Music Business - Réflexions et conseils - Olivier Vadrot

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lundi 3 octobre 2011

Scène de ménage ! !

Scène de ménage ! !

ou

Y a-t-il de la place pour tous sur scène ?

Chers amis,

Une sensation étrange m’a envahi dimanche après-midi, alors que je me rendais à la cigale, afin d’assister à un concert des légendes du rock’n roll. Dans les couloirs du métro, partout, je voyais des affiches annonçant des spectacles, des concerts, des représentations, des réductions, pour une place achetée, une place offerte, jusqu’au 25 de ce mois, c’est 50 % de réduction… __ Beaucoup trop d'offres__

Un trop plein ! Voilà ce que j’ai pensé en arpentant les quais de la RATP. Je me suis mis à la place des spectateurs et me suis demandé ce que j’irais bien voir, si j’en avais le temps et les moyens ? La réponse est simple et triste à la fois : pas grand-chose.

Non pas que la qualité ne serait pas au rendez-vous, loin de là, mais profusion nuit, j’en suis certain.

Notre société est celle du divertissement, mais aussi une société de non courage. J’entends par là, tout nous arrive déjà mâché dans notre ordinateur. Pourquoi faire un effort pour aller entendre un jeune artiste que peu de gens connaissent, dans des conditions précaires ? Qu’est-ce qui pourrait bien nous pousser hors de chez nous, afin d’assister à des représentations moyennes ? La curiosité ? Par le passée, sans doute, mais aujourd’hui…

Il y a des salles qui, tout de même, s’affranchissent du taux de remplissage, parce que subventionnées. Je pense aux Trois Baudets, par exemple. Il n’est pas rare de voir des artistes à l’affiche, avec un taux d’occupation des sièges payants, flirtant à peine avec les deux chiffres. Heureusement qu’il y a des cartons d’invitation… __ Quel avenir pour les jeunes talents ? __ Un gentil père de famille, de province, voulant produire une date pour son fils, m’a contacté la semaine passée, en me demandant si 500 € de location de salles sur Paris était un tarif « honnête » ? Que lui répondre ? Bien sûr que c’est cher, surtout lorsque personne ne vous connaît. Si vous possédez un petit public qui vous suit, c’est jouable, encore que… Faites le calcul : 50 personnes à 10 € et tout le reste à payer : musiciens, transports, hébergement, c’est juste, non ?

Etant donné que beaucoup d’artistes pensent qu’ils émergeront, quelles que soient les conditions de représentations et que des loueurs de lieux jouent sur cette crédulité, le commerce a de beaux jours devant lui et les chanteurs feront face à des salles désespérément vides…

Paradoxe

Nous vivons un grand paradoxe. L’internet a ouvert des possibilités ignorées il y a peu, laissant croire que tout le monde aurait sa place. La crise du disque a accentué la sensation que les revenus proviendraient davantage de la scène. C’est la ruée sur les planches. En même temps, c’est la place des chanteurs, non ?

Etait-il plus facile de se faire entendre par le passé ? Je ne sais pas. Il y avait moins d’artistes, mais aussi moins de moyens de diffusion. Donc rien n’a changé ! Pourtant nous avons l’impression que tout est possible. Sans doute n’est-ce qu’une impression. Le virtuel est parmi nous.

Encore plus aujourd’hui qu’hier il me semble difficile de se faire une place au soleil, dans Paris. Ailleurs…

Pourtant, je ne cesserai jamais de dire aux jeunes artistes qu’il faut y croire, se battre en permanence et ne jamais baisser les bras, que ce métier est formidable, y compris dans les moments difficiles. Il y a toujours une rencontre, une parole, une idée qui vous redonnera une folle envie de monter sur scène et de continuer votre chemin.

Je vous souhaite plein de succès pour cette nouvelle saison.

Bonne semaine.

Olivier

jeudi 29 septembre 2011

Durée de vie : 90 jours !

Voici le format audio de l'article de cette semaine. 90 jours est la durée de vie moyenne d'une chanson en radio.

mardi 27 septembre 2011

L'été indien ! !

L’été indien ! !

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La durée de vie d’une chanson en radio est très courte…

Chers amis,

C’est l’été indien ! Magnifique. Une saison qui s’étire sur plus de trois mois, c’est tellement agréable. J’espère que vous en profitez tous et que vous vous sentez aussi fort et détendu qu’en plein mois de juillet, au bord de la mer, les pieds dans le sable.

Ha ! L’été indien, c’est malheureusement ce que ne connaissent jamais la plupart des titres qui entrent en radio… En effet, une étude à constater que la majorité des singles, qui passent sur nos ondes, ont une durée de vie moyenne de 3 mois et puis s’en vont.

Le temps d’une petite saison et puis c’est la disparition…

Voilà pourquoi le temps que dure un contrat de promotion n’est pas tellement plus long que ça. Pourquoi passer plus de temps sur un titre qui à peine entré est déjà ressorti ?

Deux solutions : Soit votre single est assez fort et peut espérer une petite prolongation de durée de vie. Je vous le souhaite, car dans ce cas de figure, vous pouvez commencer à penser que vous tenez peut-être une bombe. Soit vous ne faites pas vraiment de vagues et dans ce cas, il vous faudra très vite envisager un changement de fusil d’épaule.

On me dira que les temps ont changé, que la mode est au « toujours plus vite », que les artistes n’ont pas le temps de prendre leurs marques, qu’on ne donne plus leur chance aux chansons et bla bla bla !

Hit parade

En reprenant les classements des « hit parades » des années 70, on s’aperçoit que bon nombre de chansons vont et viennent et que très vite elles sont remplacées par d’autres. A cette époque, les 45 tours fleurissaient comme des pissenlits en plein champ.

Rien qu’au cours de l’année 1978, Boney M a classé 3 titres, de même pour les Bee Gees et Claude François. On pourrait multiplier les exemples sur toute une page. Mais la démonstration est faite. Aujourd’hui, on ne laisse vivre ni plus, ni moins longtemps une chanson qu’auparavant. C’est une question de perception.

Je comprends la déception d’un jeune artiste qui se trouve propulsé sur les ondes avec « sa première » chanson et qui au bout de 90 jours s’évanouit dans la nature.

Vive le web

Par chance aujourd’hui, il existe le NET ! Hé oui ! Vos titres continuent d’exister bien au-delà du simple format radio. Il est vrai que ce média est encore prescripteur, peut-être plus pour longtemps et dans une moindre mesure, mais tout de même, il est encore là !

La magie de l’internet est que vous ne mourrez jamais. Il reste toujours une trace de votre « œuvre » quelque part. N’oubliez surtout pas, en laissant vos chansons, de renseigner si cela est possible, les tags, avec votre nom, c’est évident, mais aussi, le titre, l’auteur, le compositeur, l’éditeur, enfin tout ce qui peut permettre à un moteur de recherches de mettre la main sur vous, même bien longtemps après que vous serez passé à autre chose.

Ne vous focalisez pas sur cette bande FM. Elle n’est pas tout ! Et puis trois mois, c’est quoi ? Rien ou si peu, au regard du temps que vous aurez passé à façonner votre art, à ourler les vers, à agencer vos accords, à fignoler la mélodie. Autant d’énergie mise au service d’une chanson, pour disparaitre aussi qu’elle serait apparue !

Les bonnes chansons traversent le temps. D’ailleurs, nous fredonnons toujours des mélodies très anciennes. Des airs qui n’ont nullement eu besoin d’une radio, d’une télé ou d’un site web pour venir jusqu’à nous.

Je vous souhaite plein de succès.

Bonne semaine.

