Que reste-t-il de nos amours ? ?

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Il serait temps que les artistes retrouvent « l’envie »

Chers amis,

Lundi de la semaine dernière, j’ai assisté à la remise des « Grands prix de la SACEM ». Comme d’habitude, les soirées d’autocongratulation sont assez ennuyeuses dès les discours commencent. Une fois que les artistes passent devant le micro cela va un peu mieux.

Avoir envie !

J’ai toutefois été très surpris du manque d’envie de la part des impétrants. Je dois préciser que le palmarès est connu longtemps à l’avance et qu’il n’y a donc aucun suspens, aucune surprise. Les artistes montent sur le plateau, s’embrouillent dans des remerciements convenus et sans intérêt, reçoivent une médaille, dont ils ne savent que faire pendant qu’ils interprètent un titre, font un peu de musique et puis s’en vont. On les retrouvera en fin de soirée au bar VIP.

Sur une dizaine de récompensés, un seul m’a fait un véritable effet. Baptiste Trotignon, pianiste de jazz. Lorsqu’il prend place au clavier, son corps se transforme, c’est imperceptible mais visible, il « entre en musique ». Durant les quelques minutes, au cours desquelles il jouera un de ses titres, on le sent pénétré par quelque chose de supérieur. Il est comme touché par la grâce divine. On voit qu’il est dedans et non au-dessus de son piano.

La salle ne s’y est pas trompé et une fois la dernière note jouée, perdue dans le silence de l’écoute quasi religieuse, une vague d’applaudissements a envahi le casino de Paris. L’émotion était palpable. A ce moment-là, il s’est vraiment passé quelque chose. C’est cet instant si infime et si léger que l’on recherche lorsque l’on se rend dans une salle de spectacle. Ces brèves secondes qui nous font aimer la musique, qui nous poussent à revenir sans cesse dans ces lieux obscures, qui nous font battre le cœur un peu plus vite et rêver à des vies plus belles et qui, au fond, donne raison à Nietzsche « Sans musique, la vie serait une erreur ».

Et la jeune génération ?

Mais voilà, il y a un mais ! Cette fougue, ce plaisir de jouer, cette irradiation qui doit émaner du chanteur, je ne la retrouve quasiment plus sur nos scènes ! Qui, de nos jours, enflamme le public ? Quel artiste français monte sur scène et déchaîne les passions ? C’est terrible, mais je pense qu’un des derniers à avoir encore cette capacité à électriser les foules, c’est Johnny Hallyday ! !

Et la jeune génération, alors ? Elle peine ! Quand je repense aux années 60, je me souviens qu’il y avait régulièrement des joutes, montées de toute pièce par des magazines, qui opposaient les Chats sauvages aux Chaussettes noires, dans les 70’s il y avait Ange, Magma, Martin Circus et plus tard on aura Trust, Téléphone, Starshooter, Taxi girl, pour finir en apothéose avec La Mano Négra et Noir désir. Depuis ? ? Archimède aujourd’hui, s’en sort plutôt bien. Sinon ?

A avoir voulu tant démocratiser l’accès à la musique, il me semble que l’on a fini par affadir la filière. Je lis actuellement l’autobiographie de Steven Tyler, le leader charismatique du célèbre groupe « Aérosmith ». J’aime lorsque je tombe sur un passage, au cours duquel, il dit qu’à l’adolescence, il ne laissait rien passer de la mode, de la façon dont ses idoles de l’époque s’habillaient, se coiffaient, se chaussaient, se comportaient. Il jouait à la rock star, pour finir par en devenir une !

Il n'y a plus de star !__

Actuellement, lorsque j’ouvre n’importe quel magazine, je ne tombe quasiment plus que sur de jeunes anglo-saxons, qui me sont totalement inconnus et qui ne véhiculent à mon sens rien d’extraordinaire. A force d’avoir voulu faire descendre les chanteurs dans la rue, on a fini par se priver de la saveur que l’on recherchait auparavant. Les vedettes sont des gens comme vous, comme moi. Ils ne font presque plus rêver et de ce fait, eux-mêmes ne se sentent pas en position de force avec la capacité d’assommer le public en quelques minutes. Ils viennent, chantent, juste ce qu’il faut et puis s’en vont.

Qui parle d’émeute ? De groupies en furie qui attendent désespérément au bas de l’hôtel que leur idole montre son nez ? De filles raides dingues du petit chanteur ? De voiture bousculée par des fans chauds bouillants ? De fausses sirènes d’ambulance pour éloigner la star des mains poisseuses d’hystériques prêtes à tout, pour toucher ce corps, comme on effleurerait une relique ?

Personnellement, je ne vois rien. Si, peut-être sur le net. D’ailleurs, on ne dit plus adoration, on dit buzz. On ne parle plus de spectateur, mais de pages vues. On n’est plus fan, on est ami…

Au casino de Paris, j’ai tout de même vu Jean-Louis Aubert et HF Thiéfaine. C’était bien. Oui, mais eux c’est le passé…

Bonne semaine.

Olivier