Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

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Tag - Bruce Springsteen

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mercredi 21 mars 2012

Marché noir ! !

Marché noir ! !

ou

Qui décide vraiment de ce que l’on écoute sur nos ondes ?

Chers amis,

Depuis quelques jours, je goûte à nouveau au plaisir de me glisser dans les Zéniths de France. L’obscurité du back stage est pour moi d’une douceur inversement proportionnelle à l’éclatante lumière tant appréciée des artistes. La vie en coulisses, dans l’arrière-boutique, est pleine de rencontres, d’échanges et d’amitié. Que du bonheur ! !

Il y a un peu plus deux semaines, je reçois un appel. Au bout du fil, un de mes premiers contacts professionnels. Il s’appelle Krishna, est américain, écrit et compose une musique rock, très mainstream. Dans son pays natal, il est musicalement associé à Bruce Springsteen, Willy Deville ou Brian Adams. Autant dire des chanteurs qui envoient !

Alors que je lui faisais part de mes nouveaux contacts, il me vint une idée. Faire écouter son dernier album à un tourneur, comme ça, juste pour avoir le point de vue d’un spécialiste de la vente de concerts en France.

Aussitôt dit, aussitôt fait. J’envoie un lien et un mot d’explication à mon ami. A ma grande surprise, sa réponse ne se fit pas attendre longtemps. Au-delà des points positifs qu’il releva, ce qui retint surtout mon attention, dans son court message fut la phrase : « Potentiel limité en France ».

Je suis tout à fait d’accord avec son analyse, car nous savons depuis de nombreuses années que malheureusement la France n’est pas un pays très rock n’ roll, du moins médiatiquement et que le « marché » est trusté par tout un tas de musiques qui n’ont rien à voir avec les riffs puissants de Guns N’ roses, le lyrisme éruptif d’Aérosmith ou l’énergie de My chemical romance.

Mais qui fait le « marché » ? Toutes les explications sont données et à mon sens aucune ne tient la route. Car si nous ne savons pas très bien produire ce type de musique, le public lui est bien toujours au rendez-vous. Il me semble bien que lorsque Green day, AC/DC ou U2 viennent en France, ils remplissent tous assez facilement les plus grands stades du pays.

Cette histoire de « marché » n’est-ce pas un petit doigt qui tenterait de cacher une inculture crasse et protéger des intérêts de maisons de disques sournoises ? Je me souviens que dans les années 80, un groupe de jeunes garçons est apparu avec une musique datée des années 60. Ils s’appelaient « Les forbans ». Personne ne croyait vraiment en eux et pourtant à l’heure de la new wave triomphante, ils se sont imposés à la tête de tous les classements. Je pense que déjà, avant leur explosion, d’obscures Pythies avaient sans doute décrété que le « marché » n’était pas favorable à ce type de produit.

Des exemples qui démontrent que la fameuse loi du « marché » a été, par le passé, mise à mal de nombreuses fois sont légions.

Mais, d’ailleurs, qui fait le « marché » ? Le public ! Les majors ! Un peu les deux… Les maisons de disques nous disent sans cesse qu’elles produisent ce que les gens veulent entendre, ce qui est bon et surtout ce qui rapporte. Sitôt qu’un produit fonctionne, les dirigeants clament haut et fort : « Vous voyez, les gens adorent ! », en ayant pris le plus grand soin de matraquer sur les ondes prescriptrices des plus gros médias le hit savamment produit.

Elles oublient souvent de nous dire qu’elles se sont également quelquefois bien plantées sur d’autres artistes. Mais là, c’est toujours de la faute du public. Ha ! Satané peuple qui ne veut pas marcher dans les clous qu’on lui fixe ! ! !

Imaginons que demain un producteur ait le courage, oui, je crois que nous pouvons employer ce mot, de sortir le dernier single de Van Halen, pas tout à fait en accord avec le paysage musical ambiant, n’est-ce pas et qu’il passe des accords, enfin achète des espaces publicitaires et abandonne des parts sur l’édition, par exemple, avec TF1 et NRJ, je suis certain qu’après quelques semaines tous les mômes sensibles au solos du guitariste américain, se précipiteront sur leur iPad et téléchargeront le titre. D’un seul coup le « marché » aura changé de tendance…

Tout cela me laisse perplexe et dubitatif. Je crains que nos amis rockers aient tout de même du souci à se faire, car je ne vois pas poindre à l’horizon une fenêtre de large diffusion de cette musique. Quel dommage…

Quant à la mauvaise foi des décideurs de l’industrie musicale et des faiseurs de « marché », elle est incommensurable.

Je vous souhaite plein de succès.

Bonne semaine.

Olivier

lundi 6 septembre 2010

Le prix à payer ! !

Le prix à payer ! !

Ou

Paye-t-on la musique à son juste prix ?

Chers amis,

Voilà une saison qui démarre sur les chapeaux de roue ! Concerts, rendez-vous et projets ont ponctué la semaine qui vient de s’écouler. On évoque déjà des dates de spectacle pour l’été 2011 ! Pas le temps de s’ennuyer ces jours-ci. C’est très bien ainsi et je vous souhaite tous de connaître le même degré d’activité. Cela fait énormément de bien à l’esprit.

