Les chanteurs sont mes amis ! !
Ou
Ne pas confondre amtiés et relations professionnelles
Chers amis,
Je ne sais si vous êtes comme moi, mais j’ai la sensation que cette année a déjà débuté il y des mois ! ! L’accélération du temps grâce, d’une part aux nouvelles technologies et d’autre part à un calendrier bien rempli font que les jours passent à une vitesse vertigineuse.
J’ai repris la route cette semaine et retrouvé, avec bonheur, toute une bande de copains artistes. Je dis bien copains et non amis.
Nous savons tous les effusions de grands sentiments qui sont monnaie courante dans le milieu du spectacle. « Je t’aime », « Je t’adore », « T’es géniale », « Allez, on ne se quitte plus, on s’appelle ! ». Et puis, on connaît la suite. Le téléphone reste muet de longs mois et puis au cours d’une soirée peopole, on tombe nez-à-nez avec un « ami » et immanquablement on entend cette phrase « Pourquoi tu ne m’as pas appelé ? », ce à quoi il est aisé de répondre : « Et toi, tu ne l’as pas fait, non plus ? ». On boit un verre, on refait le monde et on se quitte avec de grandes promesses qu’on ne tiendra pas plus que les précédentes.
J’ai connu de belles soirées au bar d’hôtels, à des tables de restaurant, dans le sofa d’appartements chaleureux, dans des trains traversant la France, à vive allure, à parler avec des artistes de leur carrière : Murray Head ne voulant plus jamais interpréter sur scène un de ses fameux tubes, trop éloigné de son véritable univers musical ; De leurs chansons : Charles Dumont qui rencontre une nuit Jacques Brel sur le port de Marseille et sur le coin d’un comptoir de bistrot lugubre, écrivent un titre à quatre mains resté inédit jusqu’à il y a peu. De leurs rencontres : Gérard Blanc qui va chercher Serge Gainsbourg dans un dîner et tombe sur l’auteur des sucettes en compagnie de Roman Polanski et Mick Jagger… Lorsque vous êtes l’oreille et le confident, l’espace d’un instant, votre ego est flatté et c’est bien normal.
A partager de beaux moments de fraternité, oui on peut légitimement penser que la « grande famille » du show business existe.
Toutefois, il faut très vite reprendre contact avec la réalité. Le spectacle est l’art de l’éphémère. Ce qui existe aujourd’hui aura disparu ce soir et renaitra demain.
J’ai vu de jeunes guitaristes partager un verre avec Louis Bertignac, au cours d’une soirée événement. Ils sont repartis avec le sentiment d’avoir un « vrai » nouvel ami.
J’ai moi-même, connu la même sensation, il y a une quinzaine d’années, lors de la présentation à la presse de l’album d’Higelin « Aux héros de la voltige ». Ouvert et disponible le chanteur avait partagé un moment avec moi. Je lui parlai même d’une envie d’adapter son recueil de lettres au théâtre. Il avait semblé très intéressé. J’en fus très heureux. Et puis…
Il faut avoir à l’esprit que chacun de ces moments est précieux. A chaque fois, nous sommes tous d’une sincérité exceptionnelle. Dans ces instants d’abandon personne ne triche. Tout est vrai. Ensuite, la vie de chacun reprend le pas sur les belles promesses. On n’oublie pas. Non, on ne fait pas. Ce qui est pire.
Des gens que je rencontre et à qui je suis amené à expliquer ce que je fais dans ma vie professionnelle, me demandent souvent si c’est la fiesta en permanence à la maison, car avec toutes les vedettes que je côtoie, le piano et la guitare doivent chauffer ! Ce à quoi je réponds, qu’eux-mêmes n’invitent pas tous leurs collègues de travail le week-end, pour faire de grandes parties de pétanque ou de pictionnary.
Nous vivons des heures fantastiques parfois. Sans doute plus prenantes que celles, que la plupart des français peuvent connaître sur leur le lieu de travail, mais cela s’arrête bien souvent à la porte des loges et c’est très bien comme ça.
Il n’en demeure pas moins, qu’au fil du temps de vraies amitiés peuvent naitre et au-delà de l’aspect purement professionnel, des liens sont noués.
Il faut prendre garde à ne pas confondre « réseau » et « relation amicale ». Des contacts dans notre milieu, il faut en avoir et même le plus possible, si l’on veut exister. La plupart de nos succès sont le résultat des connaissances que l’on a.
Quant à nos amis, conservons-les. Ils seront précieux en cas de coups durs ou pour partir en vacances.
Bonne semaine.
Olivier