Olivier

jeudi 22 septembre 2011

Chaud business ! !

Les résultats de l'année 2010, en terme de fréquentation des salles de spectacles, laissent perplexe... Le Live est-il la vraie solution aux problèmes de l'industrie musicale ? A priori, non.

lundi 19 septembre 2011

Simple constat ! !

Simple constat ! !

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Les chiffres du spectacle vivant en 2010 donnent à réfléchir

Chers amis,

Alors que se déroule, en ce moment même, la grande réunion annuelle du PRODISS, les producteurs et diffuseurs de spectacles vivants, l’analyse des chiffres de la saison passée, laisse perplexe.

Plus de spectacles en 2010

En effet, le CNV (Centre National de la chanson et la Variété) a publié les résultats de l’ensemble de l’année 2010. Si la progression du nombre de shows proposés est de 7 %, l’augmentation de la fréquentation quant à elle, n’est que de 2 %.

Les grosses productions, ayant générées plus de 5 millions d’Euro de recettes, ne sont qu’au nombre de 15, alors que l’an passé, il y en avait 17. Ce petit écart entraine tout de même un manque à gagner de 80 millions d’Euro de billetterie !

On nous explique depuis cinq ou six ans que, suite à la brutale chute des ventes d’albums physiques, le Live allait prendre la relève et devenir la vraie source de revenus pour les artistes. Comme par le passé, entendait-on. A l’époque sans doute où il n’y avait que ménestrels et trouvères sur les routes et chemins de nos régions !

Plus de concerts compensent les pertes des ventes de CD

L’idée géniale du microcosme était que les pertes seraient compensées par un plus grand nombre de concerts. Nous avons donc assisté à une explosion du nombre de concerts ces dernières années. Oui, mais voilà, le porte-monnaie des spectateurs n’est pas sans fond et à un moment il faut choisir. De plus, et dans le même temps, le prix des places de concerts a très nettement augmenté. Alors, que faire ? Se rendre à un spectacle dont on est à peu près sûr de ne pas sortir déçu, en y mettant le prix ou plusieurs petites salles, dans des conditions techniques pas forcément exceptionnelles ?

A ces questions, le public a répondu. Il privilégie les grosses machines ! D’ailleurs, en école de commerce, je crois que l‘on enseigne qu’il vaut mieux investir beaucoup, en une seule fois, afin de récupérer assez facilement au minimum sa mise, au mieux un maximum de bénéfices, plutôt que de s’éparpiller sur des petites affaires et au final risquer de ne rien gagner du tout !

Vous aurez remarqué, que les temps de crise économique, ne renforce pas vraiment les secteurs du divertissement. Quand il faut choisir dans les dépenses, il y a des priorités, que l’on comprend tous.

Heureusement que dans notre beau pays, il y a quantité de salles subventionnées qui accueillent des artistes en ne se souciant guère du taux de remplissage. Celles-ci sont enviées, à tel point qu’il est très difficile de s’y faire programmer.

J’aimerais tellement vous tenir un discours inverse et vous dire que tout est beau et que chacun à sa place sur la plus haute marche. Mais la réalité n’est pas celle-là. Les temps sont très durs.

Tournée annulée !

Regardez par exemple la tournée de Sinclair qui a été annulée. On prétextera ce que l’on voudra, mais c’est sans aucun doute que les taux de remplissage, à quelques semaines du coup d’envoi, n’étaient sans doute pas à la hauteur des espérances des investisseurs. Il vaut mieux, parfois, faire profil bas et prendre des décisions qui ne mettront pas en péril l’économie d’une société de production.

L’internet fait croire, encore aujourd’hui, à de nombreux jeunes, qu’il y a de la place pour tout le monde. Ce n’est pas vrai. Trop d’offre tue l’offre ! Je ne crois pas que le marché se purgera de lui-même. C’est à présent impossible. Il y a trop d’espace à occuper (ce qui est très bien pour la liberté, justement). Chacun veut sa petite part du gâteau. Mais à force de grignoter, on finit par piquer les miettes de son voisin et créer de la tension, ce qui entre nous est complètement l’inverse de ce que l’on souhaite, lorsque l’on fait du spectacle ou alors on crève. C’est malheureusement ce qui arrive de plus en plus souvent.

Face à ce constat bien sombre, il faut garder l’espoir. Ne pas baisser les bras. Continuer à se battre au quotidien, poursuivre un chemin fait de travail, de réflexion, de remise en cause. La musique en sortira toujours vainqueur. Les efforts finissent toujours par payer.

Bonne semaine.

Olivier

mercredi 14 septembre 2011

Réseautage obligatoire ! !

Le podcats de cette semaine met en évidence l'importance des rencontres.

lundi 12 septembre 2011

Mobilis in mobile ! !

Mobilis in mobile ! !

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De l’importance de se créer un maximum de contacts

Chers amis,

Comme je suis toujours heureux à la lecture de vos commentaires ! A chaque fois c’est un réel plaisir de savoir que certains ont pris un peu de temps, pour m’envoyer un petit mot, disant combien ils sont soit contents, soit en désaccord avec mon propos. Même si parfois la critique est difficile à encaisser, elle fait partie du jeu. Continuez d’être actifs sur ce blog, cela ne pourra que nous faire avancer mutuellement.

L'énergie du mouvement

Une nouvelle fois, une évidence m’est de nouveau apparue au cours de la semaine qui vient de s‘écouler. Plus vous êtes en mouvement, plus on vous voit, plus vous générez d’énergie et attirez à vous les autres. Je m’explique.

Comme vous le savez sans doute, car je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises ici, je travaille actuellement avec Renaud Hantson. Depuis de longues années, ce chanteur extrêmement doué et brillant est « sorti » du circuit médiatique. Il y a à cela plusieurs raisons, qu’il expliquera lui-même dans un livre à paraitre, en 2012.

Aujourd’hui, pour les besoins de la sortie de son nouvel album « Opéra rock », nous faisons un retour auprès des médias. Il n’est pas encore dans des émissions de Prime time, mais tout de même, il suscite parfois de la curiosité, mais surtout de l’intérêt.

En l’espace de quelques jours, depuis fin août, il a donné plusieurs interviews, pour la presse papier, ainsi que diverses radios. A chaque fois, le scénario se répète. Rencontre avec un journaliste, diffusion de l’info sur un média et dans la foulée, je reçois un appel ou un mail, me demandant la présence du chanteur sur tel évènement, me proposant sa participation à un plateau d’artistes ou m’offrant la possibilité de le faire apparaitre dans tel programme !

Ne pas rester à l'écart

Comment un chanteur que beaucoup apprécient, peut-il passer aussi longtemps inaperçu ? Tout simplement en restant à l’écart de l’agitation médiatique. Je ne rentrerai pas dans le jeu de la critique, de ses productions précédentes, qui pour certains, pourrait expliquer cela. D’ailleurs, cela ne semble pas être un point crucial, car lorsque l’on voit le nombre de flops, en termes de ventes, on est forcé de se rendre à l’évidence que le succès n’a rien à avoir avec la notoriété. Passons.

Le vrai point positif est que plus vous vous montrez, plus on veut vous voir ! Quelle évidence, me direz-vous ! Parfois, il est bon de rappeler ces quelques principes, qui permettent, avec le temps, de rester connecter au monde dans lequel vous souhaitez évoluer.

Il est vrai que je m’adresse plus volontiers aux jeunes artistes, à ceux qui voudraient bien pénétrer ce monde merveilleux, plutôt qu’aux chanteurs aguerris et baroudeurs du métier depuis longtemps. Ceux-là savent bien de quoi je parle.

Réseautage obligatoire !

