Résistants ou collabos ?

Chers amis,

Dans notre monde merveilleux du spectacle, nous avons tous été confrontés de près ou loin, depuis quelques années, à ce fameux dilemme : Faut-il travailler avec les municipalités Front National ?

Poings levés

Nombreux sont les artistes qui refusent systématiquement tous contrats provenant de ces communes. D’autres regardent le montant sur le chèque avant de prendre une décision, souvent encadrée par des clauses interdisant la communication autour de l’évènement (on veut bien de votre argent, mais surtout pas de photo…) et enfin une dernière catégorie qui considère que le spectacle est fait pour divertir et que l’on ne demande pas au public sa carte d’électeur lorsqu’il vient assister à un concert.

Le nombre de villes dirigées par l’extrême droite dépassant à peine les dix doigts des deux mains, les cas de conscience sont finalement à ce jour peu nombreux et chacun peut poursuivre sa carrière sans avoir à se poser trop de questions.

Sont arrivées en 2015 les élections régionales. Au soir du premier tour, le Front National avait la possibilité de remporter deux régions : Le Nord et PACA. Les diverses coalitions des partis républicains n’ont pas permis ces victoires, comme on le sait. Au lendemain de ce suffrage, une question me tarauda : Quelle aurait été l’attitude des artistes vis-à-vis, non plus des communes, mais des régions, si celles-ci avaient été détenues par l’extrême droite ? Se seraient-ils dressés en défenseur de la démocratie et auraient décrété dans le même temps que ces terres devaient être considérées comme interdites, se coupant de leur public, puis d’une grande partie d’une manne financière non négligeable, car ce sont justement ces deux régions qui offrent le plus de contrats aux artistes, tout au long de l’année ou sans aucun sens moral ils seraient tout de même allés à la pêche aux cachets avec un ou deux arguments d’une parfaite mauvaise foi qui auraient permis de noyer le poisson ? Fort heureusement la question devait ne jamais être posée !

Aujourd’hui, à l’heure du choix du bulletin à glisser dans l’urne le dimanche 07 mai 2017, peut-on avoir une pensée pour ce qui adviendrait de nos chanteurs en cas de victoire du Front National ? Quelle attitude avoir, puisque là, il ne sera plus question d’éviter telle commune ou telle région ? Devra-t-on taxer ceux qui poursuivront leur activité de collabos car ils iront enchanter les soirées de la populace qui aura mis au pouvoir des gens peu recommandables ou de résistants puisqu’ils défendront face à un public engagé, le poing levé, des idées contraires à celles qui sont soutenues par l’hypothétique locataire du palais de l’Elysée ?

Faudra-t-il dorénavant regarder les chiffres du ministère de l’intérieur avant de se rendre dans une salle de concert ou sur une place de village afin de savoir si les électeurs de la commune ont bien voté ?

Les artistes doivent avoir à l’esprit que le système économique dans lequel ils évoluent est subventionné par de multiples acteurs, à commencer par l’Etat. Le ministère de la culture saupoudre ses aides sur de nombreuses manifestations. Les régions, départements, communautés de communes et communes mettent régulièrement la main à la poche pour que des festivals, des concerts, des évènements festifs existent.

A force de prendre de plus en plus de place dans les institutions, même si ce n’est à la tête du pays, il deviendra impossible d’éviter l’argent venu d’un signataire bleu marine. Alors, que faire ? Les chanteurs poursuivront leur carrière soit en se bouchant le nez, soit empocheront sans vergogne leur chèque et la vie continuera…

Si on en croit les sondages et l’attitude républicaine de nos concitoyens, il est fort à parier que le 08 mai au matin, nous nous réveillerons le cœur léger, sans avoir une boule au ventre et cette question existentielle, dois-je me comporter comme Jean Moulin ou Jacques Doriot ? Nous ne serons ni résistants, ni collabos. Nous ne serons que des intermittents qui tenteront de servir au mieux les intérêts du spectacle, jusqu’à la prochaine fois.

Musicalement.

Olivier