Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - Aubert

Fil des billets

vendredi 11 septembre 2015

Live report ! !

LIVE REPORT ! !

Ou

Téléphone, l’art de l’éphémère

Cela faisait trente ans qu’on attendait. On a failli vieillir. Mais voilà, la bonne nouvelle est tombée, il y a quelques jours et nous a emplis d’une joie incommensurable. Téléphone, le groupe de rock mythique des années 80, se reformera pour un concert unique à Paris, au Point Ephémère. Je me précipitai, alors, pour obtenir un ticket d’entrée, car je voulais en être. Si à quarante-cinq ans, t’as pas vu Téléphone sur scène, t’as raté ta vie. Grâce à mon entregent, il ne m’a pas fallu plus de deux coups de fil, pour obtenir satisfaction. C’est donc avec un immense plaisir, qu’en ce jour, je vous livre le compte-rendu de ce concert exceptionnel.

Sur le quai du canal Saint-Martin, l’ambiance est humide et chaude, en ce 11 septembre 2015. En effet, il est plus de 21 heures et la température vient de monter d’un cran. Ils sont là, devant un public bouillonnant et impatient. Téléphone vient d’entrer en scène sous une ovation royale, celle qui mêle à la fois l’admiration et le profond respect, car oui, nous avons tous du respect pour cette bande de copains qui fait du rock depuis…

Jean-Louis Aubert, bien qu’arborant une crinière d’un gris métal, majestueux, a conservé son sourire juvénile, celui qui faisait craquer toutes nos copines, dès qu’il apparaissait sur un poster de « Best ». Il est heureux d’être là, c’est certain, ça se voit. Louis Bertignac quant à lui, ne va plus chez Dessange, pour se faire faire des mises en plis ridicules, tout autant que ses teintures, depuis qu’il est redevenu guitariste et non plus coach vocal pour TF1 et je dois dire que le gris lui va vraiment mieux. Quant à Richard Kolinka, toujours aussi discret qu’il y a quarante ans, on ne sait qu’il est là uniquement parce qu’on entend de la batterie, sinon…

Bref, vous l’aurez compris, ils sont venus, ils sont tous là. Bien sûr, Corine ne s’est pas joint au groupe et ça manque cruellement, parce que Corine, c’est Corine. De toute façon, les histoires d‘amour finissent mal ! !

Tel

Dans la petite salle s’entassent quelques centaines de fans, parmi ceux-ci, il y a bien entendu de nombreux people, gens de presse et des medias, des politiques et pas mal d’artistes venus voir leur copains « enfin réunis » ! ! Carla Bruni est arrivée en catimini, en limousine noire, escortée de quatre gardes du corps. On a failli ne pas la reconnaitre derrière ses lunettes foncées et le tas de muscles qui l’entourait. Michel Houellebecq n’a tenu que trois titres et a dû sortir pour griller des cigarettes. Aux pauvres hères qui n’obtinrent pas de sésames, mais qui faisaient le pied de grue devant la salle de concerts, l’écrivain leur dit dans un soupir « En fait, heu, je ne sais pas bien ce que je fais ici ! ». « Je pensais qu’on allait boire du bon vin, mais il n’y a que de la bière ! ». Il failli d’ailleurs se prendre une canette de 1664, sur le front. Patrick, admirateur de la première heure du band, ne put retenir son geste et cette phrase laconique, qui en disait long sur les rapports sociaux actuels dans notre pays « salaud de privilégié ! Bobo de merde ! ». Heureusement Nicolas sarkozy, arrivé en retard, pour cause d’entretien au palais de justice, apaisa la situation d’un « Pôv’ con ! », puis d’un « Viens Michel, il doit bien y avoir une bouteille de Beaujolais, dans leur bar ». Ils disparurent, laissant Patrick à sa misère émotionnelle et sa rancœur sociétale.

Le show dura plus deux heures. Bien entendu tout fut joué, de « la bombe humaine », à « Cendrillon », en passant par « Argent trop cher » et « Hygiaphone ». Une reprise des Stones, avec un solo de guitare endiablé, une photo de famille, pour alimenter la page facebook et à dans trente ans ! ! Un joli show, sans surprise. Décevant.

Aubert et Kolinka ne se sont jamais quittés et reprennent régulièrement des titres du groupe ; Bertignac joue tout seul, mais n’oublie pas de s’interpréter ; Quant aux radios, elles diffusent assez régulièrement tous leurs tubes. Les télés les reçoivent toujours avec beaucoup d’affection. On ne peut donc pas dire que nous sommes en manque de Téléphone.

Alors, pourquoi ce concert ? Pour rien.

Olivier

lundi 22 novembre 2010

Le plaisir de l'effort ! !