Quant aux autres, je me permets de rappeler qu’une petite partie de leur succès grandissant se fera par le réseautage. Cette vérité, si souvent mise en avant et enseignée dans les grandes écoles, vaut également pour le show business !

Sortez, serrez des mains, échangez vos cartes de visite, passez des coups de fil, pour vous rappeler aux bons souvenirs de tel décideur, laissez des démos, communiquez sur vos différents sites web, en un mot soyez proactifs ! !

La réussite ne vient jamais à vous sans rien demander ! On pourra toujours me dire que grâce à l’internet, on ne risque plus de passer à côté d’un Mozart ou d’un Van Gogh. Je n’y crois pas. Un artiste qui resterait chez lui, enfermé dans son studio et qui attendrait que son téléphone sonne, n’aurait pas plus de chance de devenir célèbre aujourd’hui qu’il y a trois cents ans !

Il faut qu’il y ait une volonté de réussir à la base de la démarche. Ensuite, il faut avoir le courage, parfois c’est bien de cela qu’il s’agît, de sortir de sa tanière et d’aller à la rencontre des autres.

Plus vous multiplierez les contacts, plus vous aurez de chances de trouver l’ouverture. Celle qui vous permettra d’aller plus loin. Attention, rien n’est jamais acquis dans ce métier. Ce que tu as aujourd’hui, tu peux le perdre demain. C’est pour cela qu’il faut en permanence être « sur le coup », ne rien lâcher et être toujours en recherche.

Ce sport demande une discipline et un esprit de fer ! Si vous ne l’avez pas encore, il faut vous armer rapidement.

Je vous souhaite plein de succès.

Bonne semaine.

Olivier

jeudi 8 septembre 2011

Comment placer des chansons ?

Le podcast de cette semaine traite du placement de chansons auprès d'interprètes.

lundi 5 septembre 2011

Ma chanson leur a pas plu ! !

Ma chanson leur a pas plu ! !

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Comment placer des titres auprès d’interprètes

Chers amis,

Aujourd’hui, c’est la rentrée des classes. Ce jour sonne définitivement la fin de la période estivale et nous pousse doucement vers l’automne, avec son cortège de jours sombres et tristes. Réjouissons-nous tout de même, car c’est aussi le moment de l’année qui nous permet d’envisager les futures prestations artistiques que nous aurons gérer au printemps prochain ! Le monde merveilleux du spectacle ne s’arrête jamais. Il nous empêche ainsi, d’être empêtrés dans un quotidien sans perspective d’avenir.

Je suis particulièrement heureux de savoir qu’avec Renaud Hantson, avec qui je travaille depuis quelques semaines, nous avons déjà des dates de concert arrêtées sur nos tablettes, en décembre prochain, mais aussi des options pour juin et juillet 2012 !

Placer des titres

Cette semaine, ce n’est pas d’avenir que je souhaite vous parler. Il se trouve qu’au cours de l’été, j’ai reçu plusieurs mails, d’artistes qui me suivent sur ce blog et qui m’ont fait à chaque fois la même demande : « Je suis auteur-compositeur et j’aimerais placer des titres auprès de chanteurs renommés. Pouvez-vous m’aider ? »

Je vais me permettre aujourd’hui d’expliquer comment le placement de titres fonctionne.

Il y a en fait deux solutions. Tout d’abord, vous connaissez personnellement un chanteur, un membre de son entourage ou vous avez tout simplement trouvé un contact direct et avec du culot, vous osez vous lancer. Vous faites passer un texte ou un MP 3. L’artiste vous dira ce qu’il pense de votre travail, s’il est intéressé ou non, si son Directeur artistique a également flashé sur ce que vous proposez ou pas, si leur priorité est à la recherche de nouveaux auteurs... Peut-être parviendrez-vous à nouer un contact fructueux et ainsi une nouvelle collaboration verra le jour.

Contacter les éditeurs

L’autre solution, à la fois plus « anonyme », mais aussi plus vaste, consiste à contacter directement les maisons d’édition musicale. En effet, le placement de chansons, auprès d’interprètes, fait partie de leur travail. Pour cela, elles doivent avoir en permanence des textes à proposer, soit au chanteur, soit à un compositeur, soit encore à un producteur. C’est pour cela, qu’il ne faut pas craindre, comme un romancier envoie son manuscrit à toutes les maisons de Saint-Germain des prés, poster vos œuvres en direction des sociétés de publishing qui existent. Tout d’abord, on prend contact par téléphone, on obtient le nom d’une personne qui donnera de son temps en lisant vos travaux et on met au courrier.

Le point positif de cette démarche est que si vous entrez dans une écurie d’auteurs, cela vous permettra de toucher plus d’artistes que si vous n’en aviez démarché qu’un seul. Souvent un auteur veut travailler pour tel chanteur. Le rôle de l’éditeur est de faire circuler les œuvres qu’il détient et de les proposer aux interprètes les plus à même de se les approprier. Le point négatif est que vous pouvez être perdu au milieu d’une ribambelle d’autres auteurs et passer totalement inaperçu.

Les places sont chères

L’ambition de vouloir offrir des textes aux derniers gros « vendeurs » est grande et généreuse. Bien entendu, on me demande plutôt de contacter Florent Pagny ou Yannick Noha, que d’illustres inconnus. Comme vous pouvez l’imaginer, ceux qui détiennent les places de fournisseurs de rimes y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. En France, les droits d’auteur sont particulièrement intéressants et convoités. Si vous avez la chance d’être présent sur un opus, sorti par celles et ceux qui n’écrivent pas leurs propres textes, et d’arriver en tête des ventes, alors le chèque que vous toucherez pourra être conséquent. Voilà pourquoi certaines places relèvent du « domaine réservé » et qu’il est très compliqué de s’y installer.

Un dernier petit conseil, qui à mon avis vous évitera de vous retrouver trop rapidement dans la corbeille de votre lecteur, c’est d’appuyer vos démarches avec des argumentaires pompeux vous concernant. J’ai reçu des mails comportant des phrases telles que : « Je pense être un des meilleurs auteurs actuellement sur le marché », cependant personne ne le connaît, mais passons ou « Mon écriture correspond tout à fait à l’univers d’untel » et j’en oublie. Laissez à l’éditeur et à son chanteur le soin de savoir si celui-ci a envie de défendre ce que vous lui proposez. Il ne faut pas perdre de vue que l’artiste devra entrer dans vos mots, dans votre univers pour en faire le sien. L’exercice est périlleux, mais passionnant. Si cela marche, alors vous n’êtes pas à l’abri d’une bonne surprise.

Je vous souhaite plein de succès.

Bonne semaine.

Olivier

mardi 30 août 2011

Les 3 clés du succès !

Les trois clés du succès vous seront données dans ce podcast.

lundi 29 août 2011

Alchimie ! !

Alchimie ! !

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Les trois clés du succès

Chers amis,

Bien que le mois d’août ne soit pas tout à fait fini, c’est déjà la rentrée pour beaucoup d’entre vous. Qu’ils semblent loin la plage de sable fin et l’horizon avec le soleil couchant qui embrasait le ciel chaque soir. Ce scénario était réservé aux plus chanceux, car combien de concerts annulés pour cause d’intempéries ?

Succès

Je vous espère donc tous en pleine forme et bardés de courage, force et volonté pour affronter cette nouvelle saison. Comme d’habitude, je publierai tous les lundis, un article consacré au Music business, qui je le souhaite, vous aidera à mieux cerner cet univers impitoyable !

Le succès !