Cette semaine je voudrais aborder le vrai prix de la musique.

En plein cœur de l’été, alors que Paris était dépeuplée, je suis allé deux fois dans la même semaine au cinéma. Le premier film que j’ai vu était une comédie policière américaine, comportant de gros moyens techniques et des effets spéciaux à foison. Pour un jour gris de juillet, ce fut parfait. Ma seconde sortie fut réservée à un film d’animation projeté en 3D, lunettes obligatoires et effets garantis. Mais, Ô surprise, à la caisse on m’a demandé un sus de 2 €, afin d’être équipé correctement et de pouvoir apprécier le spectacle à sa juste valeur.

Pourquoi m’a-t-on fait payer d’une part des lunettes, mais pas les feux d’artifice d’autre part ?

Vous aurez remarqué, comme moi, que quel que soit le type de production que vous désirez voir, le prix de la séance de cinéma est toujours le même. Un film intimiste sera à un tarif équivalent à une super production hollywoodienne.

Qu’en est-il de la musique ? Trop souvent, j’entends de jeunes artistes, auto-produits, parler du prix qu’ils ont payé pour obtenir leur 500 CD, pressés pas cher en Inde ou je ne sais où, avec aucun moyen de contacter un SAV quelconque en cas de problème. Imaginons que le prix de revient d’un disque soit de 3 €. Vous vous rendez chez un distributeur qui vous demandera ce que vous souhaitez gagner sur chaque galette. Sachant que la répartition est en gros de 33 % pour le producteur, 33 % pour le distributeur et de 33 % pour le vendeur, vous ne pouvez décemment pas demander plus de 5 €, sinon votre CD sera mis en vente à un tarif prohibitif et vous n’en vendrez aucun ou presque.

Vous vous retrouvez ainsi dans les bacs aux cotés de Bruce Springsteen et de Pascal Obispo aux alentours de 15 €.

J’ai retourné le problème à l’envers et me suis posé la même question pour un autre secteur industriel. Prenons l’automobile, par exemple. Lorsque vous achetez une voiture, dans le prix vous payez toute la chaîne de production : Recherche et développement, designers, constructeurs, usine, sous-traitant, vendeurs… Ce qui fait que plus vous avez un produit haut de gamme, plus vous payez cher. Ceci ne choque personne ou seulement ceux qui ne peuvent pas s’acheter de luxueuses berlines allemandes. Pourrait-on imaginer un prix unique et trouver des BMW au même prix que des Tata ? Non, bien sûr.

Le disque est en pleine crise, ça on le sait depuis plusieurs années à présent. Le CD ne sera bientôt plus qu’un objet publicitaire dont les artistes auront besoin comme d’autres de cartes de visite. Au coût de production, pour se faire de la pub, il vaut mieux faire imprimer des cartes de visite.

Le disque se vend beaucoup trop cher ! Ha bon ? Voici quelques tarifs glanés ici ou là, auprès de mes camarades (petits) producteurs : Une semaine de studio 3 000 €. Une semaine de Mixage 3 000 €. Une journée de mastering 1 000 €. Pressage de 1 000 CD = 2 000 €. Un attaché de presse : 3 000 €. Un clip 1 500 €. Des encarts publicitaires : 1 500 €… Une fois que vous avez dépensé vos 15 000 € et que votre distributeur vous propose 5 € par CD vendu, lorsque le stock sera écoulé, vous n’aurez gagné que 5 000 €…

Au moment de la sortie de son dernier album « J’accuse », Damien Saez faisait remarquer qu’en tant que producteur de ce disque, il faudrait qu’il en vende au minimum 150 000 exemplaires, pour commencer à gagner le moindre centime. A ce jour il doit avoir fait la moitié du parcours. En tant qu’auteur compositeur interprète et sans doute éditeur, son banquier n’a pas trop d’inquiétude à avoir…

Sur les plateformes de téléchargement le problème est identique. Tous les titres sont à 0,99 €. Une nouveauté ou une chanson sortie d’un back catalogue, même tarif !

Votre travail, chers amis artistes, a un prix. Il ne me choquerait donc pas qu’une nouvelle chanson vendue à l’unité le soit à un prix plus élevé et à l’inverse un titre gold le soit à moitié prix.

L’uniformisation tarifaire pousse à fabriquer de la musique « sous–produite », afin de faire des économies d’échelle et de pouvoir gagner, encore, un peu d’argent sur les ventes physiques. Jusqu’à quand ?

Bonne semaine.

Olivier

lundi 9 novembre 2009

Le premier pas ! !

Le salaire de la peur ! !

Chers amis,

Dimanche dernier j’ai assisté à l’Alhambra de Paris, à un très beau concert de Steve et Heather. La country est vraiment un univers musical riche et beaucoup plus varié que l’on ne croit et sans le savoir, ou sans se l’avouer, nous avons tous un coté country ! Il n’est pas rare d’entendre, dans les émissions spécialisées, des titres de Bruce Springsteen ou de Shaina Twain diffusés entre Johnny Cash et Hank Williams.