Le plaisir de l’effort ! !

Ou

Devenir un show man, ça s’apprend

Chers amis,

Je passe, ces jours-ci, beaucoup de temps sur les routes et fréquente assidûment les salles de spectacles. Quel bonheur ! Ces instants sont fragiles et éphémères, mais apportent tellement de joie et de satisfaction que l’on peut par la suite difficilement s’en passer. Je souhaite vivement à chacun d’entre vous, de vivre de pareils moments.

A force de côtoyer des artistes, débutants ou confirmés, et de les observer au travail, je confirme que ce métier, contrairement à ce que beaucoup de jeunes pensent, s’apprend. On ne devient pas vedette par hasard, ni par le seul fait de posséder une jolie voix et de belles chansons.

Trop souvent, les apprentis chanteurs s’abritent derrière leur art pour ne pas vouloir entendre les conseils de ceux qui sont passés avant eux et connaissent de manière certaine les « trucs » qui marchent.

Hé oui, quitte à désacraliser le monde du show business, celui-ci n’est fait que de tours de passe-passe et de magie.

Faisons abstraction de la qualité des chansons. Je me mêle rarement de cette part artistique. Ce n’est pas mon métier de juger si un titre, un disque ou un spectacle est bon ou non. Je peux le penser, mais ne le dis pas. Je laisse cela à d’autres.

Mon domaine de compétence est la communication. Je peux donc juger si un artiste sur scène ou en dehors de la scène est en contact avec son public ou non.

Il y a quelques temps de cela, j’ai vu sur scène une très jolie jeune fille, dont je tairai le nom, car cela n’a que peu d’importance, à la voix chaude et puissante et aux chansons particulièrement accrocheuses. Une heure et demi de show plus loin, quasiment aucun son, entre les morceaux, n’était sorti de sa bouche en direction des centaines de fans présents dans la salle.

Mis à part un « merci » de temps à autre et un « je suis contente d’être à Paris ce soir », rien n’est venu relier l’artiste à son public. Repliée derrière ses chansons et ses cheveux, elle n’a pas crocheté le public comme elle aurait pu le faire, la salle était pleine à craquer et les spectateurs n’attendaient que ça, se faire prendre dans les filets de la chanteuse.

Que lui a-t-il manqué ce soir-là pour faire un triomphe plutôt qu’un succès ? Sincèrement pas grand-chose. Prenons un exemple. A la fin titre très enlevé, le public explose en applaudissements. Que fait la chanteuse ? Elle s’avance face à la foule ? Porte-t-elle la main sur son cœur en signe de remerciement ? Ecarte-telle les bras pour accueillir ses bravos ? Sourit-elle simplement ? Non, rien de tout cela. Elle détourne son regard de la salle, s’adresse à ses musiciens, boit un coup et laisse mourir la clameur en quelques instants.

Je suis un spectateur lambda et je peux vous assurer qu’à cet instant précis j’ai connu une grande frustration. J’aurais tellement aimé que ces applaudissements durent et que la salle entière en soit retournée.

Lorsque j’allais écouter Léo Ferré, je ne m’attendais pas à un show. Je voyais un homme au charisme extraordinaire, qui avec le temps avait su mettre en place des stratégies simples pour happer le public : un coup d’œil, un signe de la main, un baiser envoyer du bout des doigts, des mots murmurés. Pas besoin de plus. En revanche, quand je me rendais à l’Olympia entendre Gilbert Bécaud, nous ne pouvions échapper au grand numéro de cabotinage dont le toulonnais était capable et nous étions là aussi pour ça !

Aujourd’hui, j’aime quand Cali se jette dans le public, quand Didier Wampas se fait porter en triomphe tel un monarque de pacotille, quand Higelin part dans des improvisations sans fin, quand Jean-Louis Aubert, sorti de scène parvient encore à faire chanter le public, quand Stéphane Eicher fait monter sur scène un spectateur et lui colle une guitare dans les mains sans savoir si celui-ci sait en jouer.

Je pourrais multiplier les exemples à l’infini. Il n’empêche que tous ces instants magiques ne sont pas nés d’un simple hasard, ni sur un coup de tête d’un artiste. Non, tous ces moments sont le fruit d’un travail acharné, à savoir ce qui marche ou pas sur le public.

Je terminerai par une anecdote théâtrale. Raimu confiait à Jouvet qu’il avait du mal à jouer une scène difficile. Après avoir longtemps tergiversé, Jules dit : « Je vais la jouer avec mes trippes », ce à quoi Louis répondit « Les trippes avant de les manger, il faut les préparer ». Tout était dit.

Bonne semaine.

Olivier