Reprise de volée

Ou

Quand reprendre c’est créer

Chers amis,

Je viens de lire, sur Facebook, un post de Aude Henneville. Cette jeune chanteuse, ex-finaliste de « The Voice » en 2012, a sorti son premier album, l’an passé et malgré tous les efforts qu’elle et l’équipe qui l’entoure ont pu déployé, cette galette est passée relativement inaperçue. Elle n’a pourtant pas à rougir de son parcours, car elle a pu présenter son travail lors de premières parties, sur la tournée « Stars 80 » ou de Francis Cabrel.

Aude henneville

Oui, mais voilà, les temps changent et voici ce qu’elle écrit aujourd’hui : « On me dit que pour que l’on m’entende, il faut que je fasse une reprise ». Il faut bien se rendre à l’évidence, l’avenir de la chanson, c’est le cover !

Le mal du siècle

Elle n’est pas la seule à être concernée par cette étrange mal du début de siècle et les nombreuses sorties de disques hommages, à venir, Michel Delpech, Claude François ou déjà dans le commerce, Joe Dassin, Charles Trénet, Renaud et j’en oublie tellement, attestent de la prédominance de ce mouvement.

Faut-il s’en inquiéter, voire s’en désoler ? Dans un premier temps, il est légitime d’en vouloir aux majors du disque qui, n’ayant plus beaucoup de courage et ayant oublié leur fonction première de découvreurs de talents, ne mettent plus d’argent sur de jeunes artistes en développement. Le mot d’ordre, c’est « amenez-moi un produit fini et si je pense pouvoir faire fortune avec, on le distribuera », pas plus. Vous avouerez que pour donner envie à nos jeunes de se lancer dans cet univers, il y a mieux à trouver comme discours.

Une fois cela dit, il y a la réalité. Si nous prenons le monde de la chanson depuis un siècle, nous constatons qu’une partie du répertoire ne pourrait plus être produit aujourd’hui. Les chansons réalistes de Damia « Du gris » ou « Aimez-vous les moules marinières », ne franchiraient pas le tri sélectif effectué par un quelconque assistant, d’une grande maison. Les Twists idiots des années 60 « Da do ron ron » et autres qui ont pourtant amusé et fait danser la jeunesse de France, seraient zappés après dix secondes d’écoute. Même le rock engagé et puissant de Noir désir ne se signe plus, en major et passe totalement inaperçu sur les ondes.

Peut-être devrions-nous admettre que nous sommes au bout d’un processus, à la fin d’un temps de création, que les anciens regrettent et que les jeunes ne peuvent pas comprendre.

Variété et musique classique

Il m’arrive parfois de comparer la chanson avec la musique classique. Force est de constater qu’il y a bien longtemps que les interprètes ont pris le dessus sur les compositeurs. Si vous êtes un virtuose du piano ou du violon, le public vous demandera de jouer les sonates de Beethoven ou celles de Debussy. Jamais on n’aura l’idée de questionner le musicien sur ses velléités de création ! En revanche, on se délectera de son intégrale des Partitas de Bach.

La chanson glissera-t-elle vers cet avenir ? Pourquoi pas. Si cela est bien fait et si chaque artiste qui aura l’envie de chanter Brel, Ferré ou Dutronc se voit attribuer les moyens de le faire correctement, cela peut donner de beaux résultats. L’avantage avec la variété, c’est qu’elle n’est pas enfermée dans un carcan. Alors, toutes les libertés sont permises et toutes les directions peuvent être envisagées.

Une des plus belles reprise que je connaisse, c’est « My Way », des Sex pistols ! !

Olivier