Cette semaine, je voudrais attirer votre attention sur l’idée qu’un jeune artiste peut se faire de son premier pas dans le métier. Au cours d’un dîner, jeudi soir dans un cabaret parisien, nous avons abordé le sujet.

Je fus très surpris d’entendre un prétendant dire : « Pour débuter dans ce milieu, il faut faire une reprise ». Jean-Pierre Pasqualini, patron de « Platine Magazine » et moi-même, étions du même avis : Ce propos est une ineptie !

Comme je n’ai de cesse de le rappeler à tous ceux qui me demandent conseil : commencez par avoir une réflexion de bon sens ! Prenez l’histoire de la chanson française, celle que vous avez à portée d’oreille et que vous connaissez malgré tout sans doute le mieux. Jetez un rapide coup d’œil sur les titres qui se sont bien placés dans les charts divers. Faites le calcul du nombre de reprises arrivées en tête des Tops et déduisez-en si en enregistrer une est une bonne idée.

Bien sûr, on objectera que Lâam a vendu près d’un million de singles du titre : « Chanter pour ceux… » de Michel Berger. Et après ? Combien sont-ils à avoir réalisé cet exploit ? Peu, très peu. Dans un premier temps cela pouvait s’apparenter à « un coup », mais l’album qui est sorti ensuite était de très bonne qualité et contenait d’excellentes chansons. Il ne restait plus ensuite qu’à dérouler une carrière, mais les choses étant parfois beaucoup plus compliquées qu’on ne le pense, Lâam a connu des hauts et des bas.

Si je tente d’expliquer que reprendre des titres déjà connus et implantés dans l’inconscient collectif est une pauvre idée pour se lancer, elle peut en revanche apporter une image fédératrice, pour un public qui découvre « en live » un artiste et permet d’identifier l’univers du chanteur. Lorsque Balablan reprend en concert du Gainsbourg et du Salvador, nous voyons de quelle école de la chanson il est issu. Les reprises servent à cristalliser une identité, pas à la fabriquer.

Mais que demande-t-on aux artistes ?

Un chanteur se présente face au public pour y présenter son monde, avec ses mots et ses musiques. L’intérêt de ce métier est que chacun peut évoquer le même sujet en utilisant des mots et des mélodies différentes. Ces chansons forment votre personnalité artistique.

Même si vous n’êtes qu’interprète, avec des auteurs autour de vous, vous allez sans cesse chercher à mettre sur vos cordes vocales les mots que d’autres sauront mieux exprimer, mais que vous revendiquerez. N’hésitez pas d’ailleurs à renvoyer vos faiseurs de chansons à leurs tables de travail, parfois malheureusement un mot, un vers ou une expression peuvent faire chavirer le texte entier dans la catégorie des rebus.

On se nourrit de ce qui a déjà été fait, c’est certain, mais ce n’est pas une raison suffisante pour ne vouloir s’adonner qu’à cet exercice de reprise. Dans les années 60, la jeunesse prenait énormément de plaisir à chanter les succès d’Elvis Presley, Buddy holly, Carl Perkins et tant d’autres, allant jusqu’à imiter les postures, les coiffures, les costumes… Ils devenaient des clones. Combien de temps a-t-il fallu pour que les Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Dick Rivers, pour ne parler que d’eux, trouvent et assument leur identité ? Des années ! Quant aux autres ? Disparus…

Aujourd’hui, ceci n’est plus envisageable. On ne peut plus se permettre d’enregistrer des covers à longueur d’année, pour enfin un jour se dire « Et si je faisais mon œuvre ! Celle que j’ai vraiment envie de chanter ! ». tout va trop vite et le temps est compté. Si vous voulez monter sur scène pour défendre ce que vous avez vraiment dans le ventre, alors il vous faudra creuser, gratter, chercher au plus profond de vous ce qu’il y a de meilleur à produire sous forme de chanson.

Si votre seul désir, et celui-ci est blâmable, est de monter sur une scène pour vous aveugler une fois dans votre vie de lumière, vous étourdir de son et vous bercer d’applaudissements, hé bien vous faites fausse route. Ce sera mettre beaucoup d’efforts pour un bonheur furtif qui vous laissera avec le temps plus d’amertume que de joie.

Le show bizness est un fantasme. Et comme tel, une fois vécu il est décevant.

Chanteur en revanche est un vrai métier, qui demande beaucoup de travail pour parvenir à l’obtention d’un résultat.

Je finirai par une comparaison. Les élèves des Beaux-arts copient, recopient les tableaux des maîtres qui les ont précédés, mais une fois franchie et maîtrisée cette étape, ils se retrouvent face à la toile blanche et sont amenés à y projeter leur propre monde. On ne découvre pas un peintre qui présente « trait pour trait » une reproduction de la Joconde ! On l’ignore.

Soyez les peintres de votre vie et imaginez votre monde tel que vous le voulez et non comme il a déjà été dépeint !