Ou

Que restera-t-il de rien ??

Chers amis,

Je rentre de plusieurs jours de tournée, au cours desquels j'ai eu le grand bonheur de découvrir quelques Zénith français. Le spectacle "Âge tendre", que je suis, n'est fait que de bonheur et de joie. Je souhaite vraiment à chacun de pouvoir vivre un jour, le rêve que vous portez en vous. Il est communément admis de dire qu'un fantasme ne doit jamais se réaliser, car bien souvent la réalité est en deçà de l'image que l'on s'est fabriquée. Pour ce qui me concerne, c'est bien le contraire. Mon rêve était bien loin de ce que je vis actuellement, pour mon plus grand bonheur.

L'article de cette semaine porte sur la transmission des connaissances.

En arrivant chez moi samedi matin, j’ouvre ma boite mail et lis le courrier arrivé dans la nuit. Un de ces messages m’annonçait que le dernier disque de Damien Saez était déjà en vente et que je pouvais visualiser le clip sur tel site. Comme j’apprécie cet artiste, je me suis empressé de cliquer sur le lien et de découvrir les images de « J’accuse », son nouveau single. Juste à côté de l’écran était écrit « Pour télécharger l’album, cliquez ici ». Un instant j’ai hésité et finalement n’ai pas acheté en ligne. Pourquoi ? Je possède tous ses disques physiques et ne trouvais pas élégant d’un seul coup de n’avoir plus que des fichiers numériques dans un ordinateur.

Lors de la sortie du troisième album de Saez : « Debie », je promenais ce CD sur toutes les platines de la maison et de la voiture. Ce disque était devenu, l’espace de quelques semaines, le plus important de la discothèque familiale. Nous prenions du plaisir à en décortiquer le livret, lire les paroles des chansons, apprécier la qualité des photos, à regarder le DVD qui l’accompagnait ou tout simplement à toucher le boîtier.

Si aujourd’hui je télécharge 10 titres et que ceux-ci son mélangés à des centaines d’autres dans ma playlist, est-ce que cela n’aura pas tendance à uniformiser ma discothèque ? La dématérialisation affadit le plaisir. Ecouter de la musique c’est autant un bonheur auditif que visuel, que tactile.

Il m’est déjà arrivé d’entrer chez des gens et de remarquer qu’il n’y avait aucun livre, aucun disque, aucune trace de culture dans les pièces de l’appartement. Cette sensation m’a mis mal à l’aise. Ces gens étaient-ils pauvres culturellement ? Je n’ai pas la réponse à cette question, mais ce que je sais, c’est que lorsque vous avez à portée de main des livres, des films, des disques, votre corps et votre esprit travaillent plus et mieux que lorsque vous devez dire à un enfant : « Tu veux écouter les Stones ? Va sur deezer ». Je n’ai pas le moyen de le prouver, mais je sais que le rapport à la culture n’est pas du tout le même que l’on soit face à une œuvre physique ou face à un ordinateur.

Si vous fréquentez les musées, je suis certain que vous comprenez ce que je veux dire. Pour les parisiens qui me lisent, je vous invite à aller faire un tour au Palais de Tokyo et d’y regarder attentivement les peintures de Modigliani. La taille, les couleurs, les nuances que vous y trouverez ne vous seraient pas apparues sur l’écran du dernier mac. J’en suis certain.

Compte tenu de ces réflexions, je me demande à l’heure où le disque physique est quasiment donné pour mort, ce que nous pourrons donner en héritage à nos enfants ? Bien entendu l’accès illimité à des catalogues musicaux donne la possibilité d’écouter et de découvrir une quantité infinie d’œuvres, mais est-ce vraiment en ayant l’opportunité de gaver nos oreilles de sons que celle-ci se forme ?

Une petite anecdote, concernant le téléchargement pour finir. Je côtoie depuis quelques semaines, Jean Lahcène, producteur de nombreux titres qui ont connu de gros succès commerciaux, avec Bonnie Tyler par exemple. Aujourd’hui, il est l’heureux réalisateur d’un titre qui est entré en diffusion sur Fun radio. Ce morceau est bien entendu téléchargeable depuis toutes les plates formes officielles. Il était tout content de me dire qu’en deux semaines d’exploitation, il avait eu environ 700 download.

Je me suis permis de faire un rapide calcul. A 0,99 € la chanson, moins toutes les parts qu’il faut rétrocéder aux différents intervenants, il doit rester dans sa poche à peu près 0,20 €. C'est-à-dire que ses 700 téléchargements vont lui rapporter à peu près 150 € ! Si cela fait encore rêver, alors je n’y comprends plus rien…

Un jour je pense que nous offrirons à nos descendants une clé USB sur laquelle nous serons fiers de pouvoir dire : « Tiens, sur ce support, tu as les 500 disques les plus importants de l’histoire de la musique, les 1000 livres à avoir lus et les quelques 5000 œuvres picturales à connaître ». Le tout sur quelques dizaines de grammes.

Allez, je cours dans un magasin acheter le dernier disque de Saez et vous dirai ce que j’en pense dans un prochain article.

Bonne semaine.