également des boîtiers de CD. Pour chacun, le patron du lieu peut raconter l’histoire de l’acquisition de l’objet et même montrer la dédicace qui va avec.

La chanson est un art vivant ! On ne peut la dématérialiser complètement. La sculpture n’est malheureusement pas un art populaire. Dans un musée on n’apprécie qu’à moitié le travail du sculpteur, avec les yeux. Les mains n’ont pas accès à la matière. Il suffirait de laisser le public prendre à bras le corps les statues pour qu’un nouveau rapport existe entre le spectateur et l’artiste. Ha, faire un gros câlin à la Vénus de Milo ! !

Il faut prendre garde à ce que la musique ne devienne pas seulement un art de l’oreille. Les yeux et les mains sont aussi importants pour que vivent les chanteurs.

Après avoir téléchargé le dernier single de Diam’s, je pars, mon portable sous le bras, le faire dédicacer !

Musicalement