Cette semaine, rentrons directement dans le vif du sujet. Qu’est-ce que le succès ? Cette question m’a été posée par une jeune journaliste, qui bien failli me fiche en l’air une partie de mon premier week-end du mois de juillet ! En effet, le succès c’est quoi ? Cette interrogation journalistique faisait suite à un constat d’échec de plusieurs albums sortis par des gens portant un nom déjà installé dans le monde du show biz, mais n’ayant pas connu la gloire tant attendue. La demoiselle faisait référence entre autre à Mélanie Laurent et au flop de son premier disque.

La question n’était pas si dénuée de tout sens. En effet, sur quels éléments se fonde le succès ? J’ai noté trois points essentiels à la réussite d’un projet, autrement appelé succès.

Le produit

Le premier élément est « le produit ». Il va de soi que lorsque l’on se lance dans l’aventure musicale, l’opus qui sera livré au public devra être une somme d’autant de réussites qu’il y a de pistes à écouter. Ne parier que sur une chanson ou deux, pour vendre plusieurs milliers d’albums est une erreur. Chaque titre doit être un single en puissance. Chaque chanson doit être travaillée comme si elle était la seule à exister. Il faut que l’on se dise à l’écoute du disque « Je ne sais laquelle choisir pour les médias. Elles sont toutes excellentes ! »

Le public

Le second élément et non le moindre est « le public ». Je devrais dire plutôt « son public ». Je rencontre énormément de jeunes artistes qui veulent, avant toute chose, être dans les journaux, sur les radios, qu’on parle d’eux dans le poste ! Quand je demande où ils en sont dans leur parcours, bien souvent la réponse sonne creux et mis à part une prestation sur le parvis du bureau de poste de leur commune, le jour de la fête de la musique, il n’y a pas grand-chose. Soit vous avez acquis un public et des fans avec les années et quand votre produit sortira vos acheteurs seront déjà là, à attendre impatiemment la galette toute chaude, soit vous bénéficiez d’un service promo, lié à une major, qui bombardera un titre sur les ondes et avec un peu de chance, fera grossir votre communauté de fans de manière exponentielle.

Le nom de l'artiste

Et enfin le dernier point, pour moi le moins important, c’est « le nom » de l’artiste. Je dis le moins important car l’histoire du disque nous prouve que vous pouvez avoir été en haut de l’affiche pendant de nombreuses années et en être descendu, pour y remonter cela n’est pas chose facile. Cela peut aider, mais ne fera pas tout. Je pense aussi à tous ces « fils de », qui n’ont d’autre carte de visite que celle de leur père ou mère connus de tous, mais qui leur font une ombre terrible. Si Chédid, Dutronc ou Higelin sont arrivés à percer, c’est bien grâce à leur valeur artistique et non par un simple tour de passe-passe familial ou médiatique.

Le succès c’est une alchimie très compliquée. Vous pouvez avoir une œuvre de grande qualité et ne pas trouver votre public. Souvenez-vous des années de galère de Gainsbourg et de ses premiers disques 25 cm qui ne se vendaient qu’à quelques exemplaires. Vous pouvez avoir un nom grand comme la façade de l’Olympia et faire un flop avec un album, voyez les chiffres du dernier Hallyday. A l’inverse vous pouvez connaitre une vraie bonne surprise. Ce fut le cas pour le premier disque de Carla Bruni. Un top model qui se reconverti dans la chanson et puis quoi encore ! Bingo ! Un label qui pensait n’en vendre qu’une grosse poignée se retrouve avec un des plus gros cartons de l’année 2002 !

C'est le public qui choisit !

Aujourd’hui même, le succès de Nolwenn Leroy s’explique par les trois points exposés plus haut. La qualité de production de ses reprises ; Ses fans qui la suivent depuis plusieurs années, plus le grand public qui se retrouve dans des chansons qui font partie de l’histoire de chacun (qui n’a pas chanté la jument de Michao pendant des vacances en Bretagne ?) et enfin l’interprète qui n’est plus à présenter.

Quoi qu’il en soit, au bout du compte c’est le public qui finit par rendre son jugement. Celui-ci n’est jamais définitif, mais il est vrai qu’attendre que la postérité fasse le reste, c’est un peu rageant.

Je vous souhaite plein de succès pour cette nouvelle saison.

Bonne semaine.

Olivier

vendredi 26 août 2011

"Opéra rock", nouvel album de Renaud Hantson

Opéra rock

A l'occasion de la sortie du nouvel album de Renaud Hantson "Opéra rock", dans lequel il a souhaité rendre hommage aux spectacles musicaux, j'ai plaisir à vous offrir un premier single : "Can you feel the love tonight". Cette chanson a été enregistrée en duo avec Pablo Villafranca.

mercredi 24 août 2011

Francis Lalanne

Quartiers d’été

Francis Lalanne

Casino 2000 08 novembre 2008

Francis_Lalanne_Mondorf_mail.jpg

La salle est vide. Les lumières du plateau sont éteintes et les techniciens finissent de démonter le matériel de scène. Je suis dans la longue file d’attente. Après une demi-heure de patience, je pénètre enfin dans la loge de Francis Lalanne. Je le félicite pour le superbe concert auquel je viens d’assister. Nous parlons aussi de théâtre, Dom Juan… Il est ému de savoir que j’étais présent aux Bouffes du nord, lors de la dernière représentation de la pièce de Molière, dans laquelle il tenait le rôle principal. Pour me remercier, il dénoue son catogan et m’offre son ruban. Je le quitte en paraphrasant sa chanson : « Je ne sais pas où, ni quand, mais je suis certain qu’on se retrouvera ». Décembre 1989, Autun, Salle de l’hexagone.

- Allo Christian, j’ai une mauvaise nouvelle. Je suis obligé d’annuler le concert de Gérard Blanc. Il est actuellement dans le coma en Crête. - Ha. On est à un mois-et-demi de la date. Tu peux me proposer qui à la place ?

Cela faisait un peu plus d’un an que j’étais au service de l’ex-leader de Martin Circus et m’étais contenté de faire la promotion de son dernier album et de son Olympia auprès des radios de province. Cerise sur le gâteau j’avais réussi à le placer pour deux soirées dans la programmation du Casino 2000, de Mondorf les bains, au Luxembourg. C’était pour moi une étape importante dans le développement de mon parcours. Mais voilà, une foutue maladie met mon artiste à terre et mes espoirs en miettes.

« Tu peux me proposer qui à la place ? », cette phrase résonne de longues minutes dans mes oreilles. Je débute et ne connais personne ou presque. J’ai bien croisé une fois Phil Barney, mais ce n’est pas le même calibre que Gérard. Je ne peux décemment appeler Brigitte Blanc et lui demander, pendant ses heures d’attente, dans les couloirs de l’hôpital d’héraklion, de me dégoter deux, trois numéros de téléphone de copains qui pourraient éventuellement remplacer son mari.

Une chose me revient en mémoire. Gérard Blanc a écrit une chanson avec Francis Lalanne. Voilà, le lien est fait. Je cherche sur Myspace la page de Lalanne. Une petite ligne indique : pour toute demande de spectacle, cliquez sur le lien. Je m’empresse de passer mon curseur sur la phrase qui passe du blanc au bleu et ouvre une page de messagerie.

Mon texte est succinct. Je mets en avant l’aspect relationnel qui relie les deux artistes et la situation catastrophique dans laquelle se trouve Gérard. Je demande si Francis accepterait de le remplacer sur cette date. Je laisse mes coordonnées. On ne sait jamais. Je clique sur envoyer.

Je pense qu’il y aura un retour à ce mail, car je sais que les chanteurs sont toujours à l’affût d’une date supplémentaire, mais en même temps, je me dis que ce serait trop beau que mon premier concert soit avec Francis Lalanne !

