Un coup pour rien ! !
Ou
Comment dépenser son argent à bon escient
Chers amis,
La semaine qui vient de s’écouler a été comme prévue, bien chargée et personne ne s’en plaindra. Parmi les nouveautés évoquées sur mon blog fin août, mais non encore révélées, je peux à présent vous donner un indice : Les articles que vous lisez régulièrement, vous pourrez bientôt les écouter ! Je finalise ce projet et vous en reparle très vite.
L’article de cette semaine m’a été inspiré à la suite d’une discussion avec un ami, producteur d’un jeune talent.
Juin 2010, le téléphone sonne. Je décroche. La voix de Samuel, reconnaissable entre mille grâce à son accent nimois, se fait entendre. Après avoir fait un rapide tour d’horizon de nos activités respectives, il me dit : « Ho, tu ne sais pas l’opportunité que j’ai ? Un de mes copains, responsable du marketing chez NRJ, me propose de diffuser un spot promo pour l’album de Fred'Angelo, tout le mois d’août, sur la région PACA. Qu’en penses-tu ? » « Que bien ! », lui répondis-je.
Il est vrai que la cote d’Azur en cette période de l’année est plutôt bien fréquentée. On peut légitimement espérer qu’il y aura de bons retours. Toutefois, comme à mon habitude, je lui dis quel était mon point de vue dans pareille situation. Soit le producteur de l’artiste a de l’argent et cette dépense publicitaire ne représente pas grand-chose en cas de perte dans son budget. Que représente 1000 ou 2000 euros pour quelqu’un qui est blindé ? Dans ce cas là, il ne faut pas hésiter. Faut y aller. On verra bien ce que cela donnera.
Soit, il n’y a pas ou peu de sous dans la cagnotte, ce qui est le cas pour la plupart des auto-productions, et alors là, il faut être très prudent quant aux dépenses à engager. Mieux vaut peut-être garder un petit peu de réserve financière pour se payer un musicien supplémentaire lors d’un concert important ou faire presser quelques CD de plus, que l’on vendra à la fin des spectacles et sur lesquels on est à peu près certain de se rembourser. Pour ce qui est de Samuel, aucun souci, il pourra payer rubis sur l’ongle les quatre semaines de publicité. Je l’invite donc à ne pas tergiverser plus longtemps et à foncer.
Fin août 2010, j’appelle mon ami. « Alors, la campagne promo pour Fred, sur NRJ, ça a donné quoi ? » Je m’attendais à une réponse positive. « Mon pauvre, ça n’a rien donné… ». Lorsqu’il me dit rien, c’est rien. Pas un clic de plus sur le site internet de l’artiste, pas un CD vendu, pas un retour d’auditeur, pas de critique, ni positive, ni négative. Rien… Les chagrins étant moins lourds à porter avec l’accent du sud et la misère étant moins pénible au soleil, il me fallut croire que cet échec n’avait eu aucun effet sur le moral du producteur. Nous parlâmes donc d’autre chose.
L’exemple de ce jour m’amène à plusieurs réflexions. La première est que tout réseau médiatique, aussi important soit-il, ne fait jamais découvrir un artiste par l’intermédiaire de la publicité. Pour que le spot diffusé ait un impact, il faut que les auditeurs sachent de qui il parle. Si demain vous entendez parler de la sortie du premier album de Fred’Angelo, puisqu’on en parle justement, vous n’irez pas prendre de renseignements sur ce chanteur sorti dont ne sait où. Maintenant, si ce garçon commence à être diffusé sur des radios, des grosses, à passer en télé, des très grosses, à avoir son nom dans quelques magazines bien ciblés, alors là oui, l’impact publicitaire peut avoir un effet positif et démultiplier la notoriété de l’artiste. L’inverse nous prouve que non.
La seconde réflexion porte sur la capacité à investir régulièrement dans des espaces publicitaires. Je me souviens de l’époque de la sortie du premier album de Balablan : « Messieurs les musiciens », il y a un an et demi. Nous avions décidé de placer des encarts publicitaire dans des supports comme Francofans. Une fois, deux fois, trois fois et puis à un moment la réserve financière étant épuisée, plus de pub… Alors que je feuilletais ce journal samedi dernier, je découvris qu’il y avait certains groupes qui, déjà présents début 2009, étaient toujours dans les pages du magazine 18 mois plus tard ! A force de voir leur nom apparaître, sur la longueur, on finit par l’intégrer. Le jour ou tel groupe est en première page, cela n’étonne plus personne.
En publicité, le « One shot », ne sert à rien. N’espérez pas être découvert ou passer dans la cours des grands sur une seule diffusion d’un spot radio ou d’un passage télé. Bien entendu, comme je le répète régulièrement aux artistes qui me consultent : « Il vaut mieux que se soit toi plutôt qu’un autre qui passe sur les ondes, même s’il n’y a que trois auditeurs. Au moins ceux-là ne pourront pas dire qu’ils ne t’ont jamais entendu ! Mais pas à n'importe quel prix.» La notoriété, c’est un clou que l’on enfonce chaque jour, à petits coups de marteau. Si vous tapez mal, votre clou se tord et vous perdez toutes vos chances d’aller au bout de votre entreprise. Tapez bien. Tapez juste !
Bonne semaine
Olivier
www.oliviervadrot.com
