J'inaugure avec ce premier Live report, de Michel Jonasz au Casino de Paris, une collaboration avec "Hors scène", le nouveau site d'information musicale, autrement. http://www.horscene.com
MICHEL JONASZ
Casino de Paris
12 janvier 2012
Libre et bleu !
Cela faisait une vingtaine d’années que je n’avais plus revu Michel Jonasz sur une scène parisienne. A l’époque, fin 80 début 90, le chanteur raflait les prix et écrasait les charts avec « La boite de jazz » et « La fabuleuse histoire de Mister swing ». Présent dans le paysage musical depuis presque vingt ans, il connaissait enfin une consécration largement méritée et parachevait son œuvre avec un spectacle, aussi beau qu’émouvant sur la scène du Zénith de Paris, dont un double CD sera tiré.
Et puis, comme le soleil disparaît après une belle journée d’été, Michel Jonasz s’est fait plus discret, nous laissant dans la douce obscurité de la nuit. Une présence en retrait du jeu médiatique. Pourtant, il a toujours été sur les routes, avec un spectacle consacré à la musique tzigane ou une pièce de théâtre écrite en hommage à son grand-père et puis quelques disques originaux « Pôle ouest », « Où vont les rêves », des reprises « Chanson française », un « best of ».

En 2011 sort « Les hommes sont toujours des enfants », un album de 12 titres, sans, a priori, de « tubes » à l’intérieur. Qu’importe. Même sans renfort de grande promotion télévisuelle ou de support radiophonique, Michel Jonasz s’offre en ce mois de janvier, quatre soirs de suite, le Casino de Paris.
C’est avec une formation musicale réduite : claviers, guitare, percussions et deux choristes, qu’il entre en scène. La première chanson, est dit-on « sacrifiée », sur l’autel de l’entrée en matière et des retardataires qui cherchent à rejoindre le fauteuil du milieu du rang en dérangeant tout le monde. « J’suis dans l’coton, j’suis dans l’bleu », miaule Jonasz d’emblée.
Des tempos très souvent lents et des mélodies enrobées dans une espèce de guimauve, ô combien reconnaissable, dans sa bouche, mais malheureusement pas toujours accessible quand on ne connait pas les paroles. Le blues domine, sur la scène de la rue de Clichy. Mais pas le blues américain, non, le blues de Jonasz. Le seul auteur compositeur à savoir marier les influences de ses jeunes années avec ses racines d’Europe centrale. Nostalgie, temps qui passe, mort, souvenirs d’enfance, des thèmes qui lui sont chers depuis ses débuts.
Sans craindre déstabiliser le public, venu en nombre écouter ses standards, il chante la moitié de son dernier disque ! Il faut reconnaitre que celui-ci contient quelques perles comme « Avant », « Les bougies de secours » et le bouleversant « Est-ce que je retrouverai ma douce ». Il met en avant des extraits de « pôle ouest » et des titres dont les noms m’échappent totalement, sortis apparemment de fonds d’albums anciens. Le show est ponctué ça et là d’incontournables « Les fourmis rouges », « Super nana », bien sûr, « Du blues, du blues » et un super vitaminé « Joueur de blues », pour clore un spectacle de deux heures.
La salle réclame « Lucille » et « La boite de jazz », mais sitôt sorti de scène, les lumières du Casino de Paris se rallument, nous invitant à quitter prestement les lieux. Un fois sur le trottoir, on se repasse le show, on regrette qu’il n’y ait pas eu de bassiste derrière le chanteur, cela aurait permis d’avoir le groove qui manquait cruellement sur certains morceaux, on aurait aimé entendre « Gigi », « Les fils électriques » et bien d’autres, on se demande pourquoi Jonasz veut ressembler à ce point à Chédid avec cette moustache, on se dit finalement que ce chanteur a bien raison de creuser son sillon, dans le vinyle noir de la liberté et de l’indépendance.
Olivier Vadrot www.oliviervadrot.com