Plus tard dans la journée mon téléphone sonne. C’est le régisseur de Francis ! Il me demande quelques renseignements complémentaires sur la technique, la salle, le train, l’hôtel, le cachet… Je ne suis pas habitué au jargon du métier et me perds dans les VHR, D.I, TVA à 5,5 % ou 19,6 %, le catering… J’essaie de répondre du mieux que je peux, avec une assurance tout droit sortie des cours de théâtre suivis il y a 20 ans. « Bon, je vois avec Francis et je te rappelle ».

Une journée qui dure une éternité, vous savez ce que c’est ? J’ai expérimenté pour vous. C’est très, très long ! Dans la soirée, alors que je n’y crois plus, nouvel appel. « C’est bon pour Francis ». Je cache ma joie, immense. Je vais travailler avec Francis Lalanne ! ! Encore faut-il que le casino soit d’accord. J’appelle Christian.

- Je crois que j’ai trouvé : Francis Lalanne. Par amitié pour Gérard, il veut bien venir au Casino. - Très bien, ça me convient tout à fait.

Jusqu’au jour de la date, j’ai craint, à tout moment, qu’un nouvel appel vienne contrarier mon destin. Le jour J arrive enfin. Je retrouve le chanteur accompagné de son régisseur, dans une brasserie face à la gare de l’est. C’est bon, nous partons pour le Luxembourg !

La petite salle du Purple lounge est pleine à craquer. Une des meilleures audiences réalisées pour un concert dans ce lieu. Le public est debout, serré, assis sur les marches, penchés sur le balcon. Il y a une ferveur quasiment palpable. Je suis accroupi sur le côté de la scène. Il n’y a que là que je puisse me poser. Alors qu’il a été plutôt sombre et concentré tout au long de son récital, Francis se détend vers la fin. Il entame un dialogue avec les spectateurs, qui lui réclament « La maison du bonheur », « Ma p’tite Véro » et d’autres chansons devenues des classiques. Il propose alors, de faire une soirée Karaoké. C’est à ce moment-là que j’en profite pour figer, sans doute, un des rares sourires de notre voyage.

Même si la photo n’est pas extraordinaire, elle demeure pour moi un symbole. Croire en son rêve et s’en donner les moyens, ne peut que déboucher sur la réussite.

J’ai, depuis, travaillé à plusieurs reprises avec Francis, toujours avec le même plaisir.

Bonne semaine.

lundi 15 août 2011

Jacques Higelin

Quartiers d’été

Jacques Higelin

EMI 04 décembre 2007

Jacques Higelin

Il n’avait pas enregistré d’album studio, avec ses propres compositions, depuis huit ans. Pour ses fans, une éternité ! En 2006 sort le très attendu « Amor doloroso ». Un retour gagnant pour Higelin. Une tournée l’entrainera sur les routes de France et d’ailleurs. Un tel succès qu’un Live est enregistré à Paris, au Bataclan.

Alors que nous connaissons tous l’esprit rebelle et anarchique de l’artiste, celui-ci se trouva pris au piège, lorsque sa maison de disques lui concocta, en partenariat avec une grosse chaîne de distribution, un concert privé, réservé à une centaine de bons clients fidèles. Le révolté était obligé de se plier face au système…

Une amie m’appela et connaissant mon goût pour le chanteur, me proposa de partager son accréditation. Rendez-vous fut pris face aux locaux d’EMI, au nord de Paris. Nous pénétrâmes dans la toute petite salle, réservée aux show case, un peu avant le public. Régisseur et techniciens s’activent encore à arranger la scène, afin qu’aucun câble, aucun fil ne viennent gêner les déplacements d’Higelin et de ses musiciens.

Les portes s’ouvrent et les 250 veinards se pressent dans notre dos. Je suis collé contre la scène, à hauteur des genoux. Mon sac contenant tout mon matériel entre les jambes. Pas très confortable, car cela veut dire que la place que j’ai, je dois la garder, au risque de ne pas en trouver une autre tout aussi bonne. A vrai dire, je sens que moi et mes camarades photographes ne sommes pas vraiment les bienvenus, comme souvent…

On nous a briefés. Comme d’habitude, on a le droit aux trois premiers morceaux et ensuite on doit tout arrêter. Dans leur grande mansuétude, les organisateurs ne nous ont pas demandés de sortir. On pourra donc rester jusqu’au bout. Super !

Le grand Jacques entre en scène. Il est vêtu d’un grand imperméable. Il ressemble à un aventurier de l’arche perdu… Il défile ses chansons. Beaucoup de nouvelles, celles du dernier album. Bien entendu quelques anciennes. Il est entouré d’une bande de musiciens exceptionnels. Il y a son vieux complice « le docteur Mahut », comme il l’appelle, aux percussions et à la guitare Yan Péchin, un génial fou furieux, que j’avais déjà entendu aux côtés de Thiéfaine.

Passé le troisième morceau, la question se pose : tout ranger ou grapiller quelques images supplémentaires ? Parfois, plus tard dans la soirée, la lumière est meilleure ou le costume de scène change ou le chanteur « donne » plus vers la fin du show. Je décide d’attendre.

A quelques mètres de moi, un confrère qui, se sentant sans doute libre car sans surveillance, continua de mitrailler Higelin. Le pauvre n’eut pas la présence d’esprit de calmer son déclencheur au cours d’une chanson calme. D’un seul coup, il le fusilla du regard et de la parole. Les mots exacts, je les ai oubliés, mais je sais que je n’aurais pas apprécié être à sa place.

Donc, tout naturellement, je baisse les mains qui tiennent mon 20 D et les passe dans mon dos. Il faut laisser passer la tempête. Je repasse en mode « simple spectateur ». Assisté à ce concert privé est plus qu’agréable, ne gâchons pas notre plaisir.

Je reste tout de même à l’affût. On ne sait jamais, une belle posture, un jeu de lumières, une attitude spectaculaire et une bonne photo peut être faite.

C’est au cours d’un pont que Jacques prit cette position, sous une douche de lumière blanche. Une image religieuse m’apparût. Je crus me trouver face au martyre de Saint-Sébastien. Un homme qui sourit presque sous le coup des flèches reçues. Une pause quasi extatique.

Dans le volume sonore personne n’entendra le moteur de mon appareil tourner. Je cadre et appuie. Quatre, cinq fichiers sont enregistrés. Je range aussi vite mon appareil que je l’avais sorti. Je ne découvrirai mes photos qu’au sortir du concert.

Le reste de la soirée fut très rock’n roll et passionné, comme chaque fois que Jacques Higelin monte sur scène. On sait quand ça commence, pas toujours quand cela finit et surtout ce qu’il y aura à voir et à entendre. De toute façon, on n’est jamais déçu.

Bonne semaine.

lundi 8 août 2011

Bernard Lavilliers

Quartiers d’été

Bernard Lavilliers

Place de la République 2 avril 2006

Bernard Lavilliers

- Allo ! Olivier ? - Oui ! - J’ai une conférence de presse, mercredi après-midi. T’es libre ?

Tu penses que je suis libre. Cela ne fait que quelques semaines que je suis officiellement photographe et on me propose déjà de couvrir une conférence de presse. Pour moi, c’est la gloire.

- Bien sûr ! C’est quoi ? - Il y a un concert dimanche, place de la République, organisé par la Ligue des Droits de l’Homme. Ils font une présentation de l’évènement et il y aura des artistes. - J’y serai.

