Le plaisir de l’effort ! !
Ou
Devenir un show man, ça s’apprend
Chers amis,
Je passe, ces jours-ci, beaucoup de temps sur les routes et fréquente assidûment les salles de spectacles. Quel bonheur ! Ces instants sont fragiles et éphémères, mais apportent tellement de joie et de satisfaction que l’on peut par la suite difficilement s’en passer. Je souhaite vivement à chacun d’entre vous, de vivre de pareils moments.
A force de côtoyer des artistes, débutants ou confirmés, et de les observer au travail, je confirme que ce métier, contrairement à ce que beaucoup de jeunes pensent, s’apprend. On ne devient pas vedette par hasard, ni par le seul fait de posséder une jolie voix et de belles chansons.
Trop souvent, les apprentis chanteurs s’abritent derrière leur art pour ne pas vouloir entendre les conseils de ceux qui sont passés avant eux et connaissent de manière certaine les « trucs » qui marchent.
Hé oui, quitte à désacraliser le monde du show business, celui-ci n’est fait que de tours de passe-passe et de magie.
Faisons abstraction de la qualité des chansons. Je me mêle rarement de cette part artistique. Ce n’est pas mon métier de juger si un titre, un disque ou un spectacle est bon ou non. Je peux le penser, mais ne le dis pas. Je laisse cela à d’autres.
Mon domaine de compétence est la communication. Je peux donc juger si un artiste sur scène ou en dehors de la scène est en contact avec son public ou non.
Il y a quelques temps de cela, j’ai vu sur scène une très jolie jeune fille, dont je tairai le nom, car cela n’a que peu d’importance, à la voix chaude et puissante et aux chansons particulièrement accrocheuses. Une heure et demi de show plus loin, quasiment aucun son, entre les morceaux, n’était sorti de sa bouche en direction des centaines de fans présents dans la salle.
Mis à part un « merci » de temps à autre et un « je suis contente d’être à Paris ce soir », rien n’est venu relier l’artiste à son public. Repliée derrière ses chansons et ses cheveux, elle n’a pas crocheté le public comme elle aurait pu le faire, la salle était pleine à craquer et les spectateurs n’attendaient que ça, se faire prendre dans les filets de la chanteuse.
Que lui a-t-il manqué ce soir-là pour faire un triomphe plutôt qu’un succès ? Sincèrement pas grand-chose. Prenons un exemple. A la fin titre très enlevé, le public explose en applaudissements. Que fait la chanteuse ? Elle s’avance face à la foule ? Porte-t-elle la main sur son cœur en signe de remerciement ? Ecarte-telle les bras pour accueillir ses bravos ? Sourit-elle simplement ? Non, rien de tout cela. Elle détourne son regard de la salle, s’adresse à ses musiciens, boit un coup et laisse mourir la clameur en quelques instants.
Je suis un spectateur lambda et je peux vous assurer qu’à cet instant précis j’ai connu une grande frustration. J’aurais tellement aimé que ces applaudissements durent et que la salle entière en soit retournée.
Lorsque j’allais écouter Léo Ferré, je ne m’attendais pas à un show. Je voyais un homme au charisme extraordinaire, qui avec le temps avait su mettre en place des stratégies simples pour happer le public : un coup d’œil, un signe de la main, un baiser envoyer du bout des doigts, des mots murmurés. Pas besoin de plus. En revanche, quand je me rendais à l’Olympia entendre Gilbert Bécaud, nous ne pouvions échapper au grand numéro de cabotinage dont le toulonnais était capable et nous étions là aussi pour ça !
Aujourd’hui, j’aime quand Cali se jette dans le public, quand Didier Wampas se fait porter en triomphe tel un monarque de pacotille, quand Higelin part dans des improvisations sans fin, quand Jean-Louis Aubert, sorti de scène parvient encore à faire chanter le public, quand Stéphane Eicher fait monter sur scène un spectateur et lui colle une guitare dans les mains sans savoir si celui-ci sait en jouer.
Je pourrais multiplier les exemples à l’infini. Il n’empêche que tous ces instants magiques ne sont pas nés d’un simple hasard, ni sur un coup de tête d’un artiste. Non, tous ces moments sont le fruit d’un travail acharné, à savoir ce qui marche ou pas sur le public.
Je terminerai par une anecdote théâtrale. Raimu confiait à Jouvet qu’il avait du mal à jouer une scène difficile. Après avoir longtemps tergiversé, Jules dit : « Je vais la jouer avec mes trippes », ce à quoi Louis répondit « Les trippes avant de les manger, il faut les préparer ». Tout était dit.
Bonne semaine.
Olivier
