Requiescat In Pace ! !

Vendredi 13 novembre, au matin, alors que je rangeais des CD qui trainaient dans mon bureau, j’ai remis la main, sur un disque promo, que l’on m’avait remis, lors d’un concert privé, en 2007. « Higelin en plein Bataclan ». L’album a tourné tout au long des treize pistes.

Je redécouvrais avec un certain plaisir des chansons que j’aimais depuis longtemps et d’autres qui ne m’avaient jusqu’alors pas laissé de souvenir impérissable. Mais, une chose retint principalement mon attention : La pochette.

En effet, sur celle-ci, on découvre un Higelin affalé sur le clavier de son piano, comme mort, foudroyé en plein show. Pour ceux qui connaissent la force dramatique que le chanteur sait déployer lorsqu’il est en scène, cette théâtralisation ne choque pas et fait partie du spectacle.

Higelin en plein Bataclan

Dans une salle de concert, il n’y a que les artistes qui se trouvent sur le plateau qui ont le droit de mourir, de cette mort fictive, celle qui fascine le public. Celle qui ressemble, à la mort des enfants dans les cours de récréation, quand ils disent, « allez à trois tu te relèves ! » et repartent vers d’autres aventures le visage inondé de bonheur.

Dans un théâtre, seule cette fausse mort est tolérée, pas la vraie ! !

La religion, étymologiquement signifie « ce qui relie ». Alors, oui, la musique peut être assimilée à une religion. Quoi de plus beau et émouvant que de voir une assemblée, qui au-delà de la pensée de chacun, se réunit et chante en chœur, les mêmes mélodies ? Fait abstraction de ses différences, de sa couleur de peau, de ses croyances et qui en l’espace d’une soirée laisse place au simple plaisir ?

A l’instar d’une église, d’une synagogue, d’un temple ou d’une mosquée, une salle de spectacle est un lieu dans lequel il y a des prières, païennes certes, de la ferveur, de l’amour et du bonheur. Un théâtre relève du sacré, parfois du divin, de la grâce et surtout doit rester un lieu de paix.

Il y a plus de soixante-dix ans, la division Das Reich, commettait un crime contre l’humanité en exterminant presque toute la population, du petit village d’Oradour-sur-Glane. Les hommes furent enfermés et mitraillés dans des granges, dans des remises et les femmes et les enfants, furent brulés dans l’église. Ce à quoi nous avons assisté, avec effroi, ce vendredi 13 novembre 2015, au Bataclan et alentours, m’amène à cette comparaison historique. Qui pensait en entrant dans la salle de concert qu’il allait y perdre la vie ? Personne, bien sûr. Qui y songera, à présent ? Tout le monde…

Je pense à ceux qui ont été pétrifiés face aux détonations et dont le corps s’est figé sur le parquet, dans les escaliers, au balcon, saisis par la mort, en plein concert. Je pense à Guillaume, dont la jolie plume dont il se servait pour écrire dans les Inrocks, s’est envolée, je pense à l’équipe de Mercury, je pense à l’ingé son du groupe qui jouait ce soir-là, ainsi qu’au responsable du merchandising, je pense à toutes celles et tous ceux qui, anonymes, ont perdu la vie.

Je regarde encore une fois le visuel du disque d’Higelin et je me dis qu’à la fin de la chanson, le chanteur s’est relevé et qu’il a salué le public.

Olivier