Tu t'laisses aller ! !
Ou
Comment la création musicale s’appauvrit
Chers amis,
Une nouvelle fois l'actualité de ce jour me pousse à modifier le propos de cette chronique. Je m'étais pourtant creusé tout le week-end pour vous offrir un texte plein de bonnes intentions et de conseils. Mais que voulez-vous, tout comme les problèmes du monde disparaissent d'un seul coup des micros magiques depuis que les J.O ont débuté, mon texte a regagné son tiroir et sera ressorti un beau jour de pénurie d'inspiration.
Ce matin, donc, en écoutant le journal de 8 h, sur France Inter, je découvre que le nouvel album de Peter Gabriel sortira dans quelques jours. Je n'ai jamais vraiment accroché avec l'univers de ce compositeur. Allez savoir pourquoi. Il y a ceux qui sont Beatles et ceux qui sont Stones, moi je ne suis ni Gabriel, ni Collins, ni Génésis. Qu'importe. Ma surprise fut grande d'apprendre que ce disque ne comporte que des reprises ! Attention, pas n'importe lesquelles et surtout je vous demande d' en apprécier les arrangements. De l'aveu même du chroniqueur, on ne reconnaît presque pas les versions originales. Quelle classe !
Comble de l'audace les titres ont été enregistrés avec un orchestre symphonique. Aucun instrument électrique, ni guitare, ni batterie. Alors là, je dis chapeau, monsieur Gabriel ! Merci à vous de nous offrir un tel produit. Il est vrai que chanter des chansons de David Bowie ou Lou Reed avec des violons offrent de vraies perspectives artistiques. J'attire votre attention, sur le fait que personne avant Peter Gabriel n'avait pensé à proposer ce type de produit sur le marché.
Que nos chanteurs français se soient jetés dans ce créneau depuis quelques années, Voulzy, Aznavour, Jonasz, Pagny, me semblait déjà suspect, mais que des stars internationales s'y mettent me laisse penser que le fond du pot de la création a été touché.
Ce que j'ai ressenti ce matin, c'est un grand vide. Bon, il faut se résigner et admettre que tout comme l'opéra a connu un apogée au 19ème siècle et a totalement disparu du champs de la création, la chanson connaît le même sort. A chaque fois que j'entends parler d'un nouveau disque, je m'attends à de vraies surprises et rien... La nouveauté ne fait plus vibrer. Tout a été fait et enregistré. J'essayais de me rappeler quel est le dernier album qui m'ait vraiment donné des émotions, duquel j'ai pu penser : Voilà quelque chose d'original, de fouillé, de recherché. Résultat : "Robots après tout" de Philippe Katerine. C’est pas tout jeune... Bien entendu, j'ai entendu d'autres produits très bien réalisés, mais qui demeuraient dans une veine déjà exploitée depuis longtemps, donc sans véritable surprise.
Une nouvelle fois les majors plantent un couteau dans le dos des jeunes créateurs. A force d'encourager les artistes de renommées nationales ou internationales à enregistrer des reprises, ils empêchent l'émergence d'artistes plein de talent. Une fois que les disques sont enregistrés, ils arrivent sur les bureaux des médias et là c'est le début de la grande facilité. Il y a peu, les radios et télés, ne prenaient pas de grands risques en ne programmant que des valeurs sûres. Aujourd'hui, elles doublent la sécurité et ayant à la fois le nom, mais également la chanson qui plaira au public.
Alors que je faisais un long trajet en voiture, j'avais calé l'autoradio sur France musique. Je fus très surpris de n'entendre que des "tubes" : Requiem de Mozart, Préludes et fugues de Bach, Les 4 saisons de Vivaldi... A une heure de grande écoute, il n'est pas fait place à la nouveauté. En musique classique la création est tellement peu importante et avec un intérêt limitée, qu'elle n'est pas présente sur les ondes. En revanche, les sonates de Beethoven par Fazil Saÿ, alors là on y va pour la promo !
Il y a déjà quelques années, un ami compositeur me disait que selon lui, la création était arrivée à un carrefour. Les arts tels que nous les connaissons et pratiquons sont arrivés à un point d'orgue. Que faire de tous ces savoirs ? Avant de trouver de nouveaux axes de recherche, nos artistes sont contraints à la traversée du désert créatif. Les années qui viennent seront celles de l'inventaire. Malheureusement...
Oui, malheureusement. Aurons-nous dans quelques temps des chanteurs qui seront spécialisés dans l'interprétation de Jacques Brel. "tu as entendu le dernier disque de X ? Il reprend la période 58 - 60, de Brel. Non, moi j'ai acheté les fichiers MP3 de Y qui revisite les chanson d'amour de Jacques Higelin. Il les chante uniquement accompagné par une flûte à bec". Voilà le genre de discussion que l'on entendra sous peu, si personne ne pousse la jeunesse à libérer les énergies de le création.
On vous a sûrement déjà demandé, lorsque vous vous présentez dans un lieu pour jouer vos propres compositions : "Au fait, tu joues des reprises ? Sinon, mes clients ne vont pas t'écouter." Que vous parsemiez votre répertoire de chansons que vous appréciez ne semble pas tout à fait déplacé, mais arrivé à un certain stade de développement, il est bon de lâcher la reprise, afin de s'épanouir dans sa propre voie.
Une autre indication, en parallèle de la création, est très intéressante à souligner. Je suis en contact avec quelques organisateurs de spectacles. Alors que je faisais des propositions, à plusieurs reprises je me suis entendu répondre "Cette année, je ne prendrai pas d'artistes. Soit ils sont connus et donc trop chers, soit ils ne sont pas connus et me m'amèneront pas de public. Cette fois, je programme des sosies. tu comprends, pour 200 €, je peux avoir Florent Pagny et pour 300 € Michaël Jackson".
Ce qui me chagrine le plus c'est que je ne vois d'issue prochaine à cette situation.
Je ne peux que vous encourager à résister, à poursuivre votre parcours et ne pas baisser les bras. Le jour reviendra où les créateurs auront de nouveau la parole et pourront interpréter leurs chansons sans avoir à se référer aux anciens.
Si vous en avez les moyens, mettez des violons, ça rassurera les programmateurs.
