Gainsbourg, 20 ans déjà !
Chers amis,
Nous commémorons ce jour, 2 mars 2011, le vingtième anniversaire de la
disparition de Serge Gainsbourg. A cette occasion, je me permets de vous conter
un souvenir personnel, concernant la disparition de l'artiste le plus
avant-gardiste de son époque et sans doute jamais égalé à ce jour.
Première sortie parisienne
Retour en arrière. Automne 89. Je m'installe à Paris, dans un petit studio
du coté de la porte de Pantin. A cette époque, je fréquentai un cours d'art
dramatique. J'aurais donc pu me rendre symboliquement à la Comédie française ou
à l'Odéon. Pas du tout. Ma première sortie parisienne sera pour la rue de
Verneuil ! Là habite l'homme à tête de chou.
Entre les quais de Seine d'un coté et le boulevard Saint-Germain de l'autre,
je trouve sans difficulté le 5 bis, bâtisse reconnaissable entre toutes par sa
façade célèbre, recouverte jusqu'à la gouttière de graffitis. Je reste là un
moment, déchiffrant les inscriptions à la gloire du chanteur.
L'interphone est éclairé par une petite veilleuse. Est-il chez lui ?
Est-il sorti ? J'ai lu que régulièrement des fans venaient sonner à sa
porte. Parfois il ouvre, parfois envoie bouler les importuns, parfois... Je
n'ose enfoncer le bouton, préférant rester sur l'impression de calme et de
douceur de ce samedi soir d'automne et remonter tranquillement la rue des
saints-pères en direction d'un pub quelconque.
Le 2 mars 1991
Un an et demi plus tard, j'étais invité à une soirée organisée chez mon
copain de théâtre, Fred Bianconi. Etaient également présentes Pascale Arbillot
et Karine Lyachenko. Tous condisciples de Jean Périmony. Après avoir bien
festoyé, je quittai cette belle assemblée au cœur de la nuit.
Une fois monté en voiture, alors que je raccompagnais des amis, nous nous
mîmes - pourquoi? - à parler de Serge Gainsbourg. Peut-être parce que je fumais
des gitanes. Ma route devait nous conduire du V ème arrondissement, jusqu'au
fond de la banlieue est. Autant dire loin du centre de la capitale. Pourtant,
arrivé aux alentours du jardin des plantes et pris d'une lubie, je décidai de
changer de direction et fonçai sur le quai Saint-Bernard, plein ouest. «Allez,
je vous emmène chez Gainsbourg !» « Quoi ! Tu sais où il habite ?» A
cette période, l'antre du créateur n'était pas aussi connue par le public
qu'elle l'est aujourd'hui. On savait qu'il vivait du coté des beaux-arts, mais
sans se rendre en pèlerinage devant sa demeure. Moi, si.
Fier et heureux de l'effet que j'allais produire sur mes compagnons de
route, je tourne sur la gauche en direction de la rue des Saints-pères et
annonce qu'après la rue de Lille, il faudra regarder sur notre droite.
Bad news from the stars
Très vite j'aperçois des gyrophares à l'angle de la rue. J'avance doucement
et arrive à la hauteur de la rue de Verneuil. Au loin, des voitures de police.
Au premier plan deux véhicules. Un, rouge estampillé des trois lettres RTL et
l'autre blanc et bleu, barré du logo Europe 1. Une agitation règne sur la voie
publique. Des gens vont et viennent.
«Qu'est-ce qui se passe ?» demande ma passagère. On ne s'arrête pas. On ne
peut pas. La police, la presse, en plein milieu de la nuit devant chez
Gainsbourg, ça ne sent pas bon.
Pas de portable, pas d'internet, pas de news radio. Il me fallut attendre le
flash suivant pour apprendre ce que finalement je savais déjà Gainsbourg s'est
barré, pour toujours».
Moi qui, ce soir-là, voulais épater mes amis, j'étais servi. Je nous avais
offert un scoop ! Olivier