Le jour dit, je me retrouve dans les locaux de la LDDH. Un rez-de-chaussée triste, une salle de réunion mal rangée, du bazar partout et face à moi des responsables de la cause et des artistes. Je n’en connais aucun ! Il y a, me dit-on un membre des Têtes raides, mais je ne sais pas lequel… La responsable de la com annonce le programme. C’est ainsi que je mets un visage sur Lola Laffon et Akli D.

Ce qui m’intéresse le plus, malgré tout, c’est l’obtention de mon accréditation pour le concert de dimanche, car en plus de ces jeunes chanteurs, il y aura sur le plateau : Didier Super, Lo’Jo, Souad Massi, Loïc Lantoine, Didier Lockwood, Dyonisos, Cali et Bernard Lavilliers ! Que du beau monde et surtout, une nouvelle fois, la possibilité d’engranger des images d’archive, d’une dizaine d’artistes, en une journée !

En ce jour consacré à la lutte contre « l’immigration jetable », c’est le slogan choisi par la ligue, le temps est incertain. Les nuages diffusent la lumière et tout à coup le soleil déchire le ciel et vient bruler toutes les parties claires des clichés. Pas de panique. Je suis là pour apprendre. Je remplis des cartes mémoires, avec quantité de fichiers destinés, in fine, à la corbeille.

En début de soirée, alors que la lumière est très bonne, on annonce enfin la venue sur scène de Lavilliers.

Aux U.S.A, il y a Bruce Springsteen, en France on a Bernard Lavilliers. Je sais bien que cette comparaison fera sourire, mais j’y tiens. Je ne parle pas du nombre de disques vendus, ni de stades pleins à craquer, non je veux dire l’impression que le stéphanois donne lorsqu’il apparaît. Une présence comme peu d’artistes en possèdent. Il y a des chanteurs qui doivent multiplier les efforts et les effets pour s’installer sur la scène. Lavilliers, la simple morgue de son regard, suffit à mettre les 10 000 personnes de la place de la République sous sa coupe. Il ne fait rien Bernard pour exister. Il est là.

Une guitare sanglée autour de son cou, il chante son tube du moment « Les mains d’or ». Tu penses, avec un public acquis à la cause des plus démunis, cette chanson fait un véritable carton. Puis il interprètera un autre titre adapté à l’évènement, dont le célèbre refrain dit que « La musique est un cri qui vient de l’intérieur ».

C’est au cours du salut, avant de quitter la scène que je fige ce portrait. Aucune démonstration de joie. Pas d’exubérance. Tel un monarque offrant son œuvre au peuple, Lavilliers se fait applaudir, quasiment acclamer et s’en va.

Certains de mes amis n’aiment pas cette photo. Ils lui trouvent un air supérieur, presque dédaigneux. On m’a même dit qu’il se prenait pour le Ché ! Pourtant, je trouve que cette attitude lui va bien. La contre-plongée augmente l’impression de domination.

N’oublions pas que c’est en forgeant son image que l’on crée son personnage. Ce que j’ai sous les yeux ne me semble pas être en décalage avec ce que j’entends sur ces albums. L’osmose est parfaite. Joue-t-il un jeu ? Se prend-il au sérieux ? Je n’en sais rien. Et puis, qui sait qui est vraiment Bernard Lavilliers ? Un chanteur, c’est tout.

Bonne semaine.

lundi 1 août 2011

Mano Solo

Quartiers d’été

Mano Solo

Olympia 18 septembre 2006

Mano Solo

Dans nos vies, il y a des routes que l’on croise. Des chemins parallèles, qui de temps en temps oublient la réalité géométriques et finissent par se frôler.

Au beau milieu des années 90, alors que je fréquentais le milieu théâtral et rêvais d’une carrière sur les planches, la pièce que notre compagnie venait de monter avait été, à notre grande surprise, choisie par le directeur du Tourtour, célèbre salle rue Quincampoix, à côté de Beaubourg, pour tenir l’affiche tout l’été.

Nous allions prendre le créneau détenu depuis plusieurs semaines, par Mano Solo. Celui-ci était fermement soutenu dans sa démarche artistique par le directeur de la salle, qui le recevra souvent sur son plateau, y compris lorsque la carrière de Mano sera pleine de succès et lui permettra d’investir des lieux vingt fois plus grands.

« La marmaille nue » tournait en boucle chez moi. Encore trop jeune et pas assez sûr de moi, je n’ai pas osé, alors que nous installions notre décor et que Mano et ses musiciens enlevaient matériel et effets personnels des loges, l’aborder pour lui dire le plaisir que j’avais à écouter ses titres et à gratouiller quelques chansons sur ma guitare. Nous nous sommes croisés, salués, souris et ce fut tout.

Une des premières grosses manifestations musicales à laquelle je me suis rendu, en tant que photographe, se tenait sur la place de la République. Parmi les têtes d’affiche : Mano Solo. Arrivé, puis reparti aussi vite, je n’eus pas le temps de contourner la scène pour tirer quelques portraits.

Lors de la fête de l’Huma qui suivit, je croisai un autre photographe qui me fit savoir que le mardi suivant, Mano serait à l’Olympia. Je fis en sorte de connaitre le nom de la personne qui gèrait les accréditations et pris contact le lundi matin à la première heure. J’obtins sans trop de problème le précieux sésame.

Ce soir-là, nous étions peu nombreux dans l’espace réservé aux photographes, mais la salle du boulevard des Capucines était pleine à craquer. En première partie Loïc Lantoine nous donna une prestation poétique et rock’n roll, à la fois. Des textes plus slamés que chantés et une contrebasse pour seul instrument. La lumière n’était pas bonne. Tout en contre. Rien de face. Un peu de côté et c’est tout. Cela s’arrangera pour la tête d’affiche, pensais-je…

Mano Solo est entré sur la scène accompagné de trois musiciens et de son chien, un beau berger allemand ou y ressemblant furieusement, un bandana autour du cou en guise de collier. Grand, sec et coiffé d'un chapeau, le chanteur ne donnait pas son visage. Et ces éclairages qui ne changeaient pas. On en prenait plein les yeux, au sens propre. Comme souvent, allez savoir pourquoi, dans les concerts, on ne sert pas les meilleures lumières aux photographes, pourtant venus pour donner une bonne image des artistes. Nous allons donc avoir un contre-jour permanent et une silhouette fantomatique face à nous.

Dans ces situations, un peu tendues, il y a quelques minutes de stress. Comment sortir d’ici avec au moins un bon cliché ? Il faut faire vite, tout essayer : Gros plan, plan large, américain, focales courtes et longues se succèdent. On va à droite, à gauche, non pas au centre ! Micro sur pied, collé à la bouche. On ne voit rien.

Il faut se résigner après le deuxième titre et se dire qu’on n’aura sans doute pas le portrait classique tant attendu, avec le regard. Alors on joue la carte de l’esthétique, on s’amuse avec les couleurs, les effets, la fumée qui envahit le plateau pour donner forme au rais lumineux.

Et puis, à un moment, alors qu’une douche blanche et découpée baigne l’arrière du corps du chanteur, Mano tourne légèrement son visage et entre dans la lumière ! Dans mon viseur j’ai ce qu’il me faut. Travaillant tout en manuel, je joue en permanence avec les ouvertures et vitesses d’obturation. Là, il me fallut régler très rapidement. Trop ouvert, j’aurais cramé les blancs et obtenu un visage surexposé. Trop rapide, je n’aurais pu détacher que le projecteur du fond et perdre le corps du chanteur.

Par chance, il reste trois ou quatre secondes dans cette position. Juste le temps, pour moi, de tester plusieurs formules. Ce sera finalement 2,8 et 1/80, 70mm, pour 1600 iso.

Je suis resté dans la salle pour assister à tout le concert. La lumière sera identique jusqu’au bout. Un grand sentiment de frustration envahira le public. Beaucoup ont eu la sensation de ne pas avoir « vu » Mano Solo. Quant à moi, ce jour-là, je n’ai eu qu’une « bonne » photo.

Bonne semaine.

lundi 25 juillet 2011

Iggy Pop

Au cours des quelques semaines de vacances de juillet et août, j'ai décidé de vous envoyer une carte postale par semaine.

Chaque lundi, je vous raconterai l'histoire d'une photo, issue de mes archives personnelles. Mon premier contact avec le Music Business a été par la magie de l'image.

Quartiers d’été

Iggy Pop

Fête de l’Humanité 2007

Iggy Pop

Il est des rendez-vous immanquables lorsque l’on aime l’odeur des frites et la musique. « La fête de l’Huma » a lieu tous les mois de septembre, depuis très longtemps. D’habitude il pleut, lors du rassemblement communiste. On patauge dans la gadoue, avec le sourire des enfants qui savent qu’en rentrant crottés ils vont se faire gronder, mais ça n’est pas grave, on aime ça et on en profite.

En 2007, point d’humidité à l’horizon. Je peux même dire que la météo était plutôt tendance Joe Dassin, « L’Eté indien » sur le parc des expos de La Courneuve. Comme l’an passé, Claudie et Hugues m’ont permis d’obtenir les sésames qui donnent accès aux différentes scènes. L’affiche était prometteuse. Olivier Ruiz, Ayo, Grand corps malade, Luke, Razzorlight, John Buttler trio et celui que tout le monde attendait Iggy Pop.

Tous les concerts se déroulent de la même manière pour les photographes. Nous attendons, parqués dans un espace attenant à la grande scène. Avant le début de chaque prestation, on nous invite à nous installer dans « la fosse » (espace réservé, de quelques mètres de large, entre le public dans notre dos et le service d’ordre au pied de l’estrade).

Chacun trouve sa place. Il y en a qui aiment être juste en face, d’autres préfèrent se positionner sur le côté, au fond, en contre plongée. Certains bougent sans arrêt. Chaque photographe à son angle de choix. En prenant des clichés en rafale, on peut très bien en dix minutes collecter des centaines de photos. On fera le tri plus tard.

Le mot d’ordre toujours le même : « Les trois premières chansons ». A partir du quatrième titre, les gros bras nous poussent gentiment hors du secteur délimité et nous sommes priés d’obtempérer avec le sourire. Là, nous avons le droit d’attendre le concert suivant. On peut toujours se rendre au bar et commander une coupe de Champagne, que l’on paie une fortune. On ne plaisante pas avec les bulles chez les cocos.

Lorsque vous photographiez un groupe comme Luke, c’est presque ennuyant et pas très drôle. Ils sont quatre, plantés derrière leur instrument ou un micro, pendant quarante-cinq minutes. Rien ne bouge. La première chanson ressemble à la dernière. Un bon portrait du chanteur en boite et on s’en va, pas fâché de savoir que le spectacle suivant sera certainement plus mouvementé.

En cette soirée, du 15 septembre 2007, aux alentours de 22 heures, un afflux de photographes, sortis dont ne sait où, débarque. On nous l’annonce depuis plusieurs heures. Il sera là dans quelques instants. Iggy Pop montera sur la grande scène.

Dans la fosse, c’est un peu la bagarre. On joue des coudes. On se bouscule un peu, pensant que l’on à la meilleure place, que de là où l’on se trouve, on ne manquera rien. Pas un geste, pas une attitude ne nous échappera. Derrière moi, appuyé contre la barrière de sécurité, un photographe habitué de ce type de rassemblements nous regarde amusé. Alors que je lui lance « T’es tranquille là ? », il me répond « Aucune importance où que tu sois, tu seras bien ! » En attendant, je joue le jeu comme les autres, je me déplace et finalement prends le poste que je peux !

Philippe Manœuvre entre dans la lumière et nous annonce de sa voix d’adolescent en pleine mue « Ouaissss, il est là ! Pour vous : IGY POP ! Rock’n roll ! ! » A cet instant, la meute de photographes n’est plus que marée humaine. Iggy n’est pas chanteur à tenir en place. Il court, il saute, il monte, il descend, il danse, prend la pose (pas longtemps), grimpe sur les amplis, avance, recule, ne reste pas plus que quelques secondes au même endroit. Le suivre est épuisant, car il faut, une fois de plus, ne pas gêner dans nos déplacements, les confrères qui ont choisi une autre tactique que la vôtre.

Au deuxième morceau, Iggy se prélasse sur une enceinte. C’est le bon moment ! Vas-y shoote ! Mais tout le monde veut saisir cet instant si éphémère. Je suis bousculé, je ne peux cadrer correctement. La lumière en contre est trop forte, le temps que j’effectue le bon réglage : ouverture / vitesse, l’animal s’est échappé.

Finalement, c’est au cours du troisième morceau et me reculant, pour prendre de la distance avec les objectifs amis, que j’ai réalisé ce cliché, quasiment en pieds. Iggy Pop, fidèle à son image : jean et torse nu. Bien plus Punk que tous les autres chanteurs de sa génération, se démènera sur le plateau pendant la petite heure que durera son show.

Ce concert restera pour moi le plus sportif de tous. Les jeunes générations de chanteurs, seraient bien inspirées de prendre exemple sur le papy du rock !

Bonne semaine.

dimanche 24 juillet 2011

Amy Winehouse dans le club des 27 !

Samedi 23 juillet, nous avons appris, hélas sans surprise, le décès de la chanteuse britanique Amy Winehouse. Même si les circonstances de sa mort ne sont pas encore connues, nous pouvons d'ores et déjà lui reconnaitre saplace dans le club fermé des 27.


27, comme 27 ans !

Il est un âge que l'on craint d'aborder, lorsque l'on fait du Rock'n roll. A 27 ans, le poids des fantômes pèse sur vos épaules. Dans ce panthéon du vertige, Amy était surveillée et attendue par sa soeur Janis Joplin. Voix extraordinaire, carrière fulgurante, présente à jamais. Un même combat pour ces filles, contre des démons intérieurs, qui ne pouvaient les lâcher que le temps d'un shoot, le temps d'une absence et d'un départ pour d'autres cieux dans leur vingt-septième année.

Deux filles et des garçons

Janis se sentira sans doute moins seule, à présent. N'oublions pas que c'est à cet âge maudit de 27 ans que d'autres grandes figures du rock ont disparues. Jimmy Hendrix, Jim Morrison, Kurt Cobain et bien avant eux Robert Johnson.

Entrer dans la légende

Des êtres impossibles à vivre, dont on ne voudrait pas comme copains. Trop torutrés et faisant vivre un enfer à leur entourage. Des artistes insupportables au quotidien, mais dont on ne pourra se passer musicalement, tant ils ont, malgré leurs courtes carrières, révolutionné la guitare pour l'un, le chant et l'écriture pour les autres.

Ce triste samedi, Amy Winehouse fut emportée par des Valkiries, aux portes du Walhalla du Rock. Elle peut désormais se reposer aux côtés des valeureux guerriers de la Pop Music partis avant elle. La légende lui a ouvert les bras.

lundi 18 juillet 2011

Charlélie Couture

Au cours des quelques semaines de vacances de juillet et août, j'ai décidé de vous envoyer une carte postale par semaine.

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Quartiers d’été

Charlélie Couture

Salon du livre 19 mars 2006

Charlélie Couture

On ne sait pas à quoi pensent les chanteurs. Pourquoi, à un moment ou un autre de leur vie d’artiste, ils veulent partager avec le public l’envers du décor ? Ils deviennent tous « auteur ».

Le public, toujours friand d’anecdotes croustillantes, est prêt à bondir sur le rayon étalant les biographies, autobiographies, hagiographies des saints chanteurs, palimpsestes et autres textes sacrés, dévoilant ce que le commun des mortels, ne devrait pas savoir.

Et tout ce petit monde se retrouve dans les salons du livre. Un jour à Paris, un autre à Cosne-sur-Loire.

En ce mois de mars, c’est dans la capitale que la plus grande réunion d’écrivains à lieu. Le parc des expositions de la Porte de Versailles, quand il n’accueille pas le salon de l’auto ou celui de l’agriculture, ouvre ses portes à Marc Lévy et Jean d'Ormesson…

La liste des chanteurs-auteurs était assez longue et alléchante pour le jeune photographe que j’étais. Un nom plus que les autres retint mon attention. Charlélie Couture. L’artiste lorrain viendra dédicacer « En Australie », un carnet de voyage.

A l’heure dite, le chanteur s’installe à sa table, avec à portée de main, deux gros crayons gras, à mines multicolores. De nombreux lecteurs et fans se pressent autour du stand. Tout le monde mitraille à l’aide de petits appareils numériques. Comme les autres, je joue au badaud et shoote deux clichés ici et deux autres là.

Un problème de taille se pose. Charlélie dissimule ses yeux derrière des lunettes noires. Me revient en mémoire le conseil reçu de mes ainés : « Le regard. Il faut que tu chopes le regard ! » Toutes les images que je prends sont sans intérêt. Je sens même un peu d’agacement de la part de celui qui signe, face aux nombreux objectifs.

Je ne reste pas à proximité et glisse vers le stand sur lequel se trouve Richard Bohringer.

Lorsque, après quelques minutes et par acquis de conscience, je reviens sur mes pas, alors que l’heure de fin de la séance de dédicace pour Charlélie Couture est passée, je trouve le chanteur décontracté, souriant, n’étant plus entouré que de deux ou trois fidèles lecteurs de ses œuvres et surtout les lunettes noires ont disparues ! Je dégaine mon appareil et appuie sur le déclencheur. Je prends plusieurs clichés à la suite. A priori il ne fait pas attention à ma présence. J’avance un peu plus vers lui. J’utilise une focale de 80 mm. Autant dire que je suis tout proche. Une dernière rafale. J’ai ce que je veux.

Prenant conscience qu’il manque quelque choses à son personnage, Couture remet ses lunettes. Trop tard.

Ne voulant pas passer pour un simple « voleur » d’images, je suis allé jusqu’à lui, pour dire mon attachement à son tout premier album « Le pêcheur ». Disque que j’avais enregistré sur une cassette et que j’écoutais en boucle, sur mon walkman Sony, au bord de la rivière, au mois d’août, pas 75, mais 84, en regardant flotter mon bouchon et en pensant aux brochets, aux barbots, aux perches, aux rousses, aux tanches, etc bon… Comme le dit sa chanson.

Sa réaction étonnée et amusée l’amena à me dire : « Ho ! Déconne pas ! ça fait combien de temps que c’est sorti, ça ?... Tu ne nous rajeunis pas… » et de fredonner tout en s’éloignant, les premières mesures du titre éponyme.

Bonne semaine.

lundi 11 juillet 2011

Dominique A

Au cours des quelques semaines de vacances de juillet et août, j'ai décidé de vous envoyer une carte postale par semaine.

Chaque lundi, je vous raconterai l'histoire d'une photo, issue de mes archives personnelles. Mon premier contact avec le Music Business a été par la magie de l'image.

Quartiers d’été

Dominique A

FNAC Ternes 8 mars 2006

Dominique A show case FNAC Ternes 03.06

Je venais de me lancer dans la photographie de « chanteurs ». En ce début mars, il me fallut trouver des opportunités pour immortaliser mes premiers artistes. Comment faire lorsque l’on ne connaît personne ? Difficile de se présenter à la porte d’une salle de spectacle et demander à y entrer. D’ailleurs, je ne savais pas comment les photographes faisaient pour pénétrer à l’Olympia ou au Zénith. Je l’apprendrais très vite.

Une piste me fut donnée par une amie qui fréquentait le milieu des boitiers Nikon et objectifs Canon (pas ensemble, bien entendu) depuis longtemps. « Tu n’as qu’à aller faire des show case ». J’avais assisté par le passé, à quelques petites représentations, dans des magasins où l’on vendait encore des disques et j’avais trouvé les ambiances plutôt décontractées et sympathiques.

Je saute sur internet et commence à fouiller les différents sites qui faisaient état d’évènements musicaux sur les lieux de vente. La FNAC en proposait une quantité importante. Mon choix s’arrêta sur Dominique A, qui présentait, non pas un disque, mais était là pour parler d’un livre. Peu importe il était chanteur de son état et c’était tout ce qui m’importait.

Ne sachant pas comment j’allais m’y prendre pour faire des photos sans être repéré, je décidai lâchement de jouer au touriste et emmenai avec moi mon fils. Ainsi personne ne soupçonnerait un bon père de famille, venu juste pour quelques clichés souvenirs.

Arrivés dans la petite salle comble, nous nous glissons jusqu’au premier rang. Accroupi, dans l’ombre, j’attends le bon moment pour appuyer sur le déclencheur. A l’instant où Dominique A se lève, attrape sa guitare et s’avance vers le micro, je vois sortir de sous les manteaux, à mes côtés, deux autres objectifs et le mitraillage commence. Je n’étais pas le seul. Nous étions plusieurs photographes, venus incognito, pour faire des portraits du discret chanteur. Dès ce jour, je compris que ce métier était fait de ruse, de manipulation, de mensonge.

Si j’ai choisi ce cliché, sur lequel on ne voit pas le regard, c’est justement parce qu’il exprime un moment de désarroi et de confusion chez le chanteur.

Alors qu’il ne s’accompagnait que de sa guitare, au moment où il commença « Pour la peau », il commit une erreur de texte et s’arrêta immédiatement. Sous les applaudissements, qui valaient encouragements, il reprit. Au même endroit, une seconde fois, il buta sur les mots et sembla, d’ailleurs ne plus savoir ce qu’il avait lui-même écrit… Il fredonna les premiers mots, écarté du micro, afin que nous ne l’entendions pas clairement. Le public voulut l’aider et des spectateurs se mirent à lui souffler son texte !

A ce moment, prit d’un gêne irrépressible, Dominique A lâcha un de ses plus beaux sourires et s’empressa de cacher son visage dans ses mains. Comme un enfant que l’on découvre le doigt dans le pot de confiture, qui sait qu’il ne se fera pas gronder, mais ressent le besoin de montrer qu’il a conscience d’avoir commis une faute.

Le chanteur à cet instant nous à prouver son humanité, son humilité, son talent.

C’est ensuite gonflé à bloc qu’il poursuivra le show, en finissant debout sur le piano. « Je vous avais prévenu, cela peut devenir rock’n roll ! », nous avait-il lancé peu de temps auparavant. L’espace scénique étant surélevé, il dut exécuter quelques contorsions, afin de jouer et chanter, sans que sa tête ne cogne le plafond.

J’avais assisté ce jour-là à un véritable show et possédais mes premiers clichés.

Je conserve toujours cette photo non loin de moi. Chaque fois que je la regarde où que j’en parle, elle me rappelle que c’est avec Dominique A que tout a commencé.

Bonne semaine